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L'Anglais a forcé le passage de la Somme

Les nouvelles qui nous parviennent, encore confuses, donnent l'ost du roi d'Angleterre pour passé sur l'autre rive de la Somme. Si le fait se confirme, la voie de Calais lui serait ouverte, et la course à l'interception engagée.

La rédaction 18 octobre 1415, 07h00 4 min de lecture
Chevauchée de l'armée anglaise en armure, lances dressées et croix de Saint-Georges, à travers la campagne — enluminure médiévale.
Anonyme, « L'armée anglaise en Normandie », Les Vigiles de Charles VII de Martial d'Auvergne, BnF Français 5054, vers 1484 — domaine public (Wikimedia Commons).

Une nouvelle court depuis hier, portée par des cavaliers et des gens de la Somme, et nous la rapportons avec toute la prudence qu'elle commande : Henri d'Angleterre aurait franchi la rivière. Le roi anglais, qu'on tenait jusqu'ici tenu en échec sur la rive et contraint de remonter le cours d'eau faute de pont ou de gué libre, serait passé sur l'autre bord ces tout derniers jours.

Du jour exact, nul ici ne peut répondre. Les uns disent que le passage s'est fait vers le dix-neuvième jour de ce mois ; d'autres avancent une date proche, sans qu'on les puisse départager. Du lieu, on n'a guère plus de certitude : on parle de gués mal gardés, en amont de Péronne, vers le sud, là où la rivière se divise et se laisse traverser par des chaussées que l'on croyait rompues ou défendues. Le nom des villages varie d'une bouche à l'autre.

Ce qu'on sait de source plus sûre, c'est que l'Anglais cherchait ce passage depuis des jours. Parti de Harfleur, qu'il a pris au mois passé, il marchait vers le nord et vers Calais, terre tenue par les siens. Nos gens d'armes s'étaient portés sur la Somme pour lui en barrer le cours, rompant les ponts et garnissant les gués, et l'avaient ainsi obligé à s'enfoncer vers l'amont, loin de sa route. On l'espérait acculé. S'il a passé, il a déjoué cette garde.

Toute la crainte est là, désormais. La Somme franchie, rien d'aussi net ne sépare plus l'Anglais de Calais. On le dit pressé de gagner cette place et d'y mettre son armée à l'abri. S'il y parvient, il échappe. C'est pourquoi l'ost du roi se porte au-devant, pour le joindre et l'arrêter avant qu'il n'atteigne le Boulonnais. La course est engagée, et nul ne sait qui, de la poursuite ou de la fuite, l'emportera.

Une armée que l'on dit éprouvée

Les mêmes nouvelles, qu'il faut prendre pour ce qu'elles valent, peignent l'armée anglaise en mauvais point. On la dit amaigrie depuis le siège de Harfleur, où la maladie — un flux de ventre — aurait emporté ou affaibli quantité d'hommes. On la dit aussi à court de vivres, marchant vite et longuement par un pays qui ne lui est pas ami.

De son nombre, on ne sait rien d'assuré. Les rapports le donnent fort réduit au regard de ce qu'il était au débarquement — quelques milliers d'hommes en état de combattre, sans qu'on puisse l'affirmer. Ces comptes, venus de loin et grossis ou rapetissés au gré de celui qui parle, demandent d'être tenus pour incertains.

L'ost du roi en mouvement

Du côté de France, on rassemble. Le connétable Charles d'Albret et le maréchal Boucicaut conduisent les gens d'armes que le royaume met en campagne, et l'on mande la noblesse du pays à les rejoindre. Plusieurs grands seigneurs, dit-on, sont en chemin ou déjà aux armes.

Le dessein paraît clair : couper la route du Nord à l'Anglais et le contraindre au combat avant Calais. De la position exacte des uns et des autres en cette heure, et du moment où les deux armées pourraient se trouver face à face, on ne saurait rien dire de ferme. Tout va vite, et les avis se contredisent.

Le contexte

Harfleur, place de l'estuaire de la Seine, est tombée aux mains du roi d'Angleterre le mois passé, au terme d'un siège.

Calais, sur le détroit, est aux Anglais depuis le règne du roi Édouard, voici près de soixante-dix ans : c'est la place qu'Henri cherche à rejoindre.

Le royaume vit sous l'autorité du roi Charles, dont chacun connaît les absences, et au milieu des divisions des grands princes ; l'ost rassemblé l'est sous le connétable et les maréchaux.

État des informations

Nous nous en tenons à ce qui peut se savoir au matin du 18 octobre, depuis la France et par contrecoup des nouvelles de la Somme. Le passage du fleuve est encore une information récente et imprécise ; nous ne préjugeons ni du moment ni de l'issue de la course qui s'engage.

Ce que l’on sait

  • Henri V a pris Harfleur le mois précédent et marche vers le nord, en direction de Calais.
  • L'armée française s'était portée sur la Somme pour barrer le passage à l'Anglais et l'avait forcé à remonter le cours de la rivière.
  • Le connétable Charles d'Albret et le maréchal Boucicaut conduisent l'ost rassemblé par le royaume.

Ce que l’on ignore

  • La date exacte du franchissement de la Somme : « vers le dix-neuf » est une approximation, non une certitude.
  • Le lieu précis du passage, dit en amont de Péronne, au sud, sans que les villages soient fixés.
  • Les effectifs réels des deux armées, donnés en fourchettes incertaines et contradictoires.
  • Où se trouvent exactement les deux armées à cette heure, et quand elles pourraient se rencontrer.

Sources historiques utilisées

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Bataille d'Azincourt

Article Wikipédia (FR) : marche d'Henri V après Harfleur (départ le 8 octobre), remontée de la rive de la Somme faute de pont ou de gué libre, interception française et commandement (Charles d'Albret, Boucicaut). Consulté pour l'itinéraire et les chefs.

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Battle of Agincourt

Article Wikipédia (EN) : franchissement de la Somme au sud de Péronne, à Béthencourt et Voyennes, autour du 19 octobre ; armée anglaise éprouvée (dysenterie, manque de vivres, longue marche) ; estimations d'effectifs en fourchettes. Sert à dater et situer le passage tout en respectant l'incertitude.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent une feuille de nouvelles de l'an 1415 recevant, depuis la France, l'écho incertain du passage de la Somme. La date et le lieu sont volontairement laissés flottants, comme ils l'étaient pour qui apprenait la nouvelle ; aucun savoir postérieur à la mi-octobre 1415 n'est mobilisé.

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20 octobre 1415, 09h0012 min