Grave avarie à bord d’Apollo 13 : « Houston, we’ve had a problem »
Dans la nuit du 13 au 14 avril, vers 03 h 08 (temps universel), une explosion a frappé le module de service d’Apollo 13, à quelque 330 000 kilomètres de la Terre. Privé d’une grande part de son oxygène et de son électricité, l’équipage de Jim Lovell ne se posera pas sur la Lune. Une seule question tient désormais le monde en haleine : ces trois hommes pourront-ils rentrer.
L’alunissage est abandonné. Cette nouvelle, qui aurait paru impensable il y a vingt-quatre heures, est tombée dans la nuit, relayée par la NASA puis par les radios et les télévisions du monde entier. À mi-chemin de la Lune, à environ 330 000 kilomètres de la Terre, le vaisseau Apollo 13 a subi une avarie d’une gravité telle que sa mission première — poser deux hommes sur le sol lunaire, dans la région de Fra Mauro — n’est plus à l’ordre du jour. Il ne s’agit plus d’atteindre la Lune. Il s’agit de ramener vivants Jim Lovell, John Swigert et Fred Haise.
Tout a basculé peu après 22 heures, heure de la côte est des États-Unis, dans la soirée du 13 avril — soit aux alentours de 03 h 08 ce matin en temps universel. L’équipage venait, à la demande de Houston, d’actionner les ventilateurs de brassage des réservoirs d’oxygène du module de service, une manœuvre de routine. Quelques secondes plus tard, un choc sourd a secoué le vaisseau. C’est le pilote du module de commande, John Swigert, qui a lancé le premier vers le sol cette phrase désormais sur toutes les lèvres : « Okay, Houston, we’ve had a problem here » — « Bien, Houston, nous avons eu un problème. » Le commandant Jim Lovell l’a aussitôt confirmée : « Houston, we’ve had a problem. We’ve had a Main B Bus undervolt » — un effondrement de la tension sur l’un des grands circuits électriques du bord.
Les minutes qui ont suivi ont dressé un tableau sombre. La tension du bus principal B s’est effondrée. Deux des trois piles à combustible — ces générateurs qui, en combinant l’oxygène et l’hydrogène, fournissent au vaisseau son courant et une part de son eau — ont cessé de débiter. Les instruments ont indiqué que le réservoir d’oxygène n°2 était vide, tandis que la pression du réservoir n°1 déclinait, lentement mais sans répit. Quelques instants plus tard, par un hublot, Jim Lovell a aperçu un gaz s’échapper du flanc du vaisseau et se disperser dans le vide. Le module de service perd son oxygène, et avec lui sa capacité à produire de l’électricité.
On ignore, à l’heure où nous écrivons, ce qui a provoqué cette avarie. On en constate les effets — le choc entendu, la chute de tension, les piles à combustible muettes, l’oxygène qui fuit — sans pouvoir en désigner la cause avec certitude. Les responsables de la NASA n’avancent, pour l’instant, aucune explication arrêtée. C’est l’honnêteté de cette heure que de le dire : nous savons que quelque chose a cédé à bord, nous ne savons pas encore quoi ni pourquoi.
Face à cette situation, le contrôle de mission, à Houston, a pris une décision sans précédent : transformer le module lunaire Aquarius, ce petit véhicule conçu pour descendre vers la Lune, en canot de sauvetage. C’est désormais dans cet habitacle exigu que les trois hommes ont trouvé refuge, vivant sur l’oxygène, l’eau et les batteries d’un engin pensé pour deux hommes et pour deux jours environ. Le module de commande Odyssey, lui, est progressivement mis en sommeil pour préserver le peu de ressources qui lui restent en vue d’un éventuel retour.
Apollo 13 file toujours vers la Lune, qu’il devra contourner avant d’espérer revenir vers la Terre. Le trajet du retour, les réserves d’Aquarius, le froid, l’air respirable : tout est désormais à recompter, paramètre par paramètre. Le décollage du 11 avril, salué comme un nouveau pas vers la Lune, appartient déjà à un autre monde. Cette nuit, dans les centres de la NASA comme devant les postes de radio, on ne parle plus de conquête. On parle de survie.