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Devant Antioche, l’ost prend la mesure des murailles

Le Pont de Fer forcé, l’armée du Christ campe enfin sous les remparts d’Antioche. La place est si vaste et si haute qu’on n’ose l’assaillir de front. On s’installe pour l’assiéger.

Garin de Beaulieu, à la suite de l’ost, devant Antioche 25 octobre 1097 5 min de lecture
Enluminure médiévale : l’armée des croisés, bannières et lances levées, marche sous les remparts à tours rondes d’Antioche ; la ville aux hautes tours se déploie derrière la muraille, une montagne se dresse à l’arrière-plan.
Jean Colombe, miniature des « Passages d’outremer » de Sébastien Mamerot (BnF, ms. Français 5594, f. 59v), v. 1474 — domaine public, Bibliothèque nationale de France (Wikimedia Commons).

Nous y voici. Après Nicée rendue au printemps et la déroute des Turcs à Dorylée cet été, l’ost a descendu les longues routes de Syrie et touché, il y a quatre jours, les eaux de l’Oronte. Devant nous se dresse Antioche, la grande ville où saint Pierre siégea jadis, aujourd’hui aux mains des Infidèles. La délivrance de cette cité est sur la route de Jérusalem, et chacun ici la tient pour une étape que Dieu nous commande.

On n’entre pas dans cette plaine sans avoir d’abord forcé le passage. À quelques lieues en amont, l’Oronte est barré par un ouvrage que les gens du pays nomment le Pont de Fer, flanqué de deux tours où logeaient les gardes du sultan et où l’on prélevait péage sur qui voulait passer. Nos gens l’ont emporté, et l’armée a pu franchir le fleuve et se déployer sous les murs. Le comte de Flandre et l’évêque du Puy furent, dit-on, des premiers à passer.

Ce que nous découvrons alors n’a pas de mesure connue chez nous. La muraille court sur les hauteurs comme une chaîne de pierre, hérissée de tours qu’on ne finit pas de compter — plusieurs centaines, assurent ceux qui s’y sont approchés. Elle grimpe jusqu’au sommet d’une montagne, le mont qu’on appelle Silpius, où veille une citadelle plantée si haut au-dessus de la plaine que la vue s’y perd. Six portes, dit-on, ouvrent la ville. On rapporte que ces défenses furent élevées par les empereurs grecs d’autrefois et remises à neuf depuis peu.

Devant pareille place, les avis se sont partagés au conseil des barons. Quelques-uns voulaient l’assaut sans attendre. Les plus nombreux ont jugé la chose impossible : nulle machine, dit-on ici, nul homme n’emporterait ces murs de vive force. On a donc résolu de mettre le siège et d’affamer la ville, plutôt que d’y jeter l’ost à perte.

Chaque prince a pris son quartier autour des remparts du nord. Bohémond de Tarente s’est établi vers la porte que l’on nomme de Saint-Paul ; Raymond de Saint-Gilles et le duc Godefroy ont dressé leurs camps à l’entour, chacun devant une porte. Mais la ville est trop grande pour être close tout entière : plusieurs issues restent hors de notre prise, et par elles la garnison peut encore respirer et se ravitailler. Du côté de la mer, on tient l’œil sur le port de Saint-Siméon, à quelques lieues, par où nous attendons vivres et renforts.

Dans la place commande un chef turc, Yaghi-Siyan, avec une garnison que l’on dit forte de plusieurs milliers d’hommes. Combien exactement, nul ne le sait au juste, et les nombres qu’on se répète au camp enflent à chaque bouche. Nul ne sait davantage combien de temps ces murs tiendront, ni si l’empereur des Grecs, dont le légat chevauche avec nous, nous enverra le secours promis. Pour l’heure, l’ost s’enterre, et l’on prie que l’hiver nous soit clément.

Le contexte

L’armée de la croisade a pris Nicée en juin puis défait les Turcs à Dorylée en juillet, avant de gagner la Syrie.

Antioche fut une grande cité chrétienne, siège apostolique de saint Pierre, passée aux mains des Turcs seldjoukides depuis une dizaine d’années.

La croisade a été appelée pour porter secours aux chrétiens d’Orient et rouvrir la route de Jérusalem ; l’empereur de Constantinople, Alexis, a envoyé un légat auprès des barons.

État des informations

Ce récit s’en tient à ce qui est connaissable au camp le 25 octobre 1097 : l’arrivée, le franchissement du Pont de Fer et l’ouverture du siège. Il ne préjuge en rien de la suite.

Ce que l’on sait

  • L’ost a atteint l’Oronte le 20 octobre, forcé le Pont de Fer et campé sous Antioche les jours suivants.
  • La ville est une place de très grande étendue, ceinte d’une muraille à nombreuses tours, adossée au mont Silpius que couronne une citadelle.
  • Un gouverneur turc, Yaghi-Siyan, tient la place ; les barons ont écarté l’assaut direct et décidé le siège.
  • Les chefs (Bohémond, Raymond de Saint-Gilles, Godefroy de Bouillon) ont établi leurs camps devant les portes du nord ; le port de Saint-Siméon sert d’appui côté mer.

Ce que l’on ignore

  • Combien de temps la ville pourra tenir, et si le siège pourra la clore entièrement alors que des portes échappent au blocus.
  • Si l’empereur Alexis et Byzance enverront le secours attendu.
  • Les effectifs réels de la garnison comme de l’ost : les nombres avancés au camp ne sont pas fiables.
  • Si une armée turque viendra secourir la place, et d’où.

Sources historiques utilisées

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Siège d’Antioche

Wikipédia (contributeurs) · 2024

Arrivée du 20 octobre 1097, franchissement du Pont de Fer, disposition des camps devant les portes du nord, décision de siège plutôt qu’assaut, port de Saint-Siméon.

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Siege of Antioch

Wikipedia (contributors) · 2024

Étendue de la ville et centaines de tours, citadelle du mont Silpius, six portes, garnison de l’ordre de quelques milliers d’hommes sous Yaghi-Siyan, Pont de Fer à une douzaine de milles.

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Le Pont de Fer (Jisr al-Hadid)

Forteresses d’Orient · 2020

Pont fortifié sur l’Oronte flanqué de deux tours, lieu de péage sur la route d’Alep ; muraille d’Antioche d’une dizaine de kilomètres, citadelle dominant la plaine.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale

La rédaction d’Aujourd’hier · 2024

Les formulations « à chaud » et la voix du correspondant imitent un média du moment (automne 1097). Les faits sont établis d’après les sources ci-dessus ; la couleur de voix latine ne modifie aucun fait.

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