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Le maréchal Boucicaut aux mains de l’Anglais

Jean Le Meingre, dit Boucicaut, maréchal de France, l’un des plus renommés chevaliers du royaume, a été pris vivant dans la déconfiture d’Azincourt. On le dit emmené par-delà la mer, vers l’Angleterre, où il faudra le racheter à grand prix.

La rédaction des Échos du Passé 29 octobre 1415, 09h00 5 min de lecture

Parmi les seigneurs que la fortune des armes a livrés à Henri d’Angleterre dans la sanglante journée du vendredi vingt-cinq de ce mois, il en est un dont le nom retentit par tout le royaume : messire Jean Le Meingre, que l’on nomme communément Boucicaut, maréchal de France. La nouvelle de sa capture, parvenue ces derniers jours, ajoute à l’affliction des bonnes villes ce qu’y mêle toujours la prise d’un homme de si haute réputation.

Car Boucicaut n’est point de ces capitaines que l’on découvre au jour d’une bataille. Voilà près de trente-cinq années qu’il porte les armes, et son renom de prouesse a couru bien au-delà des frontières du royaume. Le voir aujourd’hui captif d’un prince étranger, et conduit, dit-on, vers l’Angleterre, est de ces revers que nul, il y a peu encore, n’eût osé imaginer.

On le rangeait au nombre des co-commandants de l’ost, aux côtés du connétable d’Albret, demeuré, lui, sur le champ. Que la déroute ait épargné la vie du maréchal pour le réduire en servitude n’adoucit guère le deuil : pour un chevalier de cette trempe, être pris est une amertume que la mort au combat n’eût peut-être pas connue.

Un nom forgé par les armes

Maréchal de France depuis le mois de décembre de l’an 1391 — il n’avait alors guère plus de vingt-sept ans —, Boucicaut a porté la bannière du royaume sur presque toutes les marches de la chrétienté. On le dit né à Tours, voilà environ un demi-siècle. Adoubé tout jeune, on l’a vu combattre dès ses premières années aux affaires de Normandie, de Guyenne, de Flandre, et jusque dans les pays de l’Orient et de Prusse, contre les ennemis de la foi.

Sa renommée doit beaucoup à la grande entreprise de Nicopolis, voilà près de vingt ans, où la fleur de la chevalerie de France et de Bourgogne marcha contre le Turc. La journée fut funeste et le maréchal y fut pris ; il ne recouvra la liberté que moyennant rançon. Peu après, on le vit passer la mer pour porter secours à l’empereur de Constantinople, pressé par les Infidèles.

Gouverneur de Gênes, chevalier de la Dame Blanche

Le royaume lui confia ensuite le gouvernement de la cité de Gênes, qu’il tint plusieurs années d’une main ferme, jusqu’à ce qu’un soulèvement de cette ville le contraignît, voilà quelques années, à regagner la France.

On lui prête aussi d’avoir fondé un ordre de chevalerie en l’honneur des dames, que l’on nomme l’Écu vert à la Dame Blanche, par quoi des chevaliers s’engageaient à prendre la défense des veuves et des nobles femmes que nul ne secourait. Le trait achève de peindre l’homme tel qu’on le tient ici : vaillant aux armes, et soucieux de l’honneur que la chevalerie doit aux faibles.

L’enjeu de la rançon

Reste désormais la question de son rachat. Un prisonnier de ce rang ne se rend point comme un simple homme d’armes : sa rançon se compte en sommes qui peuvent ruiner une maison. On se souvient ici qu’il fallut déjà, après Nicopolis, débourser des milliers de livres pour le délivrer du Turc ; on ne saurait dire encore ce qu’exigera le roi d’Angleterre pour un maréchal de France.

Pour l’heure, on l’ignore. Le sort des grands seigneurs pris à Azincourt — le duc d’Orléans, le duc de Bourbon, le comte de Vendôme, et le maréchal avec eux — demeure suspendu à la volonté d’Henri et au cours des négociations qui s’ouvriront. Le royaume attend, et prie pour ses captifs.

Le contexte

Jean Le Meingre, dit Boucicaut, est maréchal de France depuis décembre 1391.

Il fut fait prisonnier une première fois à la bataille de Nicopolis contre les Turcs, voilà près de vingt ans, et libéré contre rançon.

Il fut plusieurs années gouverneur de Gênes pour le compte du royaume de France, jusqu’à une révolte de la ville qui le contraignit à regagner la France.

À Azincourt, le 25 octobre 1415, il commandait avec le connétable Charles d’Albret ; plusieurs grands seigneurs y furent pris vivants, dont le duc d’Orléans, le duc de Bourbon et le comte de Vendôme.

État des informations

Cette feuille s’en tient à ce qui peut être su en ces jours de la fin d’octobre 1415 : la capture du maréchal et son passé d’armes. Elle ne saurait préjuger de ce qu’il adviendra de lui en captivité.

Ce que l’on sait

  • Boucicaut, maréchal de France, a été fait prisonnier à Azincourt le 25 octobre 1415.
  • Il est compté parmi les co-commandants de l’armée française, aux côtés du connétable d’Albret, tué dans la bataille.
  • Sa carrière antérieure est bien connue : maréchal depuis 1391, vétéran de Nicopolis, gouverneur de Gênes.

Ce que l’on ignore

  • Le montant et les conditions de la rançon qui sera exigée pour sa libération.
  • Le lieu exact et la durée de sa détention en Angleterre.
  • Le sort à venir des autres grands captifs (duc d’Orléans, duc de Bourbon, comte de Vendôme).

Sources historiques utilisées

secondary

Jean II Le Meingre (Wikipédia)

Carrière de Boucicaut antérieure à octobre 1415 : maréchal en 1391, Nicopolis (1396), secours à Constantinople, gouvernement de Gênes, ordre de l’Écu vert à la Dame Blanche.

secondary

Bataille d’Azincourt (Wikipédia)

Déroulement de la bataille du 25 octobre 1415, commandement français, liste des prisonniers de haut rang (Boucicaut, Orléans, Bourbon, Vendôme).

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent le ton d’une feuille de nouvelles de l’automne 1415, sans recours à aucun savoir postérieur.

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