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L'ost du roi se rassemble : l'Anglais ne gagnera pas Calais sans bataille

Tandis que Henri d'Angleterre, affaibli devant Harfleur, file vers Calais, la chevalerie du royaume se masse pour lui couper la route. Sous le connétable d'Albret et le maréchal Boucicaut, la noblesse jure de tenir cette fois sa revanche.

Macé de Vendôme 13 octobre 1415, 07h00 6 min de lecture
Chevaliers français en armure, montés sur des chevaux caparaçonnés et précédés de leurs bannières, partant en campagne.
Anonyme, « Les Vigiles de Charles VII » de Martial d'Auvergne, vers 1484, BnF Français 5054, fol. 127v — domaine public (Wikimedia Commons).

De toutes les provinces du royaume, les bannières montent vers le nord. Le roi notre sire Charles, que Dieu garde, demeure retenu loin du camp par le mal qui l'accable depuis des années ; mais son ost se rassemble en son nom, et la fleur de la chevalerie de France s'y porte avec une ardeur que l'on n'avait point vue de longtemps.

L'Anglais, lui, n'est plus l'armée fière qui mit le pied sur nos grèves à la fin de l'été. Le siège de Harfleur l'a usé, la maladie l'a décimé, et Henri, leur roi, a dû renoncer à pousser plus avant dans la Normandie. On le dit désormais en marche vers Calais, où l'attend la sûreté de la place anglaise. Mais entre lui et ce havre, il y a les rivières, les gués gardés, et l'ost de France qui se referme.

Dans les logis des capitaines, le propos est d'assurance. Beaucoup tiennent que l'occasion est belle, peut-être la plus belle depuis bien des hivers : un ennemi diminué, loin de ses bases, dans un pays qui n'est pas le sien et que nous connaissons. La noblesse parle d'en finir avec l'affront de naguère.

Un ennemi affaibli devant Harfleur

Henri d'Angleterre a débarqué près de Harfleur à la mi-août avec une armée que l'on disait nombreuse. Le port a tenu plus longtemps que l'assiégeant ne l'espérait : il ne s'est rendu que vers la fin de septembre, après que ses défenseurs eurent attendu en vain le secours promis.

Mais ce siège a coûté cher aux Anglais. Le flux de ventre — cette dysenterie qui ravage les camps croupissants — s'est mis dans leurs rangs et y a fait, dit-on, de grands vides. Les bouches s'accordent à dire que Henri a quitté Harfleur avec une armée bien moindre que celle qu'il y avait amenée, autour de la première semaine d'octobre, laissant une garnison derrière lui.

Combien sont-ils encore ? Nul ici ne le sait au juste. Les estimations qui courent les rangentent l'armée anglaise à quelques milliers d'hommes seulement, archers en grand nombre et gens d'armes en petit. On se garde d'avancer un chiffre sûr : ces nouvelles passent de bouche en bouche et se gonflent ou se rapetissent au gré de celui qui les porte.

La course aux rivières

L'Anglais remonte vers le nord en cherchant à passer la Somme, dont les ponts et les gués ont été rompus ou garnis de gens d'armes pour lui en interdire le franchissement. Tant qu'il n'aura point trouvé un passage, il devra longer la rivière vers l'amont, s'éloignant d'autant de son Calais.

C'est là tout le calcul de nos capitaines : forcer l'ennemi à s'allonger, à se fatiguer, à user ses vivres dans un pays qui n'est pas ami, pendant que l'ost de France, plus frais et plus fourni, se rabat sur sa route. On parle d'un possible franchissement du côté de Péronne dans les jours qui viennent, mais rien n'est encore assuré : la rivière est large, les gués sont rares, et l'on ne sait où l'Anglais tentera sa chance.

Les troupes du royaume, elles, se sont d'abord massées du côté de Rouen, où veille l'ost royal, puis se portent vers l'Abbevillois pour barrer le chemin de Calais. D'autres bannières sont encore attendues, car plusieurs grands seigneurs n'ont pas achevé de joindre leurs gens à l'armée.

D'Albret et Boucicaut à la tête de l'ost

Le roi étant empêché, c'est le connétable Charles d'Albret qui commande l'armée, avec à ses côtés le maréchal Boucicaut, dont la réputation des armes n'est plus à faire. Sur eux repose la conduite de cette campagne et l'honneur de tout le royaume.

