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L’Aigle s’est posé sur la Mer de la Tranquillité

À 20 h 17 temps universel, au terme d’une descente que l’on a suivie minute par minute, le souffle court, le module lunaire Eagle a touché le sol de la Lune dans la Mer de la Tranquillité. Neil Armstrong et Edwin Aldrin sont à son bord, posés, vivants. « Ici la base de la Tranquillité. L’Aigle s’est posé. » Deux hommes reposent en cet instant sur un monde où nul n’a jamais marché.

L’envoyé spécial à Houston 20 juillet 1969, 22h00 8 min de lecture
Salle de contrôle de Houston pendant l'alunissage d'Apollo 11 : les communicateurs de vol Charles Duke, James Lovell et Fred Haise à la console Capcom, le 20 juillet 1969.
Au Centre de contrôle de Houston, les capcoms Charlie Duke, Jim Lovell et Fred Haise suivent la descente du module Eagle, 20 juillet 1969. Photo NASA (réf. S69-39601) — domaine public (Wikimedia Commons).

Il est près de minuit ici, en Europe, et l’on n’a guère envie de dormir. Voici quelques heures, à dix-sept heures quarante-quatre minutes au temps universel, le module lunaire baptisé Eagle s’est détaché du vaisseau-mère Columbia, là-haut, en orbite autour de la Lune. À son bord, deux hommes : Neil Armstrong, qui commande l’expédition, et Edwin Aldrin, que ses camarades nomment Buzz. Le troisième, Michael Collins, est demeuré seul aux commandes de Columbia, tournant inlassablement autour de l’astre, à attendre le retour des siens.

Pendant une heure, l’étrange engin à quatre pattes — une machine qui ne volera jamais dans une atmosphère, car il n’en existe pas là où il va — a glissé vers la surface. Puis vint la descente motorisée, le moteur tourné vers le sol pour freiner la chute, et avec elle les minutes les plus longues que l’on ait vécues depuis le lancement.

Car tout, dans cette dernière manœuvre, ne s’est pas déroulé comme sur le papier. À mesure qu’Eagle approchait, le calculateur de bord s’est mis à sonner l’alarme — des codes énigmatiques, 1202 puis 1201, jetés dans la radio au milieu des chiffres de descente. À Houston, on a retenu son souffle ; on a délibéré en quelques secondes ; on a dit de continuer. Nous reviendrons en détail sur cette frayeur d’ordinateur, qui a bien failli faire rebrousser chemin à l’expédition.

Plus bas encore, ce fut l’homme qui reprit la main sur la machine. Là où le pilote automatique conduisait Eagle, Armstrong a vu, dit-on, un terrain mauvais : un sol semé de blocs de rocher, autour de ce qui paraissait un cratère, où poser l’engin eût été le briser. Il a saisi les commandes, survolé la zone, cherché du regard une aire plus nette, et reporté plus loin le point d’arrivée. On l’imagine, penché à son hublot, jaugeant à l’œil un sol que nul n’a jamais foulé.

Et pendant ce temps, le carburant baissait. La voix d’Aldrin égrenait les chiffres ; celle de Houston annonçait les secondes de vol qui restaient avant qu’il faille renoncer et remonter. On a parlé d’une marge tenue — de l’ordre, dit-on, de quelques dizaines de secondes seulement, peut-être entre vingt-cinq et cinquante, sans que l’on puisse à cette heure trancher le compte exact. Autant dire que l’Aigle s’est posé le réservoir presque vide, dans la dernière fenêtre que lui laissaient ses ailes.

Puis, à vingt heures dix-sept minutes et quarante secondes au temps universel — un peu après quinze heures à l’horloge de Houston —, le silence des moteurs, et cette phrase qui restera : « Houston, ici la base de la Tranquillité. L’Aigle s’est posé. » À l’autre bout, on entendit l’opérateur répondre, la voix nouée, que des hommes en bas avaient bien cru manquer d’air à force d’avoir cessé de respirer. Tout, ici, fut de même.

Le lieu où ils reposent porte un nom de paix : la Mer de la Tranquillité, l’une de ces vastes plaines sombres que l’on aperçoit à l’œil nu sur la face de la Lune. On en donne les coordonnées avec une précision qui force le respect — par zéro degré et quarante minutes de latitude nord, vingt-trois degrés et vingt-huit minutes de longitude est. Une plaine que l’on avait jugée plate et sûre depuis la Terre, et qui s’est révélée, de près, plus rude qu’on ne l’espérait.

Que se passe-t-il, à cette minute, sous le ciel noir de la Lune ? Les deux hommes sont à l’intérieur d’Eagle, harnachés, environnés d’instruments. Ils n’ont pas encore ouvert l’écoutille ; aucun n’a posé le pied sur le sol. La grande sortie, celle que le monde entier attend, n’a pas eu lieu. On la dit prévue dans les heures qui viennent, après que les deux pilotes auront vérifié leur machine et repris quelque force. Nul, à cet instant, n’a encore marché sur la Lune.

Et nul ne sait non plus comment cette poussière grise, sur laquelle Eagle est posé, supportera le poids d’un homme. Tiendra-t-elle, ou se dérobera-t-elle ? La question, qui ferait sourire pour un terrain de chez nous, demeure ici entière : ce sol, personne ne l’a jamais éprouvé. C’est l’un des inconnus qu’il faudra lever, le moment venu, quand un soulier d’homme s’y posera pour la première fois.

