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Devant Antioche, l’étau se resserre

Une flotte a touché Saint-Siméon avec du matériel de siège ; l’ost dresse des forts de bois devant les portes pour couper la ville. Sous la tente, on débat d’une offre apportée par des envoyés du Caire.

Foulque le clerc, à la suite de l’ost, devant Antioche 12 avril 1098 6 min de lecture
Enluminure médiévale montrant un trébuchet de bois servi par des soldats en cotte de mailles, lançant l’assaut contre une ville aux murs crénelés, au milieu d’une mêlée de cavaliers.
Artiste anonyme, scène de siège médiéval (trébuchet devant une ville fortifiée), Bible de Maciejowski (dite Bible des croisés / Morgan Picture Bible), v. 1244-1254, France, The Morgan Library & Museum, New York, ms. M.638, f. 43v — domaine public (Wikimedia Commons).

Voici bientôt six mois que l’ost du Christ campe devant Antioche, la grande cité aux trois enceintes adossée à la montagne, que tient pour les Turcs le gouverneur Yaghi Siyan. On n’a pu la prendre d’assaut : ses murs sont trop hauts, ses tours trop nombreuses, et l’hiver a été dur, entre la faim et les chevaux qui manquent. Mais depuis la victoire remportée aux bords du lac contre les gens d’Alep, au cœur de février, l’humeur du camp a changé. On ne cherche plus à emporter la place d’un coup : on entreprend de l’étrangler.

Le dessein des barons est clair. Puisque la ville est trop vaste pour être investie tout entière, il faut au moins fermer les portes par où entrent encore le blé et les hommes, et rendre les sorties de la garnison plus coûteuses. À cette besogne patiente s’ajoute une aide venue de la mer, et une nouvelle qui court les tentes : des envoyés du sultan d’Égypte, ennemis des Turcs, seraient au camp pour parler d’un partage du pays.

De la citadelle qui couronne la montagne, les Infidèles voient tout cela se mettre en place. Nul ici ne se figure que la délivrance soit pour demain. Mais on tient que le siège, jusqu’ici flottant, prend enfin la forme d’un ouvrage méthodique.

Une flotte à Saint-Siméon

Au début de mars, des vaisseaux ont abordé au port de Saint-Siméon, à l’embouchure de l’Oronte, à quelques lieues du camp. Ils portaient ce dont l’ost manquait le plus pour un siège en règle : bois, fers, cordages et outils, de quoi bâtir enfin des machines. On ne s’accorde pas, dans les tentes, sur l’origine de cette flotte. Certains la disent partie de chez les Grecs, d’autres l’attribuent à un prince chrétien exilé venu de l’Occident lointain ; nul ne peut le certifier, et l’on se garde de trancher.

Le transport du matériel, du rivage jusqu’au camp, n’a pas été sans danger. La garnison, avertie, a tenté une sortie pour couper la colonne ; on a perdu dans l’échauffourée une part des charrois et plusieurs dizaines d’hommes avant que les nôtres ne repoussent l’attaque. L’essentiel de la charge est toutefois parvenu à bon port. C’est cette cargaison qui rend aujourd’hui possibles les ouvrages que l’on élève devant les portes.

Ceinturer les portes

Devant le Pont, à l’ouest de la ville, on achève un fort que l’on nomme déjà la Mahomerie, du nom d’un lieu de prière des Infidèles qui s’élevait là. Le comte Raymond de Saint-Gilles en a pris la charge. Sa fonction est de barrer la porte du Pont, par laquelle Yaghi Siyan lançait ses gens contre nos convois et nos fourrageurs : la tenir, c’est protéger la route de nos vivres.

Plus à l’ouest encore, vers la porte que l’on appelle de Saint-Georges, restée ouverte au ravitaillement de la place, on fortifie un monastère abandonné. La garde en est confiée à Tancrède, neveu de Bohémond ; il aurait fallu, dit-on, quelque quatre cents marcs d’argent pour l’en convaincre et payer l’ouvrage. De ce poste, il doit fermer la dernière porte commode par où entrait le grain.

Ces deux forts s’ajoutent à celui que les gens de Bohémond avaient dressé dès l’automne au nord-est, du côté de la porte Saint-Paul, contre les traits des assiégés. De proche en proche, l’ost boucle ainsi les issues. On ne prétend pas encore murer la cité : la montagne et l’étendue des remparts l’interdisent. Mais chaque porte close resserre d’un cran la faim dans les murs.

Sous la tente, les envoyés du Caire

À cette guerre de terrassiers s’est jointe, ce printemps, une affaire de chancellerie. Des ambassadeurs dépêchés par le maître de l’Égypte — le vizir qui gouverne au nom du calife du Caire — sont venus au camp. Les Égyptiens sont d’une autre obédience que les Turcs et les combattent ; ils voient d’un bon œil que l’on abaisse la puissance des Seldjoukides en Syrie.

