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Sous Saint-Pierre, une pointe de fer tenue pour la Sainte Lance

Assiégés dans Antioche qu'ils viennent de prendre, affamés par l'ost de Kerbogha, les nôtres ont exhumé sous la cathédrale une lance de fer que l'on dit avoir percé le flanc du Sauveur. Le camp du comte de Toulouse y voit un signe du Ciel ; d'autres se taisent.

Aimeri de Vézelay, clerc à la suite de l'ost, dans Antioche investie 18 juin 1098 6 min de lecture
Miniature médiévale : un évêque élève la Sainte Lance devant une foule agenouillée dans une cathédrale, des outils de fouille posés au sol.
Jean Colombe, miniature des « Passages d’outremer » de Sébastien Mamerot (BnF, ms. Français 5594, f. 67v), v. 1474 — domaine public, Bibliothèque nationale de France (Wikimedia Commons).

Maîtres d'Antioche depuis la nuit du 2 au 3 de ce mois, les pèlerins de la Croix s'y trouvent aujourd'hui enfermés à leur tour. À peine la ville prise, l'ost immense de Kerbogha, l'atabeg de Mossoul, s'est rangé sous les murs et devant les portes ; la citadelle du sommet, que tient encore le fils de Yaghi-Siyan, n'est pas tombée. Ce que nous avons fait subir aux gens de la place, l'ennemi nous le rend : les vivres manquent, le pain est hors de prix, et l'on dit que des hommes de peu quittent les rangs à la faveur de la nuit.

C'est dans ce dénuement qu'une nouvelle a couru le camp et l'a soulevé : la Sainte Lance, celle-là même dont le fer perça le côté de Notre-Seigneur en croix, dormirait sous nos pieds, dans la vieille église Saint-Pierre. Un pauvre pèlerin l'aurait appris du ciel ; on a creusé ; on a trouvé.

Un pèlerin, des voix, un lieu désigné

L'homme se nomme Pierre Barthélemy, gens de peu venu de Provence, à la suite du comte Raymond de Saint-Gilles. Depuis plusieurs jours, il assure que l'apôtre saint André lui est apparu et lui a montré, à l'intérieur d'Antioche, l'endroit où repose la lance qui ouvrit le flanc du Christ. L'apôtre, dit-il, lui a commandé d'en avertir les chefs et de remettre la relique au comte de Toulouse et à nul autre. Longtemps il a tu ces visions, se disant indigne ; la faim et la peur des jours présents lui auraient délié la langue.

Il n'est pas seul à rapporter de tels songes. Un clerc, Étienne de Valence, dit avoir vu en songe le Sauveur et sa Mère, et en avoir reçu des promesses de secours. Le quatorzième jour de ce mois, on a vu tomber du ciel, sur le camp des Infidèles, une lueur de feu que beaucoup, parmi nous, tiennent pour un présage favorable. Dans une ville affamée et cernée, ces récits passent de bouche en bouche et l'on s'y accroche.

On creuse sous la cathédrale Saint-Pierre

Sur la foi de ces révélations, on s'est mis à l'ouvrage dans l'église Saint-Pierre, ce sanctuaire que les Grecs tenaient avant que les Turcs ne prissent la ville. Plusieurs hommes ont creusé le sol du chœur une grande partie du jour, sous les yeux du comte de Toulouse et de ses clercs, sans rien trouver d'abord. Le soir venu, Pierre Barthélemy est descendu lui-même dans la fosse et en a retiré une pointe de fer, que l'on a aussitôt levée devant l'assistance.

Ceux qui étaient là disent la joie qui les a saisis, les larmes, les baisers donnés au fer. La pointe a été portée à Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, ainsi que la voix céleste l'avait, dit-on, commandé. Le récit de la découverte nous vient surtout des clercs de sa maison, qui étaient présents et n'en démordent pas.

Un signe pour le camp, des réserves chez d'autres

Dans les rangs provençaux, l'effet a été immense. Beaucoup y lisent la preuve que Dieu n'a pas abandonné son armée dans l'épreuve, et l'on parle déjà de la relique comme d'une enseigne à porter en tête si l'on doit sortir contre Kerbogha. La délivrance de Jérusalem, but de tout ce pèlerinage, semble un instant moins lointaine à ceux qui souffrent devant ces murs.

