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Henri d’Angleterre, le roi qui a forcé la bataille

Portrait, vu de France, du jeune prince qui a relancé les prétentions anglaises sur notre couronne, débarqué en Normandie et conduit son armée à travers nos terres jusqu’au désastre que nous pleurons.

La rédaction 2 novembre 1415, 09h00 6 min de lecture

Il faut, pour comprendre le malheur tombé sur nous le jour de la Saint-Crépin, regarder en face celui qui l’a voulu. De l’autre côté de la mer règne depuis deux ans un roi jeune, dur et pieux, qui a relevé contre notre royaume des prétentions que beaucoup, ici, croyaient endormies. On ne lui rendra pas service en le diminuant : c’est un prince résolu, et c’est par là qu’il est redoutable.

Henri, de la maison de Lancastre, a ceint la couronne d’Angleterre voici deux ans à peine, à la mort de son père. On le dit dans la force de l’âge, ni enfant ni vieillard. À peine assis sur son trône, il a fait taire chez lui les troubles religieux qui agitaient son royaume, avec une rigueur dont les supplices ont marqué les esprits. Cette fermeté-là, nous venons de l’éprouver sur nos propres terres.

Car ce roi n’a pas attendu pour tourner ses regards vers la France. Réveillant les vieilles revendications de ses devanciers sur notre couronne, il a réuni une flotte et une armée, et il a porté la guerre chez nous.

Le débarquement et la prise de Harfleur

C’est au cœur de l’été, vers la mi-août, qu’il a jeté ses gens sur le rivage de Normandie, à l’embouchure de la Seine. On a parlé d’une flotte immense ; le nombre exact de ses hommes, nul ne le sait au juste, mais l’armée était forte.

Son premier coup fut pour Harfleur. La place a tenu, et tenu durement, près d’un mois, avant de se rendre vers la fin de septembre. Le siège a coûté cher à l’assaillant : on assure que la maladie a ravagé son camp et fondu ses rangs autant que nos traits. Mais Harfleur est tombée, et avec elle une porte de la Normandie.

Beaucoup, alors, ont cru la campagne finie, l’Anglais affaibli, et la saison trop avancée pour qu’il osât davantage. C’était mal connaître son audace.

La marche audacieuse — ou téméraire ?

Plutôt que de se rembarquer, Henri a entrepris de gagner Calais par voie de terre, traversant nos provinces avec une troupe amaigrie et lasse. On dira l’entreprise hardie ; on pourra dire aussi qu’elle frôlait la témérité, tant elle l’exposait à être pris en chemin par les forces du royaume.

C’est ce qui advint : nos seigneurs lui coupèrent la route vers le pays d’Artois, et le 25 octobre, jour de la Saint-Crépin, on en vint aux mains près d’Azincourt. On sait, hélas, l’issue de cette journée. Nos chevaliers, plus nombreux, se sont brisés sur ses archers, dans la boue d’un champ détrempé par les pluies. La fleur de notre noblesse y est restée.

On rapporte encore que ce roi, au plus fort de l’affaire, fit mettre à mort des prisonniers déjà rendus — geste que la dureté du combat n’excuse pas à nos yeux, et dont le récit court de bouche en bouche avec horreur.

Un prince pieux, et d’autant plus dangereux

Ce qui frappe, chez cet adversaire, c’est qu’il mêle l’épée à la prière. Il affiche une dévotion grande, attribue ses succès au ciel, et donne à sa guerre les couleurs d’une cause juste. Un homme convaincu de son bon droit, et qui le croit béni de Dieu, n’est pas de ceux qu’on arrête aisément.

Nul ne peut dire aujourd’hui ce que ce roi fera de sa victoire. Retournera-t-il dans son île jouir de sa gloire ? Reviendra-t-il, l’an prochain, achever ce qu’il a commencé ? Nous l’ignorons. Mais nous savons désormais à qui nous avons affaire : à un prince jeune, ferme, dévot et ambitieux, qui a relevé une querelle que nous espérions éteinte. La menace qu’il fait peser sur le royaume ne s’est pas couchée avec le soleil d’Azincourt.

Le contexte

Henri de Lancastre est monté sur le trône d’Angleterre au printemps de l’an 1413, à la mort de son père.

Les rois d’Angleterre élèvent depuis longtemps des prétentions sur la couronne de France, ravivées de règne en règne.

Le royaume de France est, en ces années, traversé de divisions entre les grands, ce qui n’a pas peu pesé dans la conduite de la guerre.

État des informations

Ce portrait s’en tient à ce qui était connaissable de cet adversaire au début de novembre 1415, sans rien préjuger de ce qu’il adviendra.

Ce que l’on sait

  • Henri d’Angleterre, de la maison de Lancastre, règne depuis 1413 et a relancé les revendications anglaises sur la couronne de France.
  • Il a débarqué en Normandie à la mi-août 1415, assiégé puis pris Harfleur vers la fin septembre, après un siège d’environ un mois.
  • Il a ensuite marché vers Calais et livré bataille à Azincourt le 25 octobre 1415, où l’armée française a été défaite.

Ce que l’on ignore

  • Les effectifs exacts de l’armée anglaise, comme l’ampleur précise de ses pertes durant le siège et la bataille, demeurent incertains.
  • Les intentions du roi d’Angleterre pour la suite — retour en Angleterre ou nouvelle campagne — ne sont pas connues.

Sources historiques utilisées

secondary

Henri V (roi d’Angleterre) — Wikipédia

Naissance (1386), avènement et couronnement en 1413, fermeté contre les troubles religieux, revendications sur la couronne de France, débarquement et campagne de Normandie de 1415.

secondary

Bataille d’Azincourt — Wikipédia

Débarquement (mi-août 1415), siège et prise de Harfleur (fin septembre), marche vers Calais, bataille du 25 octobre 1415, fourchettes d’effectifs et de pertes, exécution de prisonniers.

editorial-reconstruction

Reconstruction éditoriale — Les Échos du Passé

Le portrait imite le regard d’un journal français de l’automne 1415 ; les formulations à chaud et le ton inquiet sont une mise en situation, tenus au seul savoir connaissable à la date.

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