On rapporte qu’ils viendraient offrir un accord : que les Francs gardent pour eux ce qu’ils prendront en Syrie, à la condition de ne pas porter la guerre plus au sud, vers les terres que Le Caire tient ou convoite. De ces termes exacts, et surtout de la bonne foi qui les inspire, on débat vivement sous les tentes. Beaucoup se défient d’une main tendue par des Infidèles au moment même où l’ost peine ; d’autres y voient le moyen de n’avoir qu’un ennemi à la fois.

Une chose n’est pas matière à marchandage pour les pèlerins : le Saint-Sépulcre. Nul baron n’acceptera un partage qui laisserait Jérusalem hors de la main des chrétiens ; c’est pour elle que l’on a pris la croix. Les envoyés sont traités avec honneur, les présents vont et viennent, mais sur ce point l’ost ne cédera pas. Où mèneront ces pourparlers, on l’ignore encore.

Le contexte

L’ost de la croix est arrivé devant Antioche autour du 20 octobre 1097, après avoir franchi le Pont de Fer sur l’Oronte ; l’assaut direct ayant été jugé impossible, on a mis le siège.

Antioche fut jadis une grande cité chrétienne, siège apostolique de saint Pierre ; les Seldjoukides l’ont enlevée aux Grecs voici une quinzaine d’années.

Deux armées turques venues au secours de la place — celle de Damas à la fin de décembre, celle d’Alep le 9 février au bord du lac d’Antioche — ont déjà été repoussées.

Le légat de l’empereur des Grecs, Tatikios, a quitté le camp en février et n’est pas revenu ; on ignore ce qui l’a décidé à partir.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au camp le 12 avril 1098 : l’état du siège, l’aide venue de la mer, les forts en construction et l’ambassade égyptienne en cours de discussion. Elle ne préjuge en rien de l’issue des pourparlers ni de la suite du siège.

Ce que l’on sait

  • Le siège d’Antioche dure depuis l’automne 1097 ; la ville n’a pu être prise d’assaut et n’est pas complètement investie.
  • Une flotte a touché le port de Saint-Siméon au début de mars 1098, apportant du bois et du matériel pour construire des machines de siège.
  • Deux forts de blocage s’élèvent au printemps 1098 : la Mahomerie devant la porte du Pont (sous Raymond de Saint-Gilles) et un fort dans un monastère abandonné près de la porte Saint-Georges (confié à Tancrède) ; un premier fort avait été dressé dès l’automne près de la porte Saint-Paul.
  • La seconde armée de secours turque, celle de Ridwan d’Alep, a été battue le 9 février 1098 près du lac d’Antioche, la cavalerie croisée profitant d’un terrain resserré entre fleuve et lac.
  • Une ambassade envoyée par le pouvoir fatimide d’Égypte est présente au camp ce printemps 1098.

Ce que l’on ignore

  • L’origine et le commandement exacts de la flotte de Saint-Siméon ne sont pas établis ; l’attribution à un prince exilé d’Occident reste douteuse.
  • Le motif du départ du légat byzantin Tatikios, et la part réelle de Byzance dans l’aide reçue, demeurent obscurs.
  • Les effectifs de l’ost, de la garnison turque et des armées adverses ne sont connus qu’en ordre de grandeur ; les nombres avancés sont gonflés par la peur ou la vantardise.
  • Nul ne sait quand ni comment Antioche cédera, ni ce que fera la citadelle qui couronne la montagne.

Sources historiques utilisées

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Siège d’Antioche

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Déroulé du siège : arrivée de la flotte à Saint-Siméon (mars 1098), forts de blocage, bataille du lac (9 février), ambassade fatimide d’avril ; article consulté pour les dates et les incertitudes.

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Siege of Antioch

Wikipedia (contributors) · 2024

Recoupement sur les forts (Malregard/porte Saint-Paul, la Mahomerie/porte du Pont sous Raymond, monastère près de la porte Saint-Georges sous Tancrède), la flotte du 4 mars, et les termes de l’ambassade fatimide (garder la Syrie contre paix en Palestine).

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Edgar Ætheling

Wikipedia (contributors) · 2024

Sur l’attribution douteuse de la flotte de Saint-Siméon à l’Anglo-Saxon exilé Edgar Ætheling : identification questionnée par les historiens, retenue ici comme simple rumeur.

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Note de reconstitution éditoriale

La rédaction d’Aujourd’hier · 2026

Les formulations à chaud imitent la voix latine d’un clerc suivant l’ost au printemps 1098. Le point de vue occidental (« les Infidèles », vénération du Saint-Sépulcre) est un dispositif d’immersion ; les faits sont établis à partir des sources ci-dessus et l’incertitude est portée par le relevé des faits.

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