Il faut enfin le dire avec netteté, car l’émotion presse de tout tenir pour gagné : l’Aigle est posé, mais l’expédition n’est pas finie, ni le retour assuré. Pour quitter la Lune, il faudra que l’unique moteur de la partie haute d’Eagle, celle qui doit rendre les deux hommes à Columbia, s’allume et tienne sa promesse — plus tard, sur ce sol étranger, sans recours en cas de défaillance. Nous tenons une chose, énorme et suffisante : pour la première fois, une machine portant des hommes s’est posée, intacte, sur un autre monde que la Terre.

Le contexte

La mission Apollo 11 a été lancée depuis le centre Kennedy, en Floride, le 16 juillet 1969, au sommet d’une fusée Saturn V, avec à son bord trois astronautes : Neil Armstrong, Edwin « Buzz » Aldrin et Michael Collins.

Le vaisseau se compose de deux engins distincts : le module de commande et de service Columbia, qui reste en orbite lunaire, et le module lunaire Eagle, seul conçu pour descendre puis remonter de la surface.

Cet effort américain s’inscrit dans la course à la Lune engagée avec l’Union soviétique, après l’objectif fixé en 1961 par le président Kennedy d’y poser un homme avant la fin de la décennie.

C’est la première fois qu’un engin habité tente de se poser sur la Lune ; les précédentes missions Apollo l’avaient survolée ou approchée sans s’y poser.

État des informations

Cette édition spéciale est écrite dans la nuit même du posé, le 20 juillet 1969, sur les seules informations transmises en direct. Nous nous en tenons à ce qui est acquis à cette heure — l’alunissage —, donnons les marges en fourchettes, et ne préjugeons ni de la sortie à venir ni du retour des astronautes, qui restent devant nous.

Ce que l’on sait

  • Le module lunaire Eagle s’est séparé du module de commande Columbia le 20 juillet 1969 à 17 h 44 (temps universel), avec à son bord Armstrong et Aldrin, Collins demeurant aux commandes de Columbia en orbite.
  • Après une descente motorisée marquée par des alarmes du calculateur de bord et une reprise du pilotage manuel par Armstrong, Eagle s’est posé dans la Mer de la Tranquillité à 20 h 17 (temps universel).
  • Le message « Houston, ici la base de la Tranquillité, l’Aigle s’est posé » a confirmé le contact avec le sol.
  • Les coordonnées du site sont d’environ 0°40′ de latitude nord et 23°28′ de longitude est.

Ce que l’on ignore

  • La marge exacte de carburant restant au moment du posé n’est pas arrêtée : on l’annonce de l’ordre de quelques dizaines de secondes de vol seulement, sans chiffre définitif à cette heure.
  • On ignore si la surface lunaire, encore foulée par personne, supportera le poids d’un homme lors de la sortie à venir.
  • La sortie extravéhiculaire n’a pas encore eu lieu : aucun homme n’a, à cette heure, posé le pied sur la Lune.
  • Le succès de la remontée et du retour reste à venir : il dépendra du bon fonctionnement, plus tard, de l’unique moteur d’ascension d’Eagle.

Sources historiques utilisées

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Apollo 11 — Wikipédia (FR)

Déroulé de la mission, date du posé (20 juillet 1969), site dans la Mer de la Tranquillité et coordonnées (≈ 0°40′ N, 23°28′ E), rôles d’Armstrong, Aldrin et Collins, et fait que la sortie extravéhiculaire suit le posé de plusieurs heures.

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Apollo 11 — Wikipedia (EN)

Heures précises : séparation d’Eagle à 17 h 44 TU, posé à 20 h 17 TU (≈ 15 h à Houston) ; alarmes 1201/1202 du calculateur ; reprise manuelle par Armstrong pour éviter un champ de blocs et un cratère ; carburant restant et marge annoncée de l’ordre de 25 à 50 secondes ; phrase « Houston, Tranquility Base here. The Eagle has landed » ; sortie extravéhiculaire entamée seulement plusieurs heures après le posé.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Cette une imite l’édition spéciale d’un média couvrant l’alunissage en direct, dans la nuit du 20 juillet 1969. Les heures sont données au temps universel, les marges de carburant en fourchette, et aucune information postérieure au posé — ni la sortie sur la Lune, ni le retour des astronautes — n’y est introduite.

Articles liés

Contexte

1202, 1201 : les alarmes qui ont failli tout arrêter

Pendant les dernières minutes de la descente d’Eagle vers la Mer de la Tranquillité, l’ordinateur de guidage a sonné l’alarme à deux reprises — un « 1202 », puis un « 1201 ». À Houston, une poignée de contrôleurs très jeunes ont eu quelques secondes pour décider si l’on continuait ou si l’on abandonnait. Pendant ce temps, à bord, l’aiguille du carburant descendait. Récit, au plus près de ce que l’on a entendu en direct, d’un alunissage qui s’est joué sur des nerfs et des chiffres.

20 juillet 1969, 23h008 min
À la une

Un homme a posé le pied sur la Lune

Cette nuit, à 2 h 56 min temps universel, Neil Armstrong est descendu de l’échelle du module Eagle et a posé sa botte sur le sol de la Mer de la Tranquillité. Pour la première fois dans l’histoire, un être humain a marché sur un autre corps que la Terre. « C’est un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité », a-t-il dit. Des centaines de millions de personnes l’ont suivi en direct, le souffle court, devant des écrans de télévision aux images fantomatiques.

21 juillet 1969, 08h008 min