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Les Éduens dans la coalition : le peuple qui a longtemps hésité, et sur qui pèse le secours

Premiers de Gaule avec les Arvernes, longtemps « frères » de Rome, ralliés à la révolte sur le tard, les Éduens fournissent l’un des plus forts contingents attendus autour d’Alésia. Une part du secours repose sur eux. Et leur ralliement est récent.

Litavis de Bibracte début octobre 52 av. J.-C., matin 7 min de lecture

La faim, ici, se compte en jours. Le secours, lui, se compte en peuples. Et parmi les peuples que Vercingétorix attend derrière les palissades romaines, il en est un dont le nom revient plus que les autres, avec autant d’espoir que d’inquiétude : les Éduens.

Nul n’ignore ce qu’ils pèsent. Avec les Arvernes, les Éduens tiennent depuis longtemps le premier rang en Gaule. Assis entre Loire et Saône, maîtres des routes du fleuve, ils gouvernent une vaste clientèle — Ségusiaves, Ambivarètes, Aulerques Brannovices, Blannovii — qui les suit à la guerre comme au conseil. De Bibracte, leur place forte du Beuvray, un ordre part et des milliers d’hommes se lèvent.

C’est là toute la question de ces jours-ci. Le secours qui doit desserrer l’étau réclame de chaque peuple sa part d’hommes, et la part demandée aux Éduens et à leurs clients compte parmi les plus fortes, à l’égal de celle des Arvernes. Autant dire qu’une portion du salut d’Alésia repose sur un peuple qui, il y a peu de saisons encore, marchait aux côtés de Rome.

Frères de Rome

Il faut se souvenir d’où viennent les Éduens. Seuls entre tous les peuples de la Gaule, ils portent auprès de Rome le titre de « frères et consanguins du peuple romain » — une amitié ancienne, scellée bien avant la génération présente. Ce lien leur a longtemps servi de bouclier contre leurs rivaux, les Arvernes d’abord, les Séquanes ensuite.

Mais un bouclier oblige. En échange de sa protection, Rome a reçu des Éduens de la cavalerie, des vivres, des otages, et le concours de leurs nobles. Encore ce printemps, leurs escadrons chevauchaient pour César et leurs greniers nourrissaient ses légions. On ne rompt pas en un jour une alliance de cette profondeur.

L’affaire d’Arioviste a montré ce que valait ce lien, et son prix. Appelé jadis par les Séquanes, le Germain Arioviste avait écrasé les Éduens et leurs alliés à Magetobriga, les réduisant presque au rang de tributaires. C’est alors, dit-on, que le noble éduen Diviciacos s’en fut jusqu’à Rome plaider la cause des siens devant le Sénat. Rome, plus tard, chassa Arioviste — mais au terme de cette épreuve, les Éduens étaient plus liés que jamais à celui qui les avait relevés.

Un ralliement récent, et à contrecœur

Ce qui frappe, c’est combien leur passage à la révolte est récent, et par quels chemins tortueux il s’est fait. Tout est parti, selon les Romains, d’une querelle intérieure : deux hommes, Convictolitavis et Cotos, se disputaient la magistrature suprême, la charge de vergobret. César lui-même trancha en faveur de Convictolitavis. Le peuple qui devait plus tard se soulever contre lui avait donc reçu de sa main son premier magistrat.

César assure que ce même Convictolitavis, gagné par de l’or arverne, retourna les siens contre Rome. L’accusation vient du camp romain ; l’or arverne, nul chez nous ne l’a vu peser. Ce qu’on sait, c’est ce qui suivit.

Vint l’affaire de Litaviccos. Ce noble éduen menait dix mille guerriers des siens rejoindre l’armée de César. En chemin, il fit courir parmi ses hommes une nouvelle terrible : les Romains, disait-il, venaient de massacrer les cavaliers éduens, et parmi eux Éporédorix et Viridomaros, deux des leurs. Les dix mille, la rage au ventre, s’apprêtaient à se tourner contre les légions.

César, prévenu, fit venir sous leurs yeux les cavaliers qu’on disait morts — Éporédorix et Viridomaros vivants, à la tête de leurs escadrons. Le mensonge tomba d’un coup. Les guerriers abandonnèrent Litaviccos, qui s’enfuit vers Gergovie avec ses fidèles. Voilà comment, selon le récit qu’on rapporte de ces journées, un peuple bascula à demi : par un bruit démenti, et par la peur qu’il avait un instant soulevée.

L’échec de César devant Gergovie acheva de trancher. Les Éduens y virent le signe qu’on pouvait tenir tête à Rome. On raconte qu’ils fondirent alors sur Noviodunum, où les Romains gardaient otages, blé et argent, pillèrent la place et la livrèrent aux flammes. Le pont était rompu ; il n’y avait plus de retour.

Restait la question du commandement. À l’assemblée de Bibracte, où toute la Gaule révoltée s’était donné rendez-vous, les Éduens firent valoir leur rang et réclamèrent la conduite de la guerre. L’assemblée, pourtant, confirma Vercingétorix l’Arverne comme chef suprême. Les Éduens, dit-on, en conçurent du dépit. Ils marchent aujourd’hui sous un chef qu’ils n’ont pas voulu, pour une cause qu’ils ont embrassée la dernière.

Le poids d’aujourd’hui

Tout cela serait affaire de mémoire si les Éduens ne comptaient pas, à cette heure, parmi les plus gros pourvoyeurs d’hommes du secours attendu. Avec leurs clients — Ségusiaves, Ambivarètes, Aulerques Brannovices, Blannovii — la part qu’on leur réclame égale celle des Arvernes, les deux plus fortes de toutes.

