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Coup de force britannique dans un fjord norvégien : 299 prisonniers libérés de l’Altmark

Dans la nuit du 16 février, un contre-torpilleur britannique, le Cossack, a abordé en eaux norvégiennes le navire ravitailleur allemand Altmark et délivré près de trois cents marins anglais prisonniers. L’opération s’est déroulée dans le Jøssingfjord, à l’intérieur des eaux d’un pays neutre — un fait qui ne manque pas d’embarrasser Oslo.

Notre service étranger 18 février 1940, 07h00 6 min de lecture
Le navire ravitailleur allemand Altmark mouillé dans le Jøssingfjord, en Norvège, entre des falaises enneigées, en février 1940.
Auteur inconnu, l’Altmark mouillé dans le Jøssingfjord (Norvège), février 1940 — domaine public (Wikimedia Commons).

LONDRES. — Une nouvelle, parvenue de Norvège et confirmée par l’Amirauté britannique, retient ce matin l’attention des chancelleries : dans la nuit du vendredi 16 février, un contre-torpilleur de la marine anglaise, le Cossack, a pénétré dans un fjord norvégien, abordé le navire ravitailleur allemand Altmark et libéré les prisonniers anglais qu’il transportait. Ils seraient près de trois cents.

L’affaire a pour théâtre le Jøssingfjord, étroit bras de mer enserré de falaises, sur la côte méridionale de la Norvège. C’est là que l’Altmark, suivi à la trace par les bâtiments britanniques, s’était réfugié, dans les eaux territoriales d’un royaume qui n’est pas en guerre. Le Cossack, commandé par le capitaine Vian, l’y a rejoint et s’est rangé bord à bord. Une équipe d’abordage a sauté sur le pont du navire allemand.

D’après les comptes rendus qui parviennent à Londres, les marins anglais retenus à fond de cale ignoraient tout de ce qui se jouait au-dessus de leurs têtes. Lorsque les hommes de l’abordage ouvrirent les panneaux et lancèrent que la Marine était là, une clameur leur répondit du fond des soutes. On compte deux cent quatre-vingt-dix-neuf prisonniers ainsi rendus à la liberté.

Ces hommes ne sont pas des combattants pris les armes à la main : ce sont des équipages de navires de commerce, coulés l’an dernier dans l’Atlantique Sud par le cuirassé de poche Admiral Graf Spee. L’Altmark, qui ravitaillait ce corsaire, avait recueilli à son bord les naufragés et faisait route, dit-on, vers un port allemand, longeant la côte norvégienne pour se mettre à l’abri.

L’abordage ne s’est pas fait sans résistance. Au cours d’une mêlée sur le pont, plusieurs hommes de l’équipage allemand auraient été tués, d’autres blessés ; on avance le chiffre de huit morts, sans qu’il soit pour l’heure tenu pour définitif. Sa besogne accomplie, le Cossack a quitté le fjord peu après minuit, emmenant les libérés.

C’est le lieu de l’action, plus encore que l’action elle-même, qui fait débat. L’Altmark se trouvait dans les eaux territoriales norvégiennes, et des torpilleurs de la marine du royaume — on cite le Kjell et le Skarv — escortaient le navire allemand ou veillaient à proximité. Leurs commandants auraient élevé une protestation, sans s’opposer par la force à l’opération britannique.

À Oslo, la chose touche à un point sensible : celui de la neutralité. La Norvège entend rester en dehors du conflit, et l’entrée d’un bâtiment de guerre belligérant dans ses eaux, fût-ce pour délivrer des prisonniers, y est ressentie comme une atteinte à cette neutralité jalousement gardée. Quelle suite le gouvernement norvégien donnera-t-il à l’incident, nous l’ignorons à l’heure où nous écrivons.

À Londres, l’affaire est tout autrement reçue : on y salue le retour de marins que l’on croyait perdus, et l’on tient l’opération pour un beau fait d’armes. À Berlin, on imagine que l’irruption d’un navire anglais dans les eaux d’un État neutre fournira matière à protestation. Entre ces réactions contraires, et faute de communiqués officiels développés, nous rapportons ce qui est établi, et signalons ce qui ne l’est pas.

Le contexte

Depuis septembre 1939, la France et le Royaume-Uni sont en guerre avec l’Allemagne ; sur mer, la chasse aux navires allemands et le blocus sont des objets constants de l’effort allié.

L’Admiral Graf Spee, cuirassé de poche allemand, avait écumé l’Atlantique Sud à l’automne de 1939, coulant plusieurs navires de commerce, avant d’être contraint au sabordage devant Montevideo en décembre dernier ; ses victimes avaient fait des prisonniers, recueillis par son ravitailleur, l’Altmark.

La Norvège, comme les autres États scandinaves, a proclamé sa neutralité et s’efforce de la préserver, ce qui pose la délicate question du passage des belligérants le long de ses côtes et dans ses eaux territoriales.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au matin du 18 février 1940 : un abordage attesté, un lieu — des eaux neutres — qui fait la gravité de l’affaire, et un nombre de libérés. Elle ne préjuge ni des suites diplomatiques de l’incident, ni des réactions à venir d’Oslo et de Berlin. Les chiffres et récits non confirmés sont signalés comme tels.

Ce que l’on sait

  • Dans la nuit du 16 au 17 février 1940, le contre-torpilleur britannique Cossack a abordé le navire ravitailleur allemand Altmark dans le Jøssingfjord, sur la côte méridionale de la Norvège.
  • L’abordage a eu lieu à l’intérieur des eaux territoriales norvégiennes.
  • Deux cent quatre-vingt-dix-neuf prisonniers anglais — équipages de navires de commerce coulés par l’Admiral Graf Spee — ont été libérés et emmenés par le Cossack.
  • Le Cossack était commandé par le capitaine Vian ; des torpilleurs norvégiens se trouvaient à proximité de l’Altmark.

Ce que l’on ignore

  • Les conséquences de cette violation des eaux norvégiennes pour la neutralité du royaume ne sont pas connues : on ignore quelle suite Oslo donnera à l’incident.
  • La réaction officielle du gouvernement allemand n’est pas encore connue dans son détail.
  • Le bilan exact des pertes survenues lors de l’abordage (morts et blessés du bord allemand) n’est pas arrêté de façon certaine.
  • Les conditions précises dans lesquelles l’Altmark a gagné le fjord, et l’attitude exacte des bâtiments norvégiens, restent à éclaircir.

Sources historiques utilisées

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Incident de l’Altmark — Wikipédia

Article consulté pour le déroulé du 16 février 1940 (abordage du Cossack, capitaine Vian, Jøssingfjord, eaux territoriales norvégiennes), le nombre de 299 prisonniers issus des navires coulés par l’Admiral Graf Spee, et la protestation norvégienne sans opposition par la force. Tout élément postérieur au 18 février a été écarté.

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Altmark incident — Wikipedia

Consulté pour recouper l’heure de l’abordage (nuit du 16 au 17 février), les torpilleurs norvégiens Kjell et Skarv, le mot « the Navy’s here », et le bilan de huit tués et dix blessés côté allemand.

editorial-reconstruction

Reconstitution journalistique

L’article simule une dépêche du service étranger au matin du 18 février 1940, deux jours après l’abordage. Les formulations à chaud imitent un quotidien du moment ; rien n’est affirmé au-delà de ce qui est connaissable à cette date, et l’incident est traité sous l’angle de la seule neutralité norvégienne.

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