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Apollo 13 a décollé : trois hommes en route vers Fra Mauro

Partie ce samedi à 14 h 13, heure de Floride, du Centre spatial Kennedy, la fusée Saturn V a placé Apollo 13 sur la route de la Lune. James Lovell, John Swigert et Fred Haise visent les hauteurs de Fra Mauro, un sol que les géologues disent riche entre tous. Une légère défaillance d’un moteur au lancement, aussitôt compensée, n’a pas troublé un départ que beaucoup, déjà, regardent d’un œil distrait.

La rédaction 11 avril 1970, 21h00 6 min de lecture
Décollage de la fusée Saturn V portant Apollo 13 depuis le complexe 39A du Centre spatial Kennedy, 11 avril 1970.
NASA / Kennedy Space Center (KSC-70PC-160) — domaine public (Wikimedia Commons).

La troisième expédition américaine vers le sol lunaire est lancée. Ce samedi 11 avril, à 14 h 13 précises, heure de la côte est des États-Unis, la fusée géante Saturn V s’est arrachée de son pas de tir du Centre spatial Kennedy, en Floride, emportant la capsule Apollo 13 et ses trois occupants. Quelques heures plus tard, après une révolution de mise en route autour de la Terre, l’étage supérieur a été rallumé pour les jeter sur la grande ellipse qui mène à la Lune. À l’heure où nous écrivons, les trois hommes filent déjà loin de notre planète, sur une trajectoire que Houston annonce conforme aux prévisions.

L’équipage est commandé par James Lovell, l’un des astronautes les plus aguerris de l’Amérique : déjà quatre fois parti, vétéran des vols Gemini et passager d’Apollo 8, la première cabine à avoir tourné autour de la Lune voici un peu plus de quinze mois. À ses côtés, deux hommes pour qui c’est le baptême de l’espace : John Swigert, chargé de la cabine de commande baptisée « Odyssey », et Fred Haise, qui pilotera le module lunaire « Aquarius » jusqu’au sol. Swigert n’a rejoint l’équipage qu’à la toute dernière semaine, en remplacement de Thomas Mattingly, écarté par mesure de précaution sanitaire — sujet que nous traitons par ailleurs.

Le but du voyage porte un nom de cartographe : Fra Mauro. Il s’agit d’une vaste région de collines, au sud de l’équateur lunaire, que les savants tiennent pour l’un des terrains les plus prometteurs jamais visés. On y verrait, affleurant au jour, des matériaux projetés au loin par l’immense choc qui creusa jadis la mer des Pluies, aux premiers âges de la Lune. En y plantant leurs pelles, Lovell et Haise rapporteraient des roches plus anciennes et plus profondes que toutes celles recueillies jusqu’ici par leurs prédécesseurs : de quoi, espère-t-on, lire un peu de la jeunesse de notre satellite.

Les deux hommes doivent y séjourner plus longtemps que les équipages précédents, déployer un jeu d’instruments scientifiques laissés en place après leur départ et ramener une ample moisson de pierres. C’est dire que cette mission se veut, plus que les deux premières, une expédition de géologues autant que d’aviateurs. Mais tout cela appartient encore aux jours qui viennent : pour l’heure, l’essentiel est fait, la cabine est en route, et la Lune l’attend dans trois jours.

Un moteur s’est tu plus tôt que prévu

Le départ n’a pas été tout à fait sans accroc, mais l’incident fut de ceux que les ingénieurs rangent dans les petites misères de la mécanique. Pendant la poussée du deuxième étage de la fusée, l’un des cinq moteurs — celui du centre — s’est éteint avant l’heure, de l’ordre de deux minutes trop tôt. Les techniciens de Houston attribuent cette extinction à des vibrations excessives qui ont déclenché, comme prévu en pareil cas, l’arrêt automatique du moteur.

La parade était inscrite dans les calculs : les quatre moteurs restants ont prolongé leur combustion pour rattraper l’élan manquant, et l’étage suivant a fait le reste. Au bout du compte, la vitesse et l’altitude voulues ont été atteintes, et la cabine a rejoint sa route sans dévier. Le contrôle au sol a tenu à le souligner aussitôt : la trajectoire vers la Lune est bonne, et le vol se poursuit comme prévu. Un moteur qui se tait trop tôt, voilà l’histoire du jour côté technique — et elle est déjà close.

La Lune deviendrait-elle ordinaire ?

