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Le plateau de Pratzen : anatomie de la manœuvre impériale

Comment l'abandon volontaire d'une hauteur stratégique a précipité la déroute de l'armée coalisée : retour sur la décision qui a tranché la bataille du 2 décembre.

Notre analyste militaire 17 décembre 1805 4 min de lecture

À la lecture du 30e Bulletin de la Grande Armée, une question s'impose à tout homme de l'art : pourquoi l'Empereur aurait-il consenti, la veille de la bataille, à laisser les hauteurs de Pratzen entre les mains de l'ennemi ? Un plateau qui commande le champ sur plusieurs lieues à la ronde, que tout officier d'état-major jugerait imprenable une fois occupé — et que l'Armée française semble avoir quitté délibérément. Le Bulletin affirme que ce mouvement n'était point une faiblesse, mais le ressort même du piège.

Le raisonnement, tel qu'on peut le reconstituer d'après les témoignages qui nous parviennent, est d'une logique cruelle. En retirant Soult du plateau dans la nuit du 1er au 2 décembre, le commandement français offrait aux généraux coalisés une invitation difficile à décliner. Le plan autrichien — attribué au général Weyrother et adopté, dit-on, contre l'avis du feld-maréchal Koutouzov — prévoyait d'écraser l'aile droite française commandée par le maréchal Davout. Pour y parvenir, il fallait déplacer la masse des forces alliées vers le sud. Le plateau, visible et désert, semblait confirmer que l'Français avait affaibli son centre pour défendre sa droite. Les coalisés ont mordu à l'hameçon.

Le brouillard, complice de la surprise

La chance du ciel a secondé le calcul des hommes. Au petit matin du 2 décembre, une brume épaisse couvrait les étangs et les bas-fonds, dérobant aux regards ennemis les mouvements du IVe corps. C'est aux alentours de huit heures trois quarts à neuf heures, selon les rapports concordants des officiers, que le brouillard s'est dissipé sur le plateau de Pratzen — juste au moment où les divisions Saint-Hilaire et Vandamme, sous les ordres du maréchal Soult, entamaient leur montée.

La surprise a donc été totale. Les colonnes alliées qui cherchaient à déborder Davout au sud s'étaient déjà engagées ; elles ne pouvaient plus faire demi-tour sans se désorganiser. En atteignant la crête, Soult coupait en deux l'armée coalisée : les forces de l'aile gauche se trouvaient séparées du centre et du nord, refoulées vers les étangs de Satschan. Ce que les généraux autrichiens n'avaient pas voulu voir, c'est que la possession du plateau Pratzen, au moment décisif, valait à elle seule la victoire.

Le rôle de Soult et les limites de notre connaissance

Le maréchal Soult sort de cette journée avec une gloire particulière. Commander deux divisions à travers une montée de front, sous la menace d'une contre-attaque, et maintenir la cohésion suffisante pour tenir le plateau contre les retours offensifs de la Garde impériale russe — ce sont là des faits rapportés par plusieurs témoins et qui ne semblent pas contestés. On parle de combats acharnés autour de la chapelle du plateau ; les pertes de part et d'autre auraient été sévères, bien qu'aucun décompte définitif ne nous soit encore parvenu à Paris.

Il convient ici d'être prudent. Le 30e Bulletin est une source officielle, rédigée sous la direction du quartier général impérial, et il serait naïf de n'y voir qu'un rapport neutre. La gloire de la manœuvre y est présentée comme entièrement voulue et maîtrisée ; mais la guerre réserve toujours sa part d'imprévu, et ce qui paraît génie accompli dans la plume des rédacteurs du Bulletin a pu devoir autant aux hésitations ennemies qu'à la prescience du commandement. Nous rapportons les faits tels qu'ils nous sont communiqués, sans pouvoir encore en peser tous les ressorts.

La division dans le camp ennemi

Un détail mérite d'être relevé : il se dit, dans les cercles diplomatiques de Paris, que le feld-maréchal Koutouzov, commandant en chef russe, avait conseillé de ne point livrer bataille en rase campagne dans les conditions du 2 décembre. Le Tsar Alexandre Ier aurait passé outre, séduit par le plan de Weyrother. Si ce récit est exact — et il nous vient de sources que nous ne pouvons vérifier à ce jour —, la bataille d'Austerlitz aura été autant perdue par une querelle de commandement chez les coalisés que gagnée par le génie français. La victoire a rarement un seul père.

Quoi qu'il en soit, le plateau de Pratzen aura été, le 2 décembre 1805, le verrou de toute la journée. Qui le tenait tenait la bataille. L'art de la guerre est parfois d'avoir l'air de l'abandonner pour mieux le reprendre.

Le contexte

Le 30e Bulletin de la Grande Armée, daté du 3 décembre 1805, relate les opérations de la bataille et constitue la principale source officielle disponible à Paris à cette date.

L'armistice franco-austro-russe a été signé le 6 décembre 1805 à Nasiedlowitz. Les négociations de paix sont en cours.

Le maréchal Davout (Ier corps) commandait l'aile droite française, face aux forces coalisées cherchant à la déborder par le sud.

Le général Weyrother, officier autrichien, est désigné comme l'auteur du plan de bataille allié dans les rapports qui parviennent à Paris.

État des informations

Cette analyse est fondée sur le 30e Bulletin de la Grande Armée et les premiers témoignages disponibles à Paris au 17 décembre 1805. Le Bulletin est une source officielle dont il convient de peser la partialité. Les négociations de paix étant en cours, nous nous abstenons de tout commentaire sur leurs issues possibles.

Ce que l’on sait

  • Le IVe corps (maréchal Soult), avec les divisions Saint-Hilaire et Vandamme, a attaqué et pris le plateau de Pratzen le 2 décembre 1805.
  • La montée sur le plateau a eu lieu après la dissipation du brouillard matinal, vers 8h45–9h.
  • La capture du plateau a coupé l'armée alliée en deux, isolant son aile gauche vers les étangs de Satschan.
  • L'armistice a été signé le 6 décembre 1805.
  • Le 30e Bulletin de la Grande Armée a été publié et diffusé.

Ce que l’on ignore

  • Le bilan exact des pertes françaises et alliées n'est pas encore établi à Paris au 17 décembre.
  • La nature précise des ordres donnés par Napoléon concernant le retrait préalable du plateau — volonté délibérée ou adaptation au terrain — ne peut être certifiée à partir du seul Bulletin.
  • L'étendue exacte du désaccord entre Koutouzov et le Tsar Alexandre Ier avant la bataille reste non confirmée à Paris.
  • Les termes définitifs de la paix ne sont pas encore arrêtés.

Sources historiques utilisées

secondary

Bataille d'Austerlitz — Wikipédia

Article consulté pour la chronologie de la bataille, le rôle des corps d'armée et les éléments biographiques sur Soult, Weyrother et Koutouzov. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Austerlitz)

primary

30e Bulletin de la Grande Armée (3 décembre 1805)

Source officielle impériale ; utilisée avec réserve quant à sa neutralité. (https://fr.wikisource.org/wiki/Bulletins_de_la_Grande_Arm%C3%A9e)

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Article rédigé en imitant le style et les contraintes de connaissance d'un analyste militaire parisien au 17 décembre 1805. Aucun événement postérieur à cette date n'est mentionné. Les formulations à la première personne du collectif journalistique sont des reconstitutions.

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