Antioche, la ville où l'on nomma les chrétiens
L'ost campe désormais sous les murs d'une des plus anciennes cités de la chrétienté. Avant d'être aux mains des Turcs, Antioche fut le siège de saint Pierre et l'un des grands trônes de l'Église.
Nos pèlerins-soldats ont dressé leurs tentes devant une place qui n'est pas une ville ordinaire. Antioche, adossée aux pentes du mont Silpius et ceinte d'une muraille immense, tenue aujourd'hui par les Turcs, fut jadis une des cités les plus vénérables de toute la chrétienté. C'est ici, dans ces rues qui nous sont fermées, que le nom même de chrétien fut prononcé pour la première fois.
Beaucoup, dans le camp, ne connaissent d'Antioche que ses tours innombrables et la faim qui menace un long siège. Il n'est pas inutile de rappeler ce que fut cette ville, et par quelles mains elle a passé pour tomber à celles des Infidèles. Car la délivrer, c'est rendre à l'Église un de ses plus anciens foyers.
La ville où l'on nomma les chrétiens
Antioche fut fondée voici près de quatorze siècles, aux temps des rois grecs qui succédèrent à Alexandre : le roi Séleucus la bâtit sur les bords de l'Oronte et lui donna le nom de son père, Antiochos. Elle devint l'une des grandes cités de l'Orient, riche et peuplée.
Mais sa gloire véritable, elle la doit à l'Évangile. Les Actes des Apôtres l'attestent : c'est à Antioche que les disciples du Christ reçurent pour la première fois le nom de « chrétiens ». La communauté y fut nombreuse dès les premiers temps, et l'apôtre Paul en partit pour ses voyages.
Le siège de saint Pierre
La tradition tient que le bienheureux Pierre, prince des apôtres, présida l'Église d'Antioche avant de gagner Rome. À ce titre, la cité compte parmi les sièges apostoliques, et son évêque porte le rang de patriarche.
Dans l'ordre des grandes Églises, Antioche prend place aux côtés de Rome, de Constantinople, d'Alexandrie et de Jérusalem. Rendre une telle ville au culte de nos autels n'est donc pas une conquête de plus : c'est reprendre un des trônes de la foi.
Prise par les Infidèles, rendue par les Grecs
Cette cité chrétienne ne l'est pourtant plus en maîtresse depuis longtemps. Voici plus de quatre cent cinquante ans, aux premières conquêtes de l'Islam, Antioche passa aux mains des musulmans et le resta durant des siècles.
Les empereurs de Constantinople ne l'oublièrent pas. Au temps de l'empereur Nicéphore Phocas, leurs armées la reprirent — il y a de cela quelque cent trente ans — et la rattachèrent de nouveau à l'Empire des Grecs. Antioche redevint alors une place chrétienne, gardée pour Byzance.
Enlevée par les Turcs voici à peine treize ans
Ce répit fut plus bref qu'on ne le croit. Voici à peine treize ans, les Turcs seldjoukides — ces mêmes qui, après avoir défait l'empereur grec en Arménie, se sont répandus sur toute l'Asie et ont poussé l'empereur Alexis à réclamer notre secours — enlevèrent Antioche à son gouverneur. On rapporte qu'ils prirent d'abord la ville, puis sa citadelle qui résista quelques mois encore.
Depuis, un maître turc y commande, et l'on dit qu'une des grandes églises de la cité a été changée en mosquée. C'est cette place, chrétienne d'origine et infidèle de fraîche date, que l'ost tient aujourd'hui sous ses lances. Que Dieu, s'il lui plaît, rende à son Église la ville de Pierre, comme il lui plaira d'ouvrir plus loin la route de Jérusalem, sa cité sainte que les Infidèles tiennent de longue date, depuis les premières conquêtes de l'Islam.