C’est dire que la coalition, sur ce point, dépend d’eux. Si les Éduens tiennent parole et lèvent ce qu’on leur demande, le secours pèsera son plein poids. S’ils tardent, s’ils comptent leurs pertes avant d’avoir combattu, la brèche se sentira aussitôt.

Une fidélité de quelques mois n’a pas le grain d’une fidélité de vingt ans. Nul, ici, ne sait de quel bois est faite celle des Éduens depuis qu’ils ont brûlé Noviodunum. On mesure ce qu’ils apportent ; on mesure moins ce qu’ils tiendront.

Voilà où en sont les choses ce matin, sous les remparts d’Alésia : un peuple immense, longtemps l’ami de Rome, aujourd’hui parmi les premiers bras de la révolte, et sur qui pèse une part du secours que la place attend. Ce qu’ils feront, on l’ignore. Ce qu’ils peuvent, on le sait — et c’est déjà beaucoup.

Le contexte

Les Éduens occupent le pays entre Loire et Saône, autour de leur place forte de Bibracte, au mont Beuvray. Leur clientèle — Ségusiaves, Ambivarètes, Aulerques Brannovices, Blannovii — élargit leur poids bien au-delà de leur seul territoire.

Avec les Arvernes, ils passent pour le peuple le plus puissant de la Gaule. Leur alliance avec Rome, et le titre de « frères et consanguins du peuple romain » qu’ils sont seuls à porter, remontent à plusieurs générations.

Leur ralliement à Vercingétorix date de cette même année 52 : la sédition de Convictolitavis, l’affaire de Litaviccos, le pillage de Noviodunum et l’assemblée de Bibracte se sont succédé en quelques mois, après l’échec romain devant Gergovie.

État des informations

Cette édition adopte une rédaction gauloise reconstituée. Pour cette période lointaine, certaines scènes sont extrapolées avec prudence à partir des sources disponibles.

Ce que l’on sait

  • Vercingétorix et une partie des forces gauloises sont enfermés dans l’oppidum d’Alésia.
  • César fait édifier des lignes de siège autour de la place.
  • Une armée de secours gauloise est attendue ou déjà signalée aux abords du dispositif romain.
  • La question des vivres devient centrale dans l’oppidum.

Ce que l’on ignore

  • Les effectifs exacts gaulois et romains restent très incertains.
  • La date précise de chaque phase du siège n’est pas connue au jour près.
  • Les débats internes à l’oppidum ne sont connus qu’à travers des récits postérieurs et hostiles.
  • La coordination réelle entre les peuples gaulois venus au secours d’Alésia demeure difficile à établir.

Sources historiques utilisées

primary

Commentarii de Bello Gallico, livre VII

Jules César · -52

Source principale, mais romaine et politiquement intéressée. Elle doit être lue comme un témoignage orienté.

primary

Vie de César

Plutarque

Récit postérieur utile pour certains motifs narratifs, sans valeur de reportage immédiat.

secondary

Alésia, l’archéologie face à l’imaginaire

Michel Reddé

Repère moderne pour les dispositifs de siège, les travaux romains et la prudence sur les chiffres.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale gauloise

Pour une période lacunaire, les scènes de rédaction sont extrapolées de façon raisonnable et signalées comme telles.

secondary

Éduens — encyclopédie Wikipédia

Notice de synthèse (hégémonie éduenne, clientèle, titre de « frères et consanguins du peuple romain », capitale Bibracte, ralliement de 52) recoupée avec César, Guerre des Gaules VII. À manier avec prudence : l’essentiel des faits internes remonte à César, partie au conflit et hostile aux révoltés.

Les lecteurs réagissent

Les lecteurs réagissent depuis l’oppidum

Commentaires reconstitués : profils, sensibilités et disputes sont imaginés à partir des clivages du moment. La modération aussi a ses petites lâchetés.

10 commentaires
ArverneLibre début octobre 52 av. J.-C., soir

Ceux qui parlent déjà de négocier n’ont rien compris. Si Alésia tient, les peuples verront que Rome peut être arrêtée.

👍 244 · 🚩 18
EduenPrudent début octobre 52 av. J.-C., soir

Tenir, oui. Mourir enfermés pour prouver une phrase, non. La prudence n’est pas toujours une trahison.

👍 92 · 🚩 47
ForgeronDeGergovie début octobre 52 av. J.-C., soir

LA PRUDENCE A DES SANDALES ROMAINES.

👍 173 · 🚩 33
DruideSceptique début octobre 52 av. J.-C., soir

On dit que les secours approchent. Qui les a vus ? À quelle distance ? Combien de feux ? Les présages ne remplacent pas les éclaireurs.

👍 198 · 🚩 5
ForgeronDeGergovie début octobre 52 av. J.-C., nuit

ON SORT. ON CASSE LES PIEUX. ON RENTRE. SIMPLE.

👍 121 · 🚩 44
ForgeronDeGergovie début octobre 52 av. J.-C., nuit

ON SORT. ON CASSE LES PIEUX. ON RENTRE. SIMPLE.

👍 38 · 🚩 16
ForgeronDeGergovie début octobre 52 av. J.-C., nuit

ON SORT. ON CASSE LES PIEUX. ON RENTRE. SIMPLE.

👍 27 · 🚩 13
EduenPrudent début octobre 52 av. J.-C., nuit

Tout le monde veut l’unité gauloise tant que ce sont les autres qui donnent leurs vivres.

👍 81 · 🚩 55
ArverneLibre début octobre 52 av. J.-C., nuit

👍 0 · 🚩 64
ArverneLibre début octobre 52 av. J.-C., nuit

La modération supprime les vrais patriotes mais laisse les prudents expliquer pourquoi il faudrait attendre Rome avec une coupe de vin.

👍 167 · 🚩 39

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