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L’heure de vérité : Apollo 13 vers la rentrée, le sort des trois hommes en jeu

C’est aujourd’hui, dans les heures qui viennent, que se joue le retour de Lovell, Swigert et Haise. Réveil du module Odyssey laissé pour mort, largage du module de service, abandon du canot Aquarius, puis la plongée dans l’atmosphère et son redoutable silence radio : chaque manœuvre est une première, tentée sans filet. Nul, ce matin, ne peut dire comment elle finira.

La rédaction 17 avril 1970, 11h00 8 min de lecture
Le module de service d’Apollo 13, un panneau entier arraché, photographié après son largage, dérivant dans le vide spatial, 17 avril 1970.
NASA / Johnson Space Center, « View of the damaged Apollo 13 Service Module » (17 avril 1970) — domaine public (Wikimedia Commons).

Voici le matin que le monde entier attendait et redoutait. Après quatre jours d’un voyage devenu une lutte pour la survie, les trois hommes d’Apollo 13 — Jim Lovell, Jack Swigert et Fred Haise — approchent de la Terre. Dans les heures qui viennent, leur cabine doit rentrer dans l’atmosphère et, si tout se déroule comme on l’espère, descendre sous parachutes vers le Pacifique. Mais entre eux et la mer s’interposent une série de manœuvres jamais tentées dans ces conditions, et une part d’ombre que personne, à cette heure, ne sait dissiper.

Depuis l’avarie du 13 avril, qui a privé le module de commande Odyssey de son oxygène et de son courant, l’équipage s’est réfugié dans le module lunaire Aquarius, transformé en canot de sauvetage. C’est ce frêle habitacle, conçu pour deux hommes et deux jours, qui les a maintenus en vie à trois et pendant le double de temps. Mais Aquarius ne sait pas rentrer dans l’atmosphère : pour franchir cette dernière épreuve, il faut revenir dans Odyssey, le vaisseau endormi, et le rallumer.

Houston a passé la nuit à mettre au point, minute par minute, la chorégraphie de cette journée. Tout doit s’enchaîner sans faute et dans l’ordre : larguer le module de service avarié, ranimer Odyssey, abandonner Aquarius, puis affronter la rentrée. Une erreur de séquence, une réserve d’énergie mal calculée, et la mécanique entière se grippe. Nous rapportons ici le programme tel qu’il est annoncé, en sachant qu’aucune de ses étapes n’est jouée d’avance.

Larguer le module de service, et voir enfin la plaie

Première manœuvre de la journée : se débarrasser du module de service, ce long cylindre qui porte le moteur principal et qui abritait les réservoirs d’oxygène et les piles à combustible. C’est lui qui a été frappé l’autre nuit ; depuis, il n’est plus qu’un poids mort, et l’on craint que ses entrailles éventrées ne menacent la cabine au moment de la rentrée. On s’en sépare donc avant de plonger.

À l’instant de la séparation, pour la première fois depuis l’accident, l’équipage doit pouvoir regarder de ses propres yeux ce qui s’est passé. Les premiers comptes rendus venus de l’espace sont sans ambiguïté : un panneau entier du flanc du module a été arraché, laissant à nu l’intérieur de l’engin ; on signale des débris, des éléments déplacés. La violence du dégât saute aux yeux. Mais voir n’est pas comprendre : ce que les hommes décrivent là-haut, c’est l’effet, non la cause. Pourquoi le réservoir a-t-il lâché, ce qui a déclenché l’avarie, demeure ce matin une énigme, et nous nous gardons d’y répondre par des suppositions.

Ce constat visuel confirme du moins la prudence des contrôleurs, qui ont renoncé dès le premier jour à se servir du grand moteur du module de service : on ignorait son état, on le sait désormais malmené. Reste la grande inconnue, celle que le largage ne lève pas — l’état de l’écran thermique d’Odyssey, ce bouclier qui doit encaisser la fournaise de la rentrée et qui, lui, est resté caché tout ce temps sous le module que l’on vient seulement de jeter.