Il faut bien le constater : ce troisième départ vers la Lune n’a pas soulevé la fièvre des précédents. Voici à peine neuf mois, le monde entier retenait son souffle devant les premiers pas de l’homme sur un autre astre. Ce samedi, plusieurs chaînes de télévision américaines n’ont même pas jugé bon de retransmettre les images envoyées par l’équipage. L’extraordinaire, à force d’être réussi, prendrait-il déjà des airs d’habitude ?

Le voyage de la Terre à la Lune, qui tenait hier du prodige, s’installe peu à peu dans les mœurs comme une traversée réglée. On part, on contourne notre satellite, on s’y pose, on revient : la chose paraît presque convenue. Cette accoutumance a ses raisons — deux missions menées à bien y invitent — mais elle ne doit pas faire oublier ce que représente, à chaque fois, d’arracher trois hommes à la pesanteur et de les confier, des jours durant, au vide. Apollo 13 vient de le refaire, ce samedi, sous un ciel de Floride à peine plus regardé que celui d’un jour de semaine.

Le contexte

Deux équipages américains se sont déjà posés sur la Lune : Apollo 11 en juillet 1969, premier alunissage habité, puis Apollo 12 en novembre de la même année.

La fusée Saturn V, haute de plus de cent mètres, est le lanceur employé pour toutes ces missions lunaires ; elle se compose de trois étages successifs largués à mesure de l’ascension.

Chaque vol Apollo associe une cabine de commande, où vit l’équipage, et un module lunaire séparé, destiné à descendre deux hommes sur le sol pendant qu’un troisième reste en orbite.

James Lovell faisait partie de l’équipage d’Apollo 8 qui, en décembre 1968, fut le premier à tourner autour de la Lune sans s’y poser.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au soir du 11 avril 1970 : le lancement et sa trajectoire initiale. Les heures et chiffres rapportés émanent des communiqués de la NASA et du contrôle de Houston. La suite de la mission n’est pas anticipée.

Ce que l’on sait

  • Apollo 13 a décollé le 11 avril 1970 à 14 h 13, heure de l’Est, du Centre spatial Kennedy, en Floride, à bord d’une fusée Saturn V.
  • L’équipage se compose de James Lovell (commandant), John Swigert (cabine de commande « Odyssey ») et Fred Haise (module lunaire « Aquarius »).
  • La mission vise la région lunaire de Fra Mauro, tenue par les savants pour géologiquement riche.
  • Pendant la poussée du deuxième étage, le moteur central s’est éteint prématurément ; les autres moteurs ont prolongé leur combustion et la trajectoire visée a été atteinte.
  • Le contrôle de Houston annonce une trajectoire vers la Lune conforme aux prévisions.

Ce que l’on ignore

  • Le déroulement de la suite du voyage et de la descente vers Fra Mauro.
  • La nature exacte et la quantité des roches qui pourront être rapportées.
  • Le détail complet de la cause de l’extinction du moteur central, au-delà des vibrations invoquées par les ingénieurs.

Sources historiques utilisées

secondary

Apollo 13

Article de Wikipédia en français consulté pour l’heure et le lieu du lancement, la composition de l’équipage, la cible Fra Mauro et l’anomalie du moteur central du deuxième étage. Éléments postérieurs au 11 avril 1970 volontairement écartés.

secondary

Apollo 13

Article de Wikipédia en anglais consulté pour recouper l’heure de tir (14 h 13 EST / 19 h 13 TU), le pas de tir LC-39A, la fusée SA-508, la signification géologique de Fra Mauro, l’extinction du moteur central (oscillations, arrêt anticipé d’environ deux minutes compensé par les moteurs latéraux) et la désaffection des télévisions.

primary

Communiqués de la NASA et du contrôle de vol de Houston, 11 avril 1970

1970

Source des données de lancement, de trajectoire et de la mention de l’anomalie du moteur central, telles que diffusées le jour du départ.

editorial-reconstruction

Reconstruction éditoriale — Les Échos du Passé

Les formulations à chaud imitent la couverture qu’un quotidien francophone aurait pu donner au soir du 11 avril 1970 : un départ réussi, une avarie technique bénigne refermée, et une certaine lassitude de l’opinion devant la « routine lunaire ». Aucun élément postérieur au 11 avril 1970 n’est employé.

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11 avril 1970, 20h007 min