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Après l'armistice : quelle paix l'Empereur peut-il dicter ?

Seize jours après la signature de l'armistice au château d'Austerlitz, les négociateurs s'activent. La victoire est éclatante, mais transformer un cessez-le-feu en paix durable exige plus que des canons — il exige de l'art.

Notre analyste des affaires extérieures 22 décembre 1805 4 min de lecture

Le 6 décembre dernier, le maréchal Berthier et le prince de Liechtenstein apposaient leurs signatures sur l'armistice conclu au château d'Austerlitz. Depuis lors, les dépêches qui parviennent à Paris laissent entrevoir une négociation d'une ampleur considérable. Les plénipotentiaires autrichiens sont en chemin ; l'Empereur, dit-on, a fait connaître ses intentions. Mais il serait prématuré de tenir pour acquis ce qui n'est, à cette heure, que l'objet de tractations.

La question que chacun se pose dans les salons et les ministères est la même : jusqu'où l'Autriche pourra-t-elle résister aux exigences françaises ? La réponse tient en peu de mots — fort peu. En deux mois de campagne, la Maison de Habsbourg a essuyé des défaites qui n'ont guère de précédent dans son histoire récente. Vienne a été occupée sans combat. L'armée impériale et royale, mise en déroute sur les hauteurs de Pratzen, ne saurait constituer une force de résistance crédible. L'Autriche négocie depuis la position du vaincu.

Le précédent de Lunéville : un étalon pour la paix à venir

Pour mesurer ce que l'Empereur pourrait obtenir, les esprits instruits se tournent naturellement vers le traité de Lunéville de 1801, qui avait mis fin à la Deuxième Coalition. La France avait alors consolidé ses acquisitions rhénanes, imposé à l'Autriche la reconnaissance du royaume d'Italie tel qu'il se dessinait, et obtenu des concessions territoriales en Allemagne. Ces avantages étaient déjà considérables — et ils avaient été arrachés à une Autriche qui n'était pas encore réduite au degré d'épuisement où nous la voyons aujourd'hui.

On peut donc raisonnablement supposer que les exigences de 1805 iront plus loin. Les provinces vénitiennes, que l'Autriche tenait depuis le traité de Campo-Formio en 1797, seraient, à en croire les rumeurs les mieux informées, au cœur des revendications françaises. Le Tyrol, qui constitue un verrou stratégique entre la France et ses alliés italiens, serait également en jeu. Une indemnité de guerre substantielle viendrait sans doute compléter ces cessions territoriales — les campagnes coûtent, et l'Angleterre ne finance plus aussi généreusement ses alliés continentaux depuis que nos escadres ont rendu le détroit infranchissable.

La Russie : une inconnue qui pèse sur la table des négociations

L'Autriche n'est pas seule dans l'affaire, et c'est là que réside la principale complication diplomatique. L'armistice ne lie que Vienne et Paris — Saint-Pétersbourg n'y a pas souscrit. Les colonnes russes se retirent vers leurs frontières, mais l'Empereur Alexandre n'a signifié nulle intention de traiter. Cette situation est grosse d'ambiguïté : une paix austro-française qui isolerait la Russie pourrait soit l'inciter à chercher sa propre accommodation, soit l'endurcir dans une hostilité durable.

Pour l'heure, l'Autriche pourrait théoriquement invoquer ses obligations envers son allié russe pour modérer les conditions françaises. Mais le compte de Cobenzl, que l'on dit épuisé et défait, ne semble guère en état de jouer cette carte avec vigueur. Vienne a besoin de la paix plus qu'elle n'a besoin de ménager une solidarité avec un tsar dont les troupes ont décampé sans prévenir après la bataille.

L'Angleterre, arbitre absent

Reste l'Angleterre, qui demeure en guerre et qui, naguère, finançait les coalitions à coups de subsides. Depuis la bataille de Trafalgar — victoire anglaise en mer, certes, mais qui n'a pas arrêté nos aigles sur terre — Londres voit s'effriter sa capacité à peser sur le continent par des moyens autres que l'or. Une paix austro-française solide rendrait vaine toute nouvelle tentative de former une coalition immédiate. Les Anglais le savent ; c'est pourquoi, dit-on, leurs agents s'activent dans toutes les chancelleries.