Réveiller Odyssey, vaisseau laissé pour mort

Vient ensuite l’opération la plus délicate de la matinée : rallumer Odyssey. Le module de commande a été mis en sommeil presque entièrement pour économiser ses maigres batteries, seule réserve d’énergie disponible pour la descente finale. Le rallumer à froid, après des jours d’extinction, n’avait jamais été prévu : les procédures normales supposent un vaisseau alimenté de bout en bout par les piles du module de service, aujourd’hui mortes.

Au sol, des équipes ont travaillé sans relâche à écrire une marche à suivre entièrement nouvelle, pesant chaque interrupteur pour ne pas épuiser le courant avant l’amerrissage. Cette liste de manœuvres, transmise à l’équipage, doit ranimer les instruments, le pilotage et le maintien de vie de la cabine dans un ordre strict. Les hommes la suivent point par point. À l’intérieur, le froid et l’humidité accumulés depuis des jours ajoutent au péril : l’eau de condensation suinte sur les parois et les appareils, et l’on craint qu’elle ne provoque des courts-circuits au moment où l’on remet le tout sous tension.

Si Odyssey ne se réveille pas, ou se réveille mal, il n’y a pas de seconde tentative. C’est dire la tension qui règne, là-haut comme à Houston, pendant que défile cette litanie d’interrupteurs dont dépend tout le reste.

Abandonner Aquarius, le canot qui les a sauvés

Vient alors le moment de se séparer d’Aquarius. Le module lunaire les a portés autour de la Lune et ramenés jusqu’au seuil de la Terre ; mais il ne peut pas les accompagner plus loin, et il faut le larguer avant la rentrée, faute de quoi il gênerait la descente de la cabine. Au moment de cet adieu, le canot disposerait encore, dit-on, de plusieurs jours d’oxygène, mais de quelques heures à peine d’eau et de courant : il aura tenu jusqu’au bout, ou presque.

Là encore, rien n’est ordinaire. La méthode habituelle pour repousser le module lunaire s’appuyait sur les moteurs du module de service — précisément celui que l’on a déjà jeté. Il a donc fallu imaginer un autre moyen de l’écarter proprement, en jouant sur la pression de l’air dans le tunnel qui relie les deux engins, de manière à les chasser l’un de l’autre sans heurt. Tout cela se règle au jugé, sur des calculs faits dans l’urgence.

La rentrée, et le silence que l’on redoute

Reste l’épreuve dont tout dépend : la rentrée dans l’atmosphère. Lancée à très grande vitesse, la cabine va heurter les hautes couches de l’air et s’entourer d’une gaine de gaz incandescents. C’est l’écran thermique, à l’arrière du vaisseau, qui doit absorber cette chaleur et préserver les trois hommes. Or nul ne sait s’il a souffert de l’explosion qui a ravagé le module voisin : il est demeuré masqué jusqu’à présent, et aucune inspection n’a pu lever le doute. On entre dans le feu sans savoir si le bouclier est intact.

À cet instant, la chaleur enveloppe la cabine d’un voile de plasma qui coupe toute liaison radio : c’est le « blackout », le silence d’usage de chaque rentrée. Pour les missions précédentes, il dure quatre minutes environ ; chacune de ces minutes paraît une éternité à ceux qui, en bas, attendent la voix de l’équipage à la sortie. Ce matin, la moindre prolongation de ce silence sera un supplice : un retard à reprendre contact serait le signe que quelque chose s’est mal passé dans la traversée de feu.

Si le bouclier tient, si la cabine ressort intacte de ce mur de flammes, restera l’ultime geste : l’ouverture des parachutes, qui doivent freiner la chute et déposer Odyssey sur l’océan, où des navires se tiennent prêts à recueillir l’équipage. Tout, ce matin, est suspendu à cet enchaînement. À l’heure où nous écrivons, les trois hommes sont vivants et en route vers la Terre ; ce qui les attend dans les prochaines heures, nul ne le sait encore, et le monde retient son souffle.

