Les Alliés prennent pied en Norvège
La riposte est engagée. Quinze jours après le coup de main allemand sur le Danemark et la Norvège, des troupes britanniques ont débarqué sur la côte norvégienne, à Namsos puis à Åndalsnes, de part et d’autre du grand port de Trondheim. Des chasseurs alpins français les ont rejointes. La bataille du Nord commence ; son issue, ce matin, reste entière.
Le silence de l’attente, à l’Ouest, n’aura pas tout dit de cette guerre. Depuis l’agression allemande du 9 avril contre le Danemark et la Norvège, on guettait la réponse des Alliés ; elle est venue. Des forces britanniques ont pris pied sur le sol norvégien, et des soldats français les ont suivies. Après des jours où l’on n’avait su que la perte d’Oslo, de Bergen, de Trondheim, voici que les armées de l’entente débarquent à leur tour sur cette côte du Nord. Nous rapportons ce qu’il est permis d’en savoir ce matin, en séparant ce qui est établi de ce qui demeure incertain.
C’est autour de Trondheim, troisième ville du royaume tombée aux mains de l’ennemi, que se concentre l’effort. Pour reprendre ce verrou, les Alliés ont choisi de l’enserrer par le nord et par le sud. Au nord, à Namsos, une brigade britannique a débarqué le 17 avril, dans la nuit ; au sud, à Åndalsnes, une autre a pris terre le lendemain, 18 avril. La pince ainsi dessinée vise, dit-on, à isoler la garnison allemande de Trondheim et à la réduire — dessein que rien, à cette heure, ne permet de tenir pour acquis.
À Namsos, le débarquement s’est fait dans des conditions rudes. Le fjord étroit, les eaux peu profondes ont contraint à transborder les hommes sur des contre-torpilleurs ; la neige couvre encore les abords, où les troupes ont gagné les bois pour s’y abriter. Hier, 18 avril, l’aviation allemande est apparue au-dessus du petit port. Ce matin, des bataillons de chasseurs alpins français y débarquent à leur tour, sous le feu venu du ciel : la petite ville de bois, nous dit-on, a beaucoup souffert des bombes.
Du côté allié, on commande aux opérations du nord un général britannique réputé pour son intrépidité, et le contingent français y est conduit par un officier de nos troupes de montagne. On comprend, à les voir débarquer skis et anoraks, que ces hommes sont taillés pour la guerre des neiges qui les attend dans ces vallées encore prises par l’hiver. Mais l’ennemi tient les villes, les voies ferrées et, surtout, le ciel : son aviation, partie des aérodromes saisis, frappe à loisir des colonnes que rien ne couvre.
Plus au nord, autour de Narvik, la situation demeure confuse. Les Allemands se sont emparés de la ville le 9 avril ; mais la flotte britannique leur a, depuis, infligé de durs coups dans le fjord, coulant leurs destroyers les 10 et 13 avril. On parle de forces alliées rassemblées dans ces parages pour reprendre le port par où s’écoule, l’hiver, le minerai de fer suédois. De ce qui s’y prépare, et de ce qu’il en adviendra, nous ne pouvons rien affirmer.
Ainsi la guerre, longtemps figée sur le front de l’Ouest où les armées se font toujours face sans s’étreindre, a-t-elle trouvé son champ de bataille au bord des fjords. Les Alliés ont voulu montrer qu’ils ne laisseraient pas la Norvège sans secours. Reste à savoir s’ils pourront, sur ce terrain difficile et sous une aviation maîtresse de l’air, refouler l’envahisseur. La question, ce matin, est ouverte ; les jours qui viennent y répondront.