← Retour à l’édition Portrait

Le duc d’Orléans, prisonnier des Anglais

Parmi la fleur de chevalerie tombée aux mains du roi d’Angleterre, un nom pèse plus que tout autre : Charles d’Orléans, neveu du roi notre sire et chef du parti des Armagnacs, est emmené captif outre-mer.

La rédaction 2 novembre 1415, 08h00 6 min de lecture

On savait la déconfiture des champs d’Azincourt cruelle ; on la mesure mieux à présent que reviennent les noms des grands seigneurs qui n’ont point reparu. Le plus lourd à porter est celui de monseigneur Charles, duc d’Orléans : non point couché parmi les morts, Dieu merci, mais retenu prisonnier et déjà conduit, dit-on, vers les ports de la mer pour passer en Angleterre.

Le jeune duc — il n’a pas encore vu sa vingt et unième année — est le fils de feu Louis d’Orléans, frère du roi notre sire Charles, sixième du nom. Il est donc neveu du roi et prince du sang, l’un des plus grands noms et des plus vastes domaines du royaume. Que pareille tête soit aux mains de l’ennemi n’est pas une perte d’homme d’armes parmi d’autres : c’est une partie de la maison de France qui est retenue captive.

Un nom marqué par le sang

Ceux qui ont mémoire des troubles du royaume n’oublient pas comment ce nom d’Orléans porte deuil. Voici huit ans, en la rue Vieille-du-Temple à Paris, le duc Louis, son père, fut occis de nuit par des gens de main. On sut bientôt que le coup avait été commandé par monseigneur Jean, duc de Bourgogne, qui ne s’en cacha point. De cette mort sont nées les querelles qui depuis déchirent les princes.

Le petit Charles n’avait alors que treize ans. Il lui fallut, presque enfant, relever la bannière de sa maison et réclamer justice du meurtre. Autour de lui se rangèrent ceux qu’on nomme désormais Armagnacs, du nom du comte Bernard d’Armagnac, son beau-père, dont il a épousé la fille. C’est de cette alliance qu’il tient sa force d’hommes et de places, et c’est lui qu’on tient pour l’âme de ce parti.

Une capture qui vaut un trésor

En la guerre, un prince captif ne se traite point comme un simple gens d’armes. Le roi Henri d’Angleterre sait ce qu’il tient : un neveu de France, dont la délivrance ne s’achètera, le jour venu, qu’à prix d’or. On parle déjà, à voix prudente, de rançon — sans qu’aucune somme soit encore avancée, car nul n’en sait le compte.

Le duc d’Orléans n’est pas seul en cette infortune. On compte parmi les prisonniers le maréchal Boucicaut, le duc de Bourbon, le comte d’Eu et d’autres seigneurs de grand renom. Mais aucune de ces prises ne touche d’aussi près le sang royal, ni n’ôte au royaume un appui aussi nécessaire.

Ce que sa captivité laisse derrière lui

Que devient un parti privé de son chef ? Les Armagnacs perdent, en ce jeune duc, la figure autour de laquelle ils s’étaient noués depuis le meurtre de la rue Vieille-du-Temple. Le comte d’Armagnac, son beau-père, demeure ; mais la maison d’Orléans elle-même est désormais sans son maître, ses affaires en suspens, ses terres à garder en son absence.

D’aucuns, dans le camp adverse, ne cacheront pas leur aise de voir ainsi écartée la tête du parti qui leur tient tête. Le duc de Bourgogne, qui s’était gardé de mener ses gens à cette bataille, voit ses ennemis défaits sans avoir tiré l’épée. Nul ne sait encore ce que ce vide changera à l’équilibre des princes ; mais nul, parmi les fidèles d’Orléans, ne s’endort tranquille ce soir.

Le contexte

Charles d’Orléans est né en 1394, fils de Louis d’Orléans, frère du roi Charles VI, et de Valentine Visconti, fille du duc de Milan.

Son père, Louis d’Orléans, fut assassiné à Paris le 23 novembre 1407 sur ordre de Jean sans Peur, duc de Bourgogne : de ce meurtre est née la querelle des Armagnacs et des Bourguignons.

Par son mariage avec Bonne d’Armagnac, fille du comte Bernard VII d’Armagnac, Charles d’Orléans est devenu le chef en titre du parti armagnac.

La bataille d’Azincourt, livrée le 25 octobre 1415, s’est soldée par la défaite de la chevalerie française et la capture de nombreux grands seigneurs par le roi Henri V d’Angleterre.

État des informations

Cette édition ne rapporte que ce qu’on peut savoir au lendemain de la bataille, à l’automne 1415. Elle ne préjuge en rien du sort futur du duc d’Orléans.

Ce que l’on sait

  • Charles d’Orléans, duc d’Orléans et neveu du roi Charles VI, a été fait prisonnier à Azincourt et non tué.
  • Il est emmené vers l’Angleterre, à la suite de la victoire du roi Henri V.
  • Plusieurs autres grands seigneurs ont été capturés : le maréchal Boucicaut, le duc de Bourbon, le comte d’Eu.
  • Son père Louis d’Orléans fut assassiné en 1407 sur ordre de Jean sans Peur : il était l’âme du parti armagnac.

Ce que l’on ignore

  • Le sort réservé au duc en Angleterre, la durée de sa captivité et les conditions de sa garde.
  • Le montant d’une éventuelle rançon, et si le roi d’Angleterre consentira jamais à le rendre.
  • Les conséquences durables de son absence sur le parti armagnac et sur l’équilibre entre les princes du royaume.

Sources historiques utilisées

secondary

Charles Ier d’Orléans

Naissance (1394), filiation (Louis d’Orléans, Valentine Visconti), assassinat du père en 1407, mariage avec Bonne d’Armagnac, capture à Azincourt.

secondary

Bataille d’Azincourt

Déroulé de la bataille du 25 octobre 1415, liste des seigneurs tués et faits prisonniers (Orléans, Boucicaut, Bourbon, Eu), contexte de la querelle Armagnacs/Bourguignons.

secondary

Assassinat de Louis d’Orléans

Meurtre de la rue Vieille-du-Temple (23 novembre 1407) commandité par Jean sans Peur, origine de la guerre des partis.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Le ton et les formulations « à chaud » imitent un chroniqueur du royaume de France au lendemain d’Azincourt, à l’automne 1415, sans aucun savoir postérieur.

Articles liés