Tous pourtant ne partagent pas cette assurance. On rapporte que l'évêque du Puy, Adhémar de Monteil, légat du pape et guide spirituel de l'ost, garde ses distances : il aurait dit avoir vu à Constantinople une lance vénérée comme celle de la Passion, et ne se hâte pas de reconnaître celle-ci. D'autres, à voix basse, se demandent d'où sort ce fer et s'il ne dormait pas là depuis longtemps. Le journal ne tranche pas : il rapporte ce que le camp croit et ce que d'autres taisent.

Le contexte

Antioche, place chrétienne des premiers temps — siège de l'apôtre Pierre —, était passée aux mains des Turcs seldjoukides une dizaine d'années avant l'arrivée de l'ost.

Après plus de sept mois de siège, la ville a été prise dans la nuit du 2 au 3 juin par une tour livrée à l'ost ; la citadelle, au sommet du mont, résiste encore.

L'armée de secours de Kerbogha, atabeg de Mossoul, est arrivée aussitôt après la prise et tient à présent les croisés enfermés dans la ville, où la famine a repris.

Le comte Raymond de Saint-Gilles, de Toulouse, conduit le fort contingent provençal ; l'évêque du Puy, Adhémar de Monteil, est le légat du pape et l'autorité spirituelle de l'expédition.

État des informations

L'édition s'en tient à ce qui est connaissable le 18 juin 1098 dans Antioche assiégée. Elle rapporte la vénération du camp pour la Lance et les réserves émises au même moment, sans préjuger de la valeur de la relique ni de l'issue du siège.

Ce que l’on sait

  • Antioche a été prise dans la nuit du 2 au 3 juin 1098 ; l'armée de Kerbogha assiège depuis lors les croisés dans la ville et la famine y sévit.
  • Un pèlerin provençal, Pierre Barthélemy, a annoncé des visions de saint André désignant l'emplacement de la Sainte Lance sous la cathédrale Saint-Pierre.
  • À la suite de fouilles dans l'église, une pointe de fer a été exhumée et remise à Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse.

Ce que l’on ignore

  • L'authenticité de la relique est mise en doute sur-le-champ : le légat Adhémar du Puy se montre réservé, disant avoir vu à Constantinople une lance tenue pour celle de la Passion. Rien ne permet, à cette date, de l'établir ni de la récuser.
  • L'origine exacte de la pointe de fer est inconnue. Une hypothèse, non vérifiable à la date, veut qu'il se soit agi d'une relique grecque déjà présente dans l'église byzantine d'Antioche, possiblement enfouie pour la soustraire aux Turcs lors de la prise de la ville par les Seldjoukides.
  • L'issue du contre-siège de Kerbogha et le sort de la citadelle ne sont pas connus.

Sources historiques utilisées

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Siège d'Antioche

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Article de synthèse : contre-siège de Kerbogha, visions de Pierre Barthélemy et d'Étienne de Valence, météore du 14 juin, découverte de la Lance sous Saint-Pierre, remise à Raymond de Toulouse, réserve d'Adhémar du Puy.

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Siege of Antioch

Wikipedia contributors · 2024

Recoupement des dates et de l'enchaînement : prise du 3 juin, arrivée de Kerbogha, contre-siège, épisode de la Sainte Lance.

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Peter Bartholomew

Wikipedia contributors · 2024

Visions de saint André dès l'hiver 1097, ordre de remettre la Lance à Raymond de Saint-Gilles, fouille sous la cathédrale Saint-Pierre le 14-15 juin 1098, scepticisme d'Adhémar de Monteil.

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Holy Lance

Wikipedia contributors · 2024

Découverte de la lance d'Antioche, doutes contemporains dont ceux du légat Adhémar du Puy, et hypothèse d'une relique enfouie avant la prise seldjoukide de 1084.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale

La rédaction d'Aujourd'hier · 1098

Les formulations à chaud imitent la voix d'un clerc latin à la suite de l'ost, sans anticiper l'issue du siège. La vénération de la Lance relève du dispositif d'immersion ; la distinction du fait établi, de la rumeur et de l'inconnu vit dans le relevé des faits.

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