Luna 15 s’est tue
Les radiotélescopes de l’Ouest, et au premier rang celui de Jodrell Bank, ne captent plus rien de la sonde soviétique depuis hier. D’après les éléments de trajectoire relevés ces derniers jours, l’engin se serait abattu sur la Lune, dans la région de la mer des Crises. Moscou n’en dit rien.
Pendant qu’à l’autre bout du ciel lunaire les hommes d’Apollo accomplissaient leur descente et leur retour, un second voyageur, muet et sans équipage, tournait depuis plusieurs jours autour de la Lune. La sonde soviétique Luna 15, lancée le 13 juillet et placée en orbite lunaire le 17, vient de cesser d’émettre : c’est ce que rapportent les observatoires occidentaux qui la suivaient à l’oreille, et notamment la grande antenne de Jodrell Bank, en Angleterre.
Les techniciens britanniques, qui guettaient ses signaux radio, indiquent que ceux-ci se sont interrompus hier, le 21 juillet, après que l’engin eut entamé une manœuvre d’abaissement de son orbite. Le silence est tombé d’un coup, au terme de quelques minutes de descente. À partir des éléments de trajectoire qu’ils ont relevés, ces mêmes observateurs calculent que la sonde se serait abîmée à la surface de la Lune, du côté de la mer des Crises, loin du site où s’étaient posés les Américains.
Voilà ce que l’on peut constater de l’extérieur : des signaux qui s’éteignent, une trajectoire qui plonge. Tout le reste demeure conjecture. Moscou n’a jamais dit publiquement ce que cette sonde était venue chercher autour de la Lune. On a beaucoup supposé, dans les jours qui ont précédé, qu’elle pourrait tenter de se poser pour ramener sur la Terre un peu de sol lunaire, et damer ainsi le pion aux Américains ; mais ce dessein, l’Union soviétique ne l’a pas confirmé, et nul, à l’Ouest, n’est en mesure de l’affirmer.
Tout au plus sait-on que les Soviétiques avaient, cette fois, communiqué le plan de vol de leur engin, afin que sa course ne vînt pas croiser celle d’Apollo : précaution rare, qui dit assez que les deux entreprises se savaient l’une l’autre dans le même ciel. Pour le but réel de Luna 15, en revanche, il faudra s’en tenir, jusqu’à plus ample informé, aux hypothèses.
Ainsi s’achève, dans le silence et sans communiqué, la course parallèle de cette sonde anonyme. Le compagnon discret qui filait aux côtés d’Apollo s’est tu, quelque part sur la mer des Crises, et nous n’en saurons sans doute pas davantage de sitôt.