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Eagle a redécollé : les trois hommes ont repris la route de la Terre

Hier soir, l’étage supérieur du module lunaire a quitté la mer de la Tranquillité, emportant Armstrong et Aldrin vers Collins resté en orbite. L’équipage est de nouveau réuni à bord de Columbia, et son moteur l’a remis cette nuit sur le chemin du retour. La partie la plus redoutée s’est jouée hier : le moteur de remontée, unique et sans secours, a bien fonctionné. Restent l’approche de la Terre et la rentrée, attendues jeudi.

L’envoyé spécial à Houston 22 juillet 1969, 08h00 7 min de lecture
L'étage de remontée du module lunaire Eagle, Armstrong et Aldrin à bord, remonte vers Columbia au-dessus du limbe lunaire ; la Terre se lève à l'horizon, 21 juillet 1969.
L'étage de remontée d'Eagle en route vers le rendez-vous orbital avec Columbia, la Terre à l'horizon au-dessus de la Lune, 21 juillet 1969. NASA, cliché AS11-44-6642 — domaine public (Wikimedia Commons).

Ils ont quitté la Lune. Hier soir, peu avant dix-huit heures, heure de Greenwich, l’étage de remontée du module lunaire baptisé Eagle s’est arraché du sol de la mer de la Tranquillité, emportant les deux hommes qui, la veille, y avaient posé le pied. À l’instant où nous écrivons, Neil Armstrong, Edwin Aldrin et Michael Collins sont de nouveau réunis tous trois à bord de la cabine Columbia, et celle-ci, son moteur ayant donné cette nuit la poussée attendue, a mis le cap sur la Terre.

On respire, à Houston comme ailleurs. Car la manœuvre d’hier soir était, de l’aveu même des ingénieurs, l’une des plus périlleuses de tout le voyage. Pour rendre les deux explorateurs à leur compagnon resté en orbite, il fallait que le moteur de l’étage supérieur d’Eagle s’allume, et qu’il s’allume du premier coup. Ce moteur est unique : on ne lui a prévu aucun secours, aucune doublure. S’il avait refusé de partir, rien ni personne n’aurait pu aller chercher les deux hommes sur le sol lunaire. Cette éventualité, que nul n’osait nommer, a pesé sur toutes les heures passées là-haut.

Le moteur a fonctionné. À la poussée, l’étage de remontée s’est élevé au-dessus de la plaine, laissant sur place le train d’atterrissage qui avait amorti la descente et lui servait à présent de rampe. La petite cabine, allégée de tout ce qui ne devait pas revenir, a gagné l’orbite où Collins, depuis la veille, tournait seul autour de la Lune à bord de Columbia, attendant le retour de ses camarades.

Vint alors la délicate affaire du rendez-vous. Les deux engins, lancés sur des trajectoires distinctes, devaient se rejoindre, se rapprocher avec une lenteur extrême, puis s’accrocher l’un à l’autre. C’est Collins, aux commandes de Columbia, qui a conduit l’approche et réussi l’amarrage, dans la soirée d’hier, vers vingt et une heures trente, heure de Greenwich. Les deux véhicules une fois solidement réunis, le passage d’une cabine à l’autre a pu se faire.

Pour la première fois depuis qu’Eagle s’était détaché pour descendre, les trois hommes se sont retrouvés ensemble dans le même habitacle. On imagine l’émotion de ces retrouvailles, après les heures d’attente solitaire de Collins et l’aventure de ses deux compagnons sur un sol où nul humain ne s’était posé. L’étage de remontée d’Eagle, qui avait rempli son office, a ensuite été largué et abandonné à l’orbite lunaire : il ne servait plus à rien de le garder.

Restait l’étape décisive de la nuit : reprendre le chemin de la Terre. Pour cela, il fallait, au moment précis où Columbia passait derrière la Lune et échappait aux liaisons radio, mettre à feu le gros moteur de la cabine afin de l’arracher à l’attraction lunaire. Cette mise à feu, que l’on nomme l’injection vers la Terre, a eu lieu cette nuit, aux environs de cinq heures du matin, heure de Greenwich. Le moteur a brûlé quelque deux minutes et demie, le temps de donner à Columbia l’élan nécessaire.

Lorsque la cabine a reparu de l’autre côté de la Lune et que la voix des équipages a de nouveau rejoint Houston, on a su que la manœuvre avait réussi. Columbia file désormais vers notre planète, qui grossira de jour en jour dans le hublot des trois voyageurs. La vitesse, encore modeste à l’instant de l’allumage, ne cessera de croître à mesure que la Terre attirera l’engin à elle.