Mais l'argent anglais, si utile soit-il, ne reconstituera pas une armée autrichienne en quelques semaines. La paix que négocient en ce moment les plénipotentiaires est donc avant tout une affaire continentale, et c'est l'Empereur qui en tient la plume.

Les limites de la victoire militaire

Il serait cependant imprudent de croire qu'une écrasante victoire militaire se traduit mécaniquement en paix durable. L'histoire des dernières années nous a enseigné que les traités mal équilibrés portent en eux les germes de la prochaine guerre. La paix de Campo-Formio, signée dans l'enthousiasme du général Bonaparte en 1797, n'avait pas empêché la formation d'une nouvelle coalition deux ans plus tard. Lunéville lui-même n'avait tenu qu'un temps avant que l'Angleterre ne rallumât le conflit.

Le véritable art du diplomate consiste à fixer des conditions que le vaincu peut absorber sans nourrir un ressentiment irrémédiable, tout en garantissant à la France une sécurité effective à ses frontières. Si les exigences sont trop lourdes, l'Autriche cherchera sa revanche à la première occasion favorable. Si elles sont trop mesurées, Paris semblera avoir soldé la campagne à bon marché. Trouver ce juste milieu — là est la tâche qui attend les négociateurs dans les jours qui viennent.

Nous apprendrons dans peu de temps, espère-t-on, si l'Empereur a su joindre à son génie militaire la sagesse du législateur. Pour l'heure, Paris attend et spécule. Le traité n'est pas encore signé.

Le contexte

L'armistice entre la France et l'Autriche a été signé le 6 décembre 1805 au château d'Austerlitz par le maréchal Berthier et le prince de Liechtenstein.

La bataille d'Austerlitz (2 décembre 1805) a vu la Grande Armée écraser les forces austro-russes coalisées. Vienne avait été occupée sans résistance en novembre.

Le traité de Lunéville (9 février 1801) avait conclu la Deuxième Coalition : il confirma la rive gauche du Rhin à la France et reconnut les républiques-sœurs italiennes sous influence française.

Le traité de Campo-Formio (1797) avait accordé à l'Autriche la Vénétie en échange d'autres concessions, créant une situation que certains jugent désormais réversible.

La flotte franco-espagnole a été défaite à Trafalgar le 21 octobre 1805, assurant la maîtrise des mers à l'Angleterre, mais sans conséquence terrestre immédiate.

État des informations

Cet article est rédigé au 22 décembre 1805, avant la conclusion de tout traité de paix. Il restitue les analyses et spéculations disponibles à Paris à cette date. Aucune clause de paix n'est présentée comme acquise.

Ce que l’on sait

  • L'armistice austro-français est signé le 6 décembre 1805 (Berthier / Liechtenstein).
  • Des négociations de paix sont en cours entre plénipotentiaires français et autrichiens.
  • La Russie n'a pas signé d'armistice et retire ses troupes vers l'est.
  • L'Angleterre reste en guerre contre la France.
  • Vienne a été occupée par la Grande Armée en novembre 1805.
  • Le précédent de Lunéville (1801) constitue une référence pour les deux parties.

Ce que l’on ignore

  • Les clauses définitives du traité en cours de négociation ne sont pas connues à Paris au 22 décembre.
  • La date exacte de conclusion d'un éventuel traité est indéterminée.
  • La position définitive d'Alexandre Ier vis-à-vis d'une paix séparée austro-française est incertaine.
  • Le montant d'une éventuelle indemnité de guerre est ignoré.
  • La liste précise des territoires exigés par la France (Vénétie, Tyrol, autres ?) n'est pas confirmée officiellement.

Sources historiques utilisées

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Wikipédia — Traité de Presbourg (1805)

Consulté pour identifier les faits connus avant le 26 décembre 1805 ; toute mention des clauses signées a été exclue du corps de l'article. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Presbourg_(1805))

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Wikipédia — Bataille d'Austerlitz

Contexte militaire, date et signataires de l'armistice du 6 décembre 1805. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Austerlitz)

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Wikipédia — Traité de Lunéville

Précédent diplomatique de 1801 utilisé comme étalon comparatif dans l'analyse. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_de_Lun%C3%A9ville)

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Article rédigé dans la voix d'un analyste diplomatique parisien du 22 décembre 1805. Toutes les formulations prospectives imitent la presse impériale du Premier Empire. Aucun fait postérieur à la date de publication simulée n'est incorporé dans le corps du texte.

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