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Le monde retient son souffle : prières, veilles et vœux pour trois hommes

D’une place Saint-Pierre comble au Mur des Lamentations, de Times Square aux postes de radio des chaumières, la planète s’est arrêtée pour trois Américains accrochés à un canot de fortune à des centaines de milliers de kilomètres d’ici. Le Sénat des États-Unis appelle à prier, des navires soviétiques mettent le cap sur le Pacifique : par-dessus les blocs, une même inquiétude.

La rédaction 16 avril 1970, 18h00 7 min de lecture

Il y a quelques jours encore, on la disait routinière. La troisième expédition humaine vers la Lune, dont le décollage avait à peine retenu l’attention des grandes chaînes de télévision, n’intéressait plus grand monde : on avait déjà marché là-haut, deux fois ; le public, blasé, regardait ailleurs. En l’espace d’une nuit, l’avarie qui a frappé Apollo 13 a tout renversé. Boudée à son départ, la mission est redevenue, depuis l’explosion de lundi soir, l’affaire de la Terre entière.

Partout, depuis trois jours, c’est la même scène : des familles agglutinées autour d’un poste de radio ou d’un écran, guettant le prochain communiqué de Houston, comptant les heures qui séparent encore les trois hommes — James Lovell, John Swigert et Fred Haise — d’un éventuel retour. Les chaînes américaines, qui n’avaient pas jugé bon de retransmettre les images envoyées par l’équipage avant le drame, interrompent désormais leurs programmes pour la moindre nouvelle. La nouvelle court sur tous les fuseaux, et nulle frontière ne l’arrête.

Ce qui frappe, ce soir, ce n’est pas seulement l’ampleur de l’angoisse, c’est son universalité. Trois hommes en péril ont fait, le temps d’une crise, ce qu’aucun triomphe n’avait accompli : suspendre, par-dessus les rivalités des blocs, le souffle d’un monde entier.

Le Sénat américain appelle à prier

À Washington, la mobilisation a gagné jusqu’aux institutions. Mardi 14 avril, le Sénat des États-Unis a adopté une résolution invitant les entreprises et les commerces du pays à interrompre leur activité le soir même, à neuf heures, afin que chacun puisse s’associer à une prière pour le retour sain et sauf de l’équipage. Geste rare d’une assemblée parlementaire, qui dit l’émotion saisissant la nation.

Le président Nixon, lui, a renoncé à une partie de ses obligations pour suivre l’affaire de près : on le dit en contact avec les familles des trois hommes, et il s’est rendu en personne, dès le lendemain de l’explosion, dans l’après-midi du 14 avril, au centre spatial chargé du suivi des communications. La Maison-Blanche a joint sa voix aux appels à la prière qui se multiplient à travers le pays. Du Capitole à la présidence, l’Amérique officielle veille avec ses astronautes.

Place Saint-Pierre, Times Square, le Mur des Lamentations

À Rome, le pape Paul VI s’est associé publiquement à l’inquiétude générale. Devant une place Saint-Pierre comble — on parle de plusieurs dizaines de milliers de fidèles —, le Souverain pontife a baissé la tête et invité l’assistance à prier pour que les trois voyageurs soient ramenés vivants sur la Terre. Dans des milliers d’églises et de synagogues, à travers les deux continents, des offices ont été dits à la même intention.

Le mouvement n’a épargné aucun lieu où les hommes se rassemblent. À New York, des passants se sont arrêtés et recueillis à Times Square ; à Jérusalem, des fidèles sont venus prier devant le Mur des Lamentations ; au marché de Chicago, on rapporte que l’on a marqué un temps de silence. Jusqu’aux Indes, où des dizaines de milliers de personnes, réunies à l’occasion d’une fête religieuse, auraient joint leurs prières à celles de l’Occident. Croyances et latitudes confondues, c’est la même supplique qui monte.

Des navires soviétiques font route vers le Pacifique

Le plus inattendu vient peut-être de l’Est. En pleine guerre froide, alors que la course à la Lune était précisément l’un des terrains de l’affrontement entre les deux Grands, l’Union soviétique a fait savoir qu’elle offrait son concours. Plusieurs navires soviétiques — on en cite quatre — auraient été déroutés vers la zone du Pacifique où pourrait se poser, si tout va bien, la cabine des astronautes, afin de prêter main-forte en cas de besoin.

