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Une plaque, des instruments, des pierres rapportées

Une fois le drapeau planté et la conversation avec le président échangée, les deux hommes de l’Eagle ont employé leurs quelques heures sur la Lune à un travail de savants : déposer deux instruments scientifiques, dévoiler une plaque scellée au train d’atterrissage, et remplir leurs caisses de roches et de poussière lunaires. C’est de cette moisson, si elle revient à bon port, que l’on espère apprendre quelque chose de notre voisine.

Notre envoyé aux affaires scientifiques 21 juillet 1969, 11h00 6 min de lecture

Marcher sur la Lune fait rêver le monde entier ; mais les responsables de la NASA, eux, répètent depuis des mois que la sortie d’Armstrong et d’Aldrin n’aurait de prix que par ce qu’elle rapporterait à la connaissance. Sur ce point, malgré une promenade comptée en heures, les deux hommes paraissent n’avoir pas perdu de temps. Outre le drapeau et les honneurs, ils ont accompli trois tâches dont les laboratoires attendent beaucoup : poser des instruments de mesure, sceller un message au sol, et ramasser de la matière lunaire.

Le cœur de cette besogne porte un nom : EASEP, pour « Early Apollo Scientific Experiments Package », un jeu d’expériences volontairement réduit. Faute de temps pour le déploiement de la station scientifique complète prévue pour les vols suivants, on a retenu deux seuls appareils, qu’un homme pouvait installer en quelques minutes, et alimentés par leurs propres panneaux solaires. Aldrin les a portés à quelque distance du module pour les déposer sur le sol, à l’écart des gaz du moteur.

Un sismomètre pour écouter la Lune

Le premier instrument est un sismomètre, que la NASA désigne par le sigle PSEP. Sa mission : guetter les tremblements de la Lune. La Terre, on le sait, est secouée de séismes qui trahissent ce qui se passe sous son écorce ; reste à savoir si l’astre mort en apparence qu’est la Lune connaît, lui aussi, de telles secousses. L’appareil, posé et mis à niveau sur le sol, doit transmettre vers la Terre le moindre frémissement qu’il enregistrera.

Les techniciens disent l’instrument d’une sensibilité extrême — au point, assurent-ils, de percevoir le pas d’un homme à proximité. S’il capte des ébranlements, on tiendra là un moyen de sonder ce que cache la surface lunaire, sa croûte, ce qui peut-être bouge en dessous. La Lune tremble-t-elle ? Est-elle un monde inerte ou parcouru d’une vie souterraine ? Nul ne le sait encore : c’est précisément la question que cette boîte solitaire est chargée de poser.

Un miroir pour mesurer la distance à la Lune

Le second appareil est plus étrange encore : un réflecteur, sorte de panneau hérissé d’une centaine de petits prismes de silice taillés de telle façon qu’ils renvoient tout rayon lumineux exactement dans la direction d’où il vient. On l’appelle le réflecteur laser, ou LRRR. Aucun fil, aucune pile : il se contente d’attendre, tourné vers la Terre.

Son usage tient à une idée d’une belle simplicité. Depuis un observatoire terrestre, on lancera vers ce miroir un trait de cette lumière concentrée qu’on nomme laser ; le faisceau frappera les prismes et reviendra. En mesurant le temps de l’aller-retour, les astronomes calculeront la distance de la Terre à la Lune avec une précision que les méthodes anciennes ne permettaient pas d’approcher. On parle de pouvoir suivre, au fil des ans, les variations infimes de cette distance et les irrégularités du mouvement de notre planète. L’instrument, dit-on, pourrait servir longtemps après que les hommes auront quitté ce sol.

Une plaque scellée au train d’atterrissage

Avant de remonter, les astronautes ont dévoilé une plaque d’acier fixée à l’un des pieds du module lunaire, celui qui porte l’échelle, et destinée à demeurer sur place lorsque l’étage de descente y restera. Elle porte, gravée, l’image des deux hémisphères de la Terre et ces mots, qu’Armstrong a lus à haute voix : « Here men from the planet Earth first set foot upon the Moon July 1969, A.D. We came in peace for all mankind » — « Ici, des hommes venus de la planète Terre ont posé pour la première fois le pied sur la Lune, en juillet 1969. Nous sommes venus en paix au nom de toute l’humanité. »

Au-dessous figurent les signatures des trois membres de l’équipage et celle du président des États-Unis. Le message se veut adressé moins aux contemporains qu’à un avenir indéfini : il restera là, sans air ni pluie pour l’effacer, bien après que la mémoire des hommes d’aujourd’hui se sera estompée.

Vingt et un kilos de Lune

Reste la récolte la plus convoitée des savants : la matière lunaire elle-même. Dès ses premières minutes au sol, Armstrong avait prélevé une poignée de poussière et glissé l’échantillon dans une poche, par précaution, au cas où il eût fallu repartir en hâte. Par la suite, les deux hommes ont rempli leurs caisses scellées de roches ramassées et de sol pelleté à la surface : on parle d’environ vingt et un kilogrammes et demi de pierres et de poussière.