Reste que l'ost de France n'est pas d'un seul tenant. Les divisions qui pèsent sur le royaume depuis des années — les uns tenant pour les princes du sang, les autres pour la maison de Bourgogne — ne se laissent pas oublier sur le chemin de la guerre. Plus d'un capitaine veille autant à son rang qu'à la besogne commune, et l'on devine sous l'ardeur affichée quelques rivalités mal éteintes.

La revanche que la noblesse appelle

Dans la mémoire de la chevalerie, deux noms reviennent comme des plaies mal refermées : Crécy, voici près de soixante-dix ans, et Poitiers, où le roi Jean fut pris par les Anglais et emmené captif outre-Manche, au prix d'une rançon dont le royaume n'a pas fini de payer le poids. La paix de Brétigny n'a jamais éteint ces braises.

Mais nos pères ont aussi connu le redressement : le roi Charles le Sage et son connétable Bertrand du Guesclin reprirent pied à pied ce qui semblait perdu. C'est de cette mémoire-là que la noblesse se réclame aujourd'hui. Beaucoup, ici, jurent qu'à cette heure et sur cette terre, la fortune des armes nous rendra ce que les archers anglais nous ont arraché jadis.

Le contexte

À la fin de l'été 1415, Henri V d'Angleterre a débarqué près de Harfleur et assiégé le port, qui s'est rendu vers la fin de septembre après un long siège.

Le roi Charles VI, atteint depuis 1392 de crises de démence récurrentes, ne peut conduire ses armées ; le gouvernement et la conduite de la guerre reposent sur les princes et les grands officiers de la couronne.

Le souvenir des défaites de Crécy (1346) et de Poitiers (1356) — où le roi Jean II le Bon fut fait prisonnier — et la paix de Brétigny (1360) demeurent vivaces ; le redressement opéré par Charles V et le connétable du Guesclin nourrit l'espoir d'une revanche.

Le royaume est traversé depuis des années par la rivalité des partis attachés aux princes du sang d'une part, à la maison de Bourgogne d'autre part.

État des informations

Cette édition s'en tient à ce qui peut être su et vérifié au 13 octobre 1415. Aucune bataille n'a encore eu lieu : rien de l'issue n'est joué, et nous nous gardons d'avancer comme certain ce qui n'est que rumeur de camp ou estimation.

Ce que l’on sait

  • Henri V a débarqué près de Harfleur à la mi-août 1415 et assiégé la place, qui s'est rendue vers la fin de septembre.
  • La maladie — la dysenterie — a frappé l'armée anglaise pendant le siège et réduit ses effectifs.
  • Henri a quitté Harfleur au début d'octobre pour gagner Calais, en cherchant à franchir la Somme.
  • Le roi Charles VI, empêché par sa maladie, ne commande pas l'armée ; celle-ci est conduite par le connétable Charles d'Albret et le maréchal Boucicaut.
  • L'armée française s'est rassemblée du côté de Rouen puis se porte vers le nord pour barrer la route de Calais.

Ce que l’on ignore

  • Le nombre exact des deux armées : les effectifs anglais comme français ne sont connus que par des estimations grossières et contradictoires.
  • L'endroit et la date où Henri parviendra à franchir la Somme.
  • Si toutes les bannières attendues auront rejoint l'ost avant la rencontre.
  • Le lieu et le moment où les deux armées en viendront aux mains.

Sources historiques utilisées

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Bataille d'Azincourt

Article Wikipédia (français), consulté pour le siège de Harfleur (mi-août au 22 septembre 1415), la dysenterie dans l'armée anglaise, le départ vers Calais le 8 octobre, le commandement de Charles d'Albret et de Boucicaut, l'absence de Charles VI et l'ost royal stationné à Rouen, ainsi que les estimations d'effectifs.

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Battle of Agincourt

Article Wikipédia (anglais), consulté pour recouper le rassemblement de l'armée française autour de Rouen, le déplacement vers le nord le long de la Somme, le franchissement vers le 19 octobre près de Péronne (Béthencourt et Voyennes), les fourchettes d'effectifs et la division des factions (Armagnacs et Bourguignons).

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Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations à chaud (assurance des capitaines, attente des bannières, course aux gués de la Somme) imitent le regard d'un chroniqueur de la cour de Charles VI au 13 octobre 1415. Faits et estimations d'effectifs croisés via les articles Wikipédia français et anglais ; aucun chiffre n'est asséné comme sûr et l'issue de la campagne n'est pas préjugée.

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