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Réactions | Au lendemain de la Bastille : le roi cède, Paris se donne des chefs

En deux jours, la scène a changé de visage. Le roi est venu en personne à l’Assemblée annoncer qu’il éloignait ses troupes ; l’Hôtel de Ville a acclamé un maire et un chef pour sa milice ; et l’on apprend ce jour le rappel de M. Necker. Nous rapportons ces réactions telles qu’elles se sont tenues en public, sans leur prêter d’arrière-pensée ni préjuger de ce qui suivra.

Notre service politique 16 juillet 1789 7 min de lecture

La prise de la forteresse n’a pas seulement vidé un fossé et renversé des ponts : elle a délié les langues et fait parler ceux qui, jusqu’ici, se taisaient ou temporisaient. Depuis avant-hier, à Versailles comme à l’Hôtel de Ville, on a vu des paroles publiques, tenues à la tribune ou sous les acclamations, qui valent mieux que tous les bruits de cabinet. Nous les rangeons ici, dans l’ordre où elles nous sont parvenues, en nous gardant d’y lire plus qu’elles ne disent.

Le roi vient désarmer ses approches

Le fait le plus considérable est venu du roi lui-même. Hier, mercredi 15 au matin, Louis XVI s’est rendu à pied à l’Assemblée nationale, sans appareil ni gardes pressés autour de lui, accompagné de ses deux frères. Devant les représentants, il a annoncé qu’il avait donné l’ordre d’éloigner de Paris et de Versailles les troupes rassemblées ces derniers jours. La parole que l’on retient, et que beaucoup se répètent, est celle-ci : qu’il ne fait, dit-il, qu’un avec sa nation, et qu’il se fie à ses représentants. Le ton n’était pas celui de la fermeté qu’on lui prêtait la semaine passée.

L’accueil de l’Assemblée a été à la mesure de la surprise. On rapporte des applaudissements, des marques de joie, et que les députés, levés, ont voulu reconduire le roi jusqu’au château, se pressant sur son passage comme une garde d’honneur improvisée. Nul, à la tribune, n’a contredit l’annonce ; on y a vu le gage que l’on espérait depuis des jours, l’assurance que l’armée ne marcherait pas sur la capitale. Faut-il y lire un revirement durable ou une concession arrachée à l’heure ? Nul ne peut le dire ce soir ; l’éloignement des troupes a été annoncé en séance, et reçu avec soulagement.

Paris se donne un maire et un général

Pendant que Versailles applaudissait, Paris se donnait des têtes. À l’Hôtel de Ville, le même 15 juillet, l’assemblée des électeurs des districts, mêlée de députés venus de Versailles, a porté à sa tête M. Bailly, l’astronome, naguère président de l’Assemblée nationale. On raconte qu’on songeait d’abord à le faire prévôt des marchands, vieille charge de la Ville, lorsqu’une voix dans la foule aurait crié : « Non, maire de Paris ! » — et que le titre nouveau l’a emporté par acclamation. C’est ainsi, au cri d’une assemblée plus qu’au terme d’un scrutin réglé, que Paris s’est donné son premier maire.

Au même lieu, et dans le même élan, la milice bourgeoise levée la semaine passée a reçu un chef : M. de La Fayette, ce jeune marquis dont le nom est attaché à la guerre d’Amérique, a été proclamé commandant général de la garde parisienne. La Ville s’est ainsi pourvue, en quelques heures, d’une autorité civile et d’une autorité armée, l’une et l’autre nées de l’acclamation et non d’une nomination venue d’en haut. Voilà qui mérite d’être noté : ces deux pouvoirs ne tiennent leur charge ni du roi ni d’aucun ministre, mais de la ville assemblée.

Le rappel de Necker

Reste la nouvelle de ce jour, jeudi 16, qui couronne le reste : le roi rappelle M. Necker. Le ministre dont le congédiement, samedi dernier, avait mis Paris en mouvement, est invité à reprendre sa place. La demande en avait été pressée à l’Assemblée, où plusieurs voix réclamaient le retour du ministre populaire et l’éloignement de ceux qui l’avaient remplacé. Le souverain, dit-on, y a répondu par une lettre conviant M. Necker à revenir au plus tôt. Ainsi se défait, en cinq jours, ce qui avait été fait en un : on revient au point de départ, mais une forteresse est tombée entre-temps.