Ces caisses ont été hissées dans la cabine de l’Eagle et doivent maintenant accomplir le long retour, du sol lunaire jusqu’aux laboratoires terrestres, en passant par le vaisseau resté en orbite et par l’océan où l’on récupérera l’équipage. Rien n’est rapporté tant que tout n’est pas revenu ; et c’est seulement entre les mains des géologues, sous les microscopes et dans les fours d’analyse, que ces fragments livreront, ou non, leurs secrets.

Que dira cette poussière ? De quoi la Lune est-elle faite, de quel âge sont ses roches, ressemblent-elles à celles de la Terre ou en diffèrent-elles ? Comment ce monde s’est-il formé ? Autant de questions ouvertes, auxquelles nul ne saurait répondre aujourd’hui. Les premiers hommes à fouler la Lune n’y auront passé que quelques heures ; mais ils en rapportent, si la chance les escorte au retour, de quoi occuper les savants pour bien des années.

Le contexte

L’EASEP est une version allégée de la station scientifique de surface prévue pour les missions suivantes, réduite à deux instruments installables en quelques minutes en raison de la brièveté de la sortie.

Les deux instruments — sismomètre (PSEP) et réflecteur laser (LRRR) — sont déposés à quelque distance du module lunaire et alimentés, pour le premier, par des panneaux solaires.

Le réflecteur laser ne comporte aucune source d’énergie : c’est un assemblage d’une centaine de prismes de silice qui renvoient la lumière vers son point de départ.

La plaque commémorative est scellée au pied porte-échelle de l’étage de descente, qui demeurera sur la Lune.

État des informations

Cet article est écrit le 21 juillet 1969, au lendemain de la sortie, à partir des annonces de la NASA et des comptes rendus de la mission encore en cours. Les instruments viennent d’être posés et n’ont rien révélé ; les roches n’ont pas encore regagné la Terre. Nous présentons donc des questions ouvertes, dont les réponses ne sont pas connues à cette heure.

Ce que l’on sait

  • Les astronautes ont déposé un jeu d’expériences réduit, l’EASEP, comprenant un sismomètre passif (PSEP) et un réflecteur laser (LRRR).
  • Le sismomètre est destiné à enregistrer d’éventuels tremblements de la Lune et à en transmettre les relevés vers la Terre.
  • Le réflecteur laser doit permettre, depuis des observatoires terrestres, de mesurer très précisément la distance de la Terre à la Lune par le temps d’aller-retour d’un faisceau.
  • Une plaque d’acier portant l’inscription « Here men from the planet Earth first set foot upon the Moon July 1969, A.D. We came in peace for all mankind », les signatures de l’équipage et celle du président, a été dévoilée sur le pied du module.
  • Environ vingt et un kilogrammes et demi de roches et de sol lunaires ont été collectés et embarqués dans la cabine.

Ce que l’on ignore

  • On ignore si la Lune connaît une activité sismique : c’est la question même que le sismomètre est chargé d’éclairer.
  • La composition, l’âge et l’origine des roches lunaires demeurent inconnus ; on ne saura rien tant que les échantillons n’auront pas été analysés en laboratoire.
  • La précision réelle qu’atteindra la mesure de la distance Terre-Lune par le réflecteur reste à établir par l’usage.
  • Le retour des échantillons et de l’équipage jusqu’à la Terre n’est pas accompli : aucune analyse n’est possible avant ce retour.

Sources historiques utilisées

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Early Apollo Scientific Experiments Package — Wikipedia (EN)

Composition de l’EASEP (version réduite de la station ALSEP, deux instruments installables en une dizaine de minutes), sismomètre passif (PSEP) destiné à détecter d’éventuels séismes lunaires, réflecteur laser (LRRR) pour mesurer la distance Terre-Lune par renvoi d’un faisceau, alimentation par panneaux solaires du sismomètre.

secondary

Apollo 11 — Wikipedia (EN)

Déroulé de la sortie (durée d’environ deux heures et demie), déploiement de l’EASEP, échantillon de contingence prélevé par Armstrong, collecte d’environ 21,5 kg de roches et de sol lunaires.

primary

Apollo 11 Plaque — NASA Science

Texte exact de la plaque commémorative scellée au pied porte-échelle de l’étage de descente, présence des signatures de l’équipage et du président des États-Unis, illustration des deux hémisphères terrestres.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Cet article imite la rubrique scientifique d’un quotidien au 21 juillet 1969, au lendemain de la sortie lunaire. Il s’en tient aux faits annoncés à cette date — instruments déposés, plaque dévoilée, échantillons collectés mais non encore rapportés — et présente comme ouvertes les questions auxquelles ces expériences doivent répondre, sans en livrer de résultats, inconnus à cette heure.

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24 juillet 1969, 21h306 min