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À Londres, une voix française refuse que la défaite militaire ferme l’avenir

Isolé, peu connu du grand public, le général de Gaulle tente de transformer un désastre national en guerre longue, industrielle et impériale.

Claire Montfort, depuis Londres 18 juin 1940, 22h10 8 min de lecture
Affiche imprimée « À tous les Français » signée de Gaulle, août 1940, appelant à ne pas considérer la défaite comme définitive.
Général de Gaulle, « À tous les Français », affiche, 5 août 1940 — Bibliothèque nationale de France / Gallica. Domaine public (Wikimedia Commons).

La voix n’a pas la puissance d’un gouvernement installé, ni l’évidence d’une autorité reconnue par tous. Elle vient de Londres, passe par les studios de la BBC et s’adresse à un pays dont une grande partie ne pourra peut-être pas l’entendre. Pourtant, dans la journée la plus lourde de ce mois de juin, elle déplace une question centrale : la France a-t-elle perdu une campagne, ou la guerre elle-même ?

Le général de Gaulle ne parle pas comme un homme qui disposerait d’une administration, d’un parti, d’un territoire. Il parle depuis une marge. C’est précisément ce qui rend son intervention singulière. Alors que Bordeaux cherche les conditions d’un arrêt des combats, Londres offre une autre grammaire : l’Empire, les alliés, l’industrie américaine possible, les ressources d’une guerre qui ne se limiterait plus au sol français.

Dans les milieux britanniques, cette parole est observée avec intérêt mais aussi avec prudence. Un appel ne fait pas une armée. Une émission ne renverse pas une décision de gouvernement. Les responsables qui croisent de Gaulle savent que l’autorité politique ne se décrète pas depuis un micro. Mais ils savent aussi qu’une défaite totale commence souvent le jour où plus personne ne conteste sa définition.

Le contraste avec Bordeaux est brutal. Le maréchal Pétain a parlé la veille le langage du soulagement immédiat : cesser le combat, épargner des vies, éviter l’effondrement complet. De Gaulle lui oppose une logique plus abstraite, donc plus difficile à faire entendre dans un pays épuisé : accepter que la guerre change d’échelle, de lieu et de durée.

Cette opposition ne sera pas tranchée ce soir. Il faut se garder de donner à cette allocution plus d’audience immédiate qu’elle n’en a. Beaucoup de Français sont sur les routes, sans poste, sans calme, sans certitude sur l’endroit où dormir. D’autres n’attendent plus de discours, mais du pain, du carburant, des nouvelles des proches dispersés. La politique parle dans une France qui cherche d’abord à tenir debout.

Reste que l’appel introduit une fissure dans le récit de l’armistice. Si la France métropolitaine est envahie, l’État français ne se réduit-il qu’à elle ? Si l’armée est battue, toute capacité militaire disparaît-elle ? Si le gouvernement demande l’arrêt, chaque Français doit-il considérer la décision comme définitive ? Ces questions, ce soir, n’ont pas encore de force institutionnelle. Elles ont au moins une existence publique.

Le destin d’une parole se mesure rarement à l’heure où elle est prononcée. Celle-ci peut tomber dans le bruit de la défaite, ou devenir le premier point d’appui d’un refus. La rédaction ne peut pas savoir ce qu’elle pèsera demain. Elle peut seulement constater qu’au moment où l’on referme à Bordeaux le chapitre de la bataille de France, quelqu’un, à Londres, refuse de refermer le livre.

Le contexte

Paris est occupée depuis le 14 juin 1940.

Le gouvernement français s’est replié à Bordeaux.

Le général de Gaulle parle depuis Londres après avoir quitté la France.

État des informations

Cette édition se limite à l’état des nouvelles au 18 juin 1940 et traite les suites politiques au conditionnel.

Ce que l’on sait

  • Le gouvernement français s’est replié à Bordeaux.
  • Paris est occupée par les troupes allemandes depuis le 14 juin.
  • Le maréchal Pétain a demandé aux Français de cesser le combat.
  • Depuis Londres, le général de Gaulle appelle à poursuivre la guerre.

Ce que l’on ignore

  • Les conditions exactes d’un armistice ne sont pas encore connues.
  • On ignore combien de responsables français rejoindront la position défendue à Londres.
  • La situation réelle de nombreuses unités reste confuse dans l’exode et les communications rompues.

Sources historiques utilisées

secondary

Les Français de l’an 40

Jean-Louis Crémieux-Brilhac · 1990

Synthèse utilisée pour la chronologie politique et militaire de juin 1940.

primary

L’Étrange Défaite

Marc Bloch · 1946

Témoignage et analyse d’un acteur de la défaite, mobilisé comme repère critique.

primary

Appel radiodiffusé du 18 juin

Charles de Gaulle · 1940

Texte de référence pour comprendre le geste politique de Londres.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

Les articles sont écrits comme si la rédaction suivait les événements au jour le jour, sans annoncer la suite.

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