Il serait imprudent, pourtant, de tenir la chose pour finie. Le plus dur, côté Lune, est derrière les voyageurs ; mais le voyage, lui, ne l’est pas. Il reste à parcourir le long chemin du retour, puis à affronter ce que les ingénieurs redoutent presque autant que le décollage d’hier : la rentrée dans l’atmosphère. La cabine devra plonger dans l’air de la Terre selon un angle d’une précision extrême, protégée par son bouclier contre la chaleur effroyable du frottement, avant de retomber, freinée par des parachutes, dans les eaux du Pacifique. Cet amerrissage est attendu pour jeudi.

D’ici là, rien n’est acquis. Mais ce matin, après les angoisses d’hier, une certitude au moins est permise : les trois hommes ont quitté la Lune et voguent vers nous. Le reste se jouera dans les jours qui viennent, et nous le suivrons heure par heure.

Le contexte

Le module lunaire Eagle s’était posé sur la mer de la Tranquillité le 20 juillet ; Armstrong et Aldrin y ont marché dans la nuit du 20 au 21 juillet, tandis que Collins demeurait en orbite à bord de Columbia.

Le module lunaire est fait de deux étages : un étage de descente, qui amortit l’atterrissage et reste au sol, et un étage de remontée, qui seul ramène les hommes en orbite.

Le moteur de cet étage de remontée est unique et dépourvu de tout système de secours : son allumage conditionnait tout retour des deux explorateurs.

La cabine Columbia, restée en orbite lunaire, est le seul véhicule capable de ramener l’équipage jusqu’à la Terre ; elle abrite le gros moteur qui doit l’arracher à la Lune puis la freiner au retour.

État des informations

Cet article est écrit le matin du 22 juillet 1969, alors que l’équipage vient de reprendre la route de la Terre. Le retour et la rentrée dans l’atmosphère, prévus pour le 24, n’ont pas encore eu lieu : nous nous en tenons à ce qui est accompli et ne préjugeons en rien de l’issue du voyage.

Ce que l’on sait

  • Le 21 juillet, l’étage de remontée du module lunaire Eagle a décollé de la mer de la Tranquillité, emportant Armstrong et Aldrin.
  • Le rendez-vous et l’amarrage avec la cabine Columbia, pilotée par Collins resté en orbite, ont réussi dans la soirée du 21 juillet, réunissant les trois hommes dans le même habitacle.
  • L’étage de remontée d’Eagle, devenu inutile, a été largué après le transfert de l’équipage.
  • Dans la nuit du 21 au 22 juillet, le moteur de Columbia a effectué l’injection vers la Terre : la cabine a quitté l’orbite lunaire et fait route vers notre planète.

Ce que l’on ignore

  • Le déroulement du long trajet de retour, durant lequel des corrections de trajectoire pourront être nécessaires.
  • La rentrée dans l’atmosphère terrestre, manœuvre tenue pour l’une des plus périlleuses : l’angle de plongée et la tenue du bouclier thermique restent à éprouver.
  • Le bon fonctionnement des parachutes et le point précis de l’amerrissage dans le Pacifique, attendu jeudi.

Sources historiques utilisées

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Apollo 11 — Wikipédia (FR)

Déroulé de la mission : décollage de l’étage de remontée d’Eagle le 21 juillet 1969 à 17 h 54 TU, rendez-vous et amarrage avec Columbia (21 h 35 TU) conduit par Collins, largage de l’étage de remontée, injection trans-terrestre dans la nuit du 21 au 22 juillet, amerrissage prévu le 24 juillet.

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Apollo 11 — Wikipedia (EN)

Horaires en TU du décollage lunaire (17:54), de l’amarrage (21:35) et de l’amerrissage (24 juillet) ; déroulé du rendez-vous orbital et de l’injection vers la Terre.

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Note de reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Cet article imite la une d’un quotidien du matin du 22 juillet 1969, à l’heure où l’équipage vient de reprendre la route de la Terre. Les heures sont données en heure de Greenwich (TU) comme dans les communiqués de l’époque, et aucune information postérieure à cette date — ni le déroulé du retour, ni l’issue de la rentrée et de l’amerrissage du 24 — n’y est introduite.

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21 juillet 1969, 08h008 min