Ce qu’on peut en retenir

Que conclure de ces paroles et de ces acclamations ? Rien de plus qu’elles ne portent. Le roi a cédé sur les troupes et sur le ministre ; Paris s’est donné un maire et un général ; l’Assemblée a applaudi. On nous parle aussi de départs, de grands personnages de la Cour qui prendraient les chemins de la frontière ; nous le rapportons comme un bruit que l’on répète, non comme un fait que nous puissions établir ce soir. Pour le surplus — ce que vaudront ces concessions, ce que fera la Cour une fois la fièvre tombée —, nous nous en tenons à ce que nous savons : des mots publics, dits au grand jour, dont l’avenir seul dira le poids.

Le contexte

La Bastille est tombée le 14 juillet 1789 aux mains d’une foule armée ; le gouverneur de Launay et le prévôt des marchands Flesselles ont péri le même soir.

Le renvoi de M. Necker, le 11 juillet, et le rassemblement de troupes autour de Paris avaient nourri la crainte d’un coup de force contre la ville et l’Assemblée.

La milice bourgeoise, décrétée le 13 juillet par le comité permanent des électeurs à l’Hôtel de Ville, manquait jusqu’ici de commandement reconnu.

M. Bailly, astronome et premier président de l’Assemblée nationale, et M. de La Fayette, marquis connu pour son rôle dans la guerre d’Amérique, étaient l’un et l’autre des figures déjà en vue.

État des informations

Cette revue est datée du 16 juillet 1789. Elle ne retient que des propos et des actes publics et datables — séance de l’Assemblée, acclamations de l’Hôtel de Ville, lettre de rappel —, ne prête au roi aucune intention qu’elle ne puisse établir et ne préjuge en rien des suites, dont la venue éventuelle du souverain à Paris.

Ce que l’on sait

  • Le 15 juillet, Louis XVI s’est rendu à l’Assemblée nationale et y a annoncé l’éloignement des troupes de Paris et de Versailles, déclarant qu’il ne faisait qu’un avec sa nation.
  • Les députés ont reçu l’annonce par des acclamations et ont reconduit le roi vers le château.
  • Le 15 juillet, à l’Hôtel de Ville, M. Bailly a été proclamé maire de Paris et M. de La Fayette commandant général de la milice (garde) parisienne, l’un et l’autre par acclamation.
  • Le 16 juillet, le roi rappelle M. Necker, dont le renvoi avait déclenché les troubles.

Ce que l’on ignore

  • On ignore si l’éloignement des troupes et le rappel du ministre marquent un revirement durable du roi ou une concession de circonstance.
  • Le sens que la Cour donne à ces reculs, et ses intentions une fois l’agitation retombée, ne sont pas connus.
  • On ne sait quelle autorité réelle exerceront le nouveau maire et le commandant de la milice à côté du roi et de l’Assemblée.

Sources historiques utilisées

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Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, t. I, livre II, chap. I « Le roi à l’Assemblée, 15 juillet ; première émigration »

Jules Michelet

Récit consulté pour les 15-16 juillet : venue du roi à l’Assemblée sans gardes avec ses frères, annonce de l’éloignement des troupes de Paris et de Versailles, formule « je ne suis qu’un avec la nation », proclamation de Bailly comme maire et de La Fayette comme commandant de la milice, lettre du roi rappelant Necker le 16 au soir, et première émigration (appartements des Condé, du comte d’Artois et de Mme de Polignac fermés).

secondary

Jules Michelet, Histoire de la Révolution française, t. I, livre I, chap. VI « Insurrection de Paris » (12-13 juillet 1789)

Jules Michelet

Récit consulté pour les journées des 12 et 13 juillet : nouvelle du renvoi de Necker le 12 au matin, Desmoulins au café de Foy (épée, pistolet, appel aux armes, feuille au chapeau), bustes de Necker et d’Orléans portés en deuil, charge de Lambesc aux Tuileries, barrières brûlées, pillage de Saint-Lazare et ses farines, milice de 48 000 hommes et cocarde bleu et rouge, comité permanent des électeurs.

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Discours du roi annonçant le renvoi des troupes, séance du 15 juillet 1789 (Archives parlementaires, via Persée)

Compte rendu de la séance du 15 juillet 1789 : allocution de Louis XVI annonçant l’éloignement des troupes et son attachement à la nation, recoupé pour la teneur publique du propos tenu à la tribune.

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Reconstitution éditoriale des journées de juillet 1789

Les scènes de rue et le déroulé horaire sont plausibles mais reconstitués à chaud : le détail des heures et des responsabilités n’est connu que par des récits ultérieurs et parfois contradictoires.

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14 juillet 1789, 22h308 min