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Charles d’Albret, connétable de France, tombé au champ

Chef de l’ost royal en l’absence du roi, le sire d’Albret est mort les armes à la main parmi la fleur de la noblesse. Retour sur un connétable qui aura porté, douze années durant, l’épée de France.

La rédaction 29 octobre 1415, 08h00 6 min de lecture

Le bruit en est venu de Picardie, puis s’est confirmé de dépêche en dépêche : messire Charles d’Albret, connétable de France, n’est pas revenu du champ où l’ost royal s’est défait devant les Anglais, le jour de la Saint-Crépin. On le tient pour mort, tombé en tête de bataille, à la place où sa charge le commandait de se tenir.

À l’heure où nous écrivons, beaucoup de noms manquent encore à l’appel et l’on compte les maisons en deuil. Mais celui du connétable pèse d’un autre poids : c’était lui qui portait l’épée du royaume, et qui menait l’armée au nom d’un roi que la maladie retenait loin du combat.

L’épée de France, douze ans durant

Sire d’Albret par la mort de son père, comte de Dreux, seigneur de Sully et de Craon, Charles d’Albret est issu d’une grande maison de Gascogne. Il tenait au roi de près : on le dit son cousin germain.

C’est en février de l’an 1403 que Charles VI lui remit l’office de connétable, la première charge militaire du royaume, celle qui range les batailles et commande à l’ost en l’absence du prince. Il l’a portée presque sans interruption depuis lors — les remous des dernières années lui en ayant un temps retiré la garde, avant qu’elle ne lui fût rendue.

Homme de guerre éprouvé, il avait mené plusieurs campagnes contre les places que tiennent les Anglais en Guyenne. Ce n’était donc pas un nouveau venu que le royaume avait mis à sa tête pour barrer la route au roi d’Angleterre.

Au commandement, aux côtés de Boucicaut

Le roi étant retenu par son mal, c’est sur le connétable que reposait la conduite de l’armée. Il avait à ses côtés le maréchal Boucicaut, autre capitaine renommé, et autour d’eux toute la chevalerie du royaume venue en grand nombre fermer le passage à l’ennemi qui regagnait Calais après la prise d’Harfleur.

On rapporte — et nous le donnons pour ce qu’il vaut, le récit du champ étant encore confus — que le connétable n’aurait pu faire prévaloir partout son avis parmi tant de grands seigneurs assemblés. Tenir en bride une noblesse aussi nombreuse, aussi prompte à se porter en avant, sur un terrain que la pluie de la nuit avait changé en bourbier, n’était pas la moindre des charges qui pesaient sur lui.

Faut-il y voir une des causes du désastre ? Il serait trop tôt, et trop aisé, d’en juger. Les avis se croisent, chacun rejette la faute ailleurs, et le champ n’a pas fini de livrer ses morts. Que les clercs et les capitaines en débattent : nous nous gardons d’un verdict que les faits ne permettent pas encore de rendre.

Mort à sa place

Ce que l’on peut dire sans rien trahir, c’est qu’il n’a pas fui. Le connétable est tombé au champ, parmi cette foule de seigneurs et de princes qui n’ont pas survécu à la journée. On parle de plusieurs ducs, de comtes, de barons sans nombre couchés dans la boue de Picardie.

On dit qu’il reposera au Vieil-Hesdin. À un chef mort les armes à la main, à la place que son office lui assignait, le royaume doit au moins cet hommage, par-delà les reproches que le malheur fera naître : il a tenu son rang jusqu’au bout.

Le contexte

L’office de connétable est la première charge militaire de France : son titulaire commande à l’ost royal, notamment lorsque le roi n’est pas en personne au combat.

Charles VI, atteint depuis des années d’accès de démence, n’a pu prendre la tête de l’armée ; le commandement revenait au connétable et au maréchal.

Le roi d’Angleterre, ayant débarqué cet été et pris Harfleur le 22 septembre, regagnait Calais lorsque l’ost français le rejoignit près d’Azincourt.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au lendemain de la bataille, depuis la France et par contrecoup. Elle ne préjuge ni du bilan définitif ni des causes de la défaite, qui font débat.

Ce que l’on sait

  • Charles d’Albret était connétable de France, charge reçue de Charles VI en 1403.
  • Il commandait l’ost royal à Azincourt avec le maréchal Boucicaut, le roi étant absent pour cause de maladie.
  • Il est mort au combat le jour de la bataille, parmi de très nombreux seigneurs.

Ce que l’on ignore

  • Le décompte exact des morts et des maisons frappées reste à établir : les nouvelles arrivent par fragments.
  • La part de responsabilité du connétable et des autres chefs dans la défaite est débattue et ne peut être tranchée à chaud.
  • Les effectifs engagés de part et d’autre ne sont connus que par estimations très divergentes.

Sources historiques utilisées

secondary

Wikipédia — Bataille d’Azincourt

Commandement français (Albret, Boucicaut), absence du roi, terrain détrempé, indiscipline de la noblesse, pertes parmi les grands seigneurs.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations « à chaud » imitent la prose d’un média du temps, au lendemain du 25 octobre 1415, vue depuis la France. Aucune donnée postérieure n’a été employée.

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