Moscou n’est pas seule : on indique qu’une dizaine de pays se sont tournés vers Washington pour proposer leurs moyens navals, au cas où l’engin devrait amerrir loin de la flotte américaine. Le temps d’un sauvetage incertain, les pavillons rivaux semblent vouloir converger vers un même point de l’océan. Que des bâtiments soviétiques fassent route pour secourir, le cas échéant, des Américains tombés du ciel, voilà qui n’aurait, hier encore, guère paru croyable.

Une issue qui se joue loin de nos regards

Toute cette ferveur, pourtant, ne change rien à la dureté des faits. Les trois hommes demeurent à bord d’un module lunaire transformé en canot de sauvetage, conçu pour deux passagers et qui doit en abriter trois ; ils luttent contre le froid, économisent l’eau et l’air, et n’ont devant eux qu’une longue route vers la Terre. Aucune prière, aucun navire ne peut écourter le voyage : il faudra encore patienter.

Nous rapportons ces gestes de solidarité pour ce qu’ils sont — l’expression, datée et publique, d’une émotion planétaire —, sans rien préjuger de ce que les heures à venir réservent à l’équipage. Ce soir, des deux côtés du rideau de fer, dans les églises comme sur les ponts des navires, le monde fait la seule chose qui lui reste : attendre, et veiller.

Le contexte

Apollo 13, troisième mission destinée à se poser sur la Lune, a décollé le 11 avril 1970. Une avarie grave a frappé le module de service le 13 avril au soir, contraignant l’équipage à se replier dans le module lunaire pour tenter de regagner la Terre.

La conquête de l’espace est, depuis le lancement du premier satellite soviétique en 1957, l’un des grands champs de rivalité entre les États-Unis et l’Union soviétique. Les deux puissances s’y mesurent autant qu’elles s’y observent.

Les deux premiers alunissages habités, en juillet puis en novembre 1969, avaient été suivis par des audiences considérables, avant que l’intérêt du public ne retombe.

État des informations

Cette édition s’en tient aux réactions publiques et datables des jours qui ont suivi l’avarie du 13 avril 1970. Les chiffres de foule et d’audience sont rapportés sous réserve, d’après les dépêches du moment. L’issue de la mission n’est pas connue à la date de cet article et n’est pas anticipée.

Ce que l’on sait

  • Le 14 avril 1970, le Sénat des États-Unis a adopté une résolution invitant le pays à observer un temps de prière le soir même pour le retour de l’équipage.
  • Le pape Paul VI a conduit une prière pour les astronautes devant une foule nombreuse réunie place Saint-Pierre, à Rome.
  • Des rassemblements et prières publiques ont eu lieu notamment à Times Square (New York) et au Mur des Lamentations (Jérusalem), ainsi que dans de nombreuses églises et synagogues.
  • Plusieurs navires soviétiques ont été déroutés vers la zone d’amerrissage possible dans le Pacifique pour offrir leur aide ; plusieurs pays ont proposé un concours naval aux États-Unis.
  • Les grandes chaînes de télévision, qui avaient peu couvert le début de la mission, interrompent leurs programmes pour rendre compte de la crise heure par heure.
  • Le président Nixon a écourté ses obligations, pris contact avec les familles et s’est rendu au centre de suivi des communications de la mission.

Ce que l’on ignore

  • Le sort final de l’équipage, encore en route vers la Terre à bord du module lunaire.
  • Le lieu et le moment exacts d’un éventuel amerrissage, et l’état de l’engin à la rentrée.
  • L’ampleur réelle, chiffre par chiffre, des audiences de télévision et de radio dans le monde.

Sources historiques utilisées

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Apollo 13

Article de Wikipédia en anglais consulté pour recouper la résolution du Sénat du 14 avril, la prière de Paul VI place Saint-Pierre, les rassemblements (Times Square, Mur des Lamentations, Bourse de Chicago), les concours navals soviétique et internationaux, et le revirement de la couverture télévisée. Tout élément postérieur au 16 avril 1970 (chiffres d’audience de l’amerrissage, proclamation présidentielle du 17 avril) a été écarté.

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Apollo 13

Article de Wikipédia en français consulté pour recouper la chronologie de la mission, l’avarie du 13 avril et le contexte de la course à l’espace.

editorial-reconstruction

Reconstruction éditoriale — Les Échos du Passé

La mise en forme à chaud imite la couverture qu’un quotidien francophone aurait pu donner au soir du 16 avril 1970 : recension des réactions publiques, attente, solidarité par-dessus les blocs. Aucun élément postérieur au 16 avril 1970 n’est employé, et l’issue de la mission n’est pas anticipée.

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