Le contexte

Apollo 13 a décollé du Centre spatial Kennedy le 11 avril 1970, troisième mission destinée à se poser sur la Lune, avec pour cible la région de Fra Mauro.

Dans la nuit du 13 au 14 avril, une avarie a frappé le module de service : chute de tension, perte des piles à combustible et de l’oxygène d’Odyssey. L’alunissage a été aussitôt abandonné et la mission transformée en course pour ramener l’équipage vivant.

Depuis, les trois hommes se sont réfugiés dans le module lunaire Aquarius, ont contourné la Lune sur une trajectoire de retour libre, puis allumé son moteur pour hâter le retour et viser le Pacifique. Le froid, le rationnement de l’eau et l’épuration difficile du gaz carbonique ont marqué ces journées.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au matin du 17 avril 1970, avant la rentrée. Le programme de la journée est rapporté tel qu’il est annoncé ; aucune de ses étapes n’est tenue pour acquise et l’issue n’est pas anticipée. La cause de l’avarie demeure inconnue et n’est pas suppléée par des hypothèses.

Ce que l’on sait

  • Apollo 13 approche de la Terre le 17 avril 1970 ; la rentrée atmosphérique et l’amerrissage doivent avoir lieu dans la journée.
  • Pour rentrer, l’équipage doit quitter le module lunaire Aquarius et rallumer le module de commande Odyssey, mis en sommeil depuis l’avarie, selon une procédure improvisée par les équipes au sol.
  • Le module de service avarié doit être largué avant la rentrée ; à la séparation, l’équipage constate qu’un panneau entier du flanc a été arraché et signale des débris.
  • Le module lunaire Aquarius doit être largué peu avant la rentrée.
  • La rentrée s’accompagne d’une coupure radio (« blackout ») due à la chaleur, suivie, si tout se passe bien, de l’ouverture des parachutes et d’un amerrissage en mer où des navires attendent.

Ce que l’on ignore

  • L’état de l’écran thermique d’Odyssey, resté caché et possiblement endommagé par l’explosion : c’est l’inconnue majeure de la rentrée.
  • L’issue de la rentrée elle-même : nul ne sait, ce matin, si les trois hommes survivront à la traversée de l’atmosphère.
  • La cause de l’avarie du 13 avril, simplement constatée dans ses effets et non expliquée.
  • La durée exacte que prendra le silence radio de la rentrée et ce qu’elle révélera de la tenue du bouclier.

Sources historiques utilisées

secondary

Apollo 13

Article de Wikipédia en français consulté pour la séquence du 17 avril : largage du module de service et panneau arraché, réveil d’Odyssey selon une procédure improvisée, largage d’Aquarius, rentrée et silence radio prolongé, inquiétude sur l’écran thermique. Données postérieures à la rentrée volontairement écartées.

secondary

Apollo 13

Article de Wikipédia en anglais consulté pour recouper le déroulé du dernier jour : jettison du module de service et dégâts observés, power-up improvisé du module de commande, séparation du module lunaire, blackout de rentrée allongé et crainte d’un écran thermique endommagé.

primary

Communiqués et retransmissions du contrôle de vol de Houston, 17 avril 1970

1970

Source des informations diffusées en direct au matin de la rentrée : programme des manœuvres, comptes rendus de l’équipage à la séparation du module de service. Rapportés d’après la couverture continue de la mission.

editorial-reconstruction

Reconstruction éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations à chaud imitent la couverture qu’un quotidien francophone aurait pu donner au matin du 17 avril 1970, à l’approche de la rentrée : énumération des manœuvres à venir, inconnues assumées, suspense de l’issue. Aucun élément postérieur à cet instant n’est employé.

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15 avril 1970, 07h007 min