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Sortie nocturne du Temple contre les machines

L’autre nuit, à la faveur de la lune, une compagnie du Temple — près de trois cents chevaliers, dit-on — est sortie de nos murs pour porter le feu grégeois aux machines que les gens de Hama ont dressées contre le fossé. Menés par messire Jean de Grailly et messire Otton de Grandson, les nôtres ont surpris les tentes ennemies ; mais l’entreprise a tourné court, les chevaux pris dans les cordages. Un coup de main hardi pour desserrer l’étau, payé cher.

Frère Aycard d’Acre, dans la ville assiégée 22 avril 1291 5 min de lecture
Enluminure médiévale représentant une mêlée de cavalerie : une ligne serrée de chevaliers en armure, montés et casqués, épées et lances levées, se heurtent au corps à corps, les chevaux caparaçonnés emmêlés les uns dans les autres.
Anonyme, chevaliers au combat, miniature des « Chroniques de Saint-Denis » (British Library, Royal MS 16 G VI, f. 379r, v. 1332-1350) — domaine public (Wikimedia Commons).

On n’attend pas toujours derrière ses murs que l’ennemi ait achevé son ouvrage. Ces jours-ci, une nuit que la lune éclairait la plaine et les tentes des Infidèles jusqu’au rivage, une compagnie du Temple est sortie de la ville, en silence, pour aller frapper les grandes machines qui, depuis des jours, battent notre enceinte et comblent notre fossé. Le dessein était de les livrer au feu grégeois et de rentrer avant que le camp tout entier fût sur pied.

Nous rapportons ici ce que nous en avons tenu de gens qui y étaient et en sont revenus, et nous ne dirons rien de plus assuré que ce que nous savons. La sortie fut menée, nous dit-on, par messire Jean de Grailly et messire Otton de Grandson, deux des meilleures lances de la ville, avec les frères du Temple ; on parle de près de trois cents chevaux. À l’heure où nous écrivons, le compte exact des nôtres qui n’en sont pas revenus n’est pas arrêté, et les récits varient d’une bouche à l’autre.

Frapper les machines de Hama

Depuis que le sultan a mis ses engins en batterie, ce sont surtout les gens de Hama qui nous font le plus de mal de ce côté de l’enceinte : leurs grands trébuchets lancent nuit et jour, et leurs écrans d’osier s’approchent du fossé à mesure. C’est contre ces machines-là que la sortie fut dirigée, et non contre le gros du camp. Brûler le bois de quelques engins, voilà qui vaut mieux qu’une bataille rangée qu’à nombre égal nous ne pouvons livrer.

La nuit claire, qui devait servir nos gens pour trouver leur chemin, servit aussi l’ennemi pour les voir venir. Les nôtres tombèrent d’abord sur les postes avancés et les tentes de devant. Là, dans l’ombre et la presse, les chevaux s’empêtrèrent dans les cordes qui tendent les tentes des Sarrasins, et beaucoup de montures s’abattirent, jetant leurs cavaliers à terre. Ce qui devait être un coup vif se défit en un instant.

Le temps que les nôtres se dégageassent, le camp s’était éveillé et rassemblé. On dit que nos chevaliers eurent affaire à une grande multitude d’ennemis accourus de toutes parts. Le feu ne prit pas aux machines comme on l’espérait, ou n’y prit que peu ; et il fallut se retirer en combattant vers la ville. Quelques-uns rapportèrent des dépouilles prises sur les tentes ; d’autres n’en revinrent pas.

Ce que l’on sait, ce que l’on ignore

Nous nous gardons de grossir cette affaire comme de la taire. Elle nous vient pour l’essentiel de ceux-là mêmes qui y furent, et l’on sait combien, la nuit et dans le combat, les hommes voient peu et retiennent mal. Le nombre des sortants, celui des morts et des prisonniers, ne sont pas assurés : on avance des chiffres, nous n’en garantissons aucun.

Ce qui demeure, c’est que la ville n’est pas résignée à se laisser réduire sans mordre. Les frères du Temple, l’Hôpital, et les seigneurs venus d’outre-mer qui tiennent avec nous montrent qu’on peut encore porter la main jusqu’aux tentes de l’ennemi. Si les machines de Hama n’ont pas brûlé cette nuit, elles ont du moins appris que les assiégés savent sortir. Nul ne dira quel fruit cette hardiesse portera pour la suite du siège ; nous rapporterons ce qui viendra quand nous le saurons de source sûre.

Le contexte

Acre, capitale du royaume de Jérusalem depuis la reprise de la ville par les rois croisés lors de la troisième croisade, est investie depuis le début d’avril par l’armée du sultan al-Ashraf Khalil, qui campe d’une mer à l’autre à faible distance des murs.

Le sultan a fait dresser de grandes machines de jet contre l’enceinte, parmi lesquelles les trébuchets amenés par le contingent de la ville de Hama, et pousse ses écrans et ses sapes vers le fossé.

Les Templiers, l’Hôpital et les chevaliers venus d’Occident tiennent l’enceinte aux côtés des gens de la commune d’Acre.

Messire Otton de Grandson est venu de la maison du roi d’Angleterre ; messire Jean de Grailly commande pour le roi de France en Terre sainte.

État des informations

Le récit de cette sortie repose sur une source proche mais à peu près unique — un chroniqueur du camp franc lié au Temple — et sur les dires de combattants revenus dans la ville. Les chiffres (nombre de sortants, pertes) sont donnés en fourchette et rangés parmi ce qui n’est pas assuré. La gazette est embarquée dans Acre assiégée et parle des assaillants comme le fait le camp latin (« les Infidèles », « les Sarrasins ») ; cette couleur de voix ne change rien aux faits, qui sont tenus distincts. Nous nous en tenons à ce qui est connaissable à cette date et ne préjugeons pas de la suite du siège.

Ce que l’on sait

  • Les assiégés d’Acre ont mené des sorties nocturnes contre l’artillerie de l’armée du sultan, pour tenter d’incendier les machines de jet au feu grégeois.
  • Cette sortie du Temple fut menée par Jean de Grailly et Otton de Grandson.
  • L’entreprise échoua : les chevaux des sortants s’empêtrèrent dans les cordages des tentes ennemies, l’alerte fut donnée, et les machines ne furent pas détruites.

Ce que l’on ignore

  • L’effet réel de cette sortie sur la conduite du siège reste inconnu.
  • On ignore si de nouvelles sorties suivront et ce qu’elles obtiendront.

Sources historiques utilisées

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Siege of Acre (1291)

Article de Wikipédia en anglais : sortie de nuit de trois cents Templiers conduits par Jean de Grailly et Otton de Grandson, au clair de lune, portant le feu grégeois contre l’artillerie du contingent de Hama ; échec de la destruction des machines. Signale le Templier de Tyr (Gestes des Chiprois) comme source contemporaine. Consulté pour recouper meneurs, effectif et objectif.

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Siège de Saint-Jean-d’Acre (1291)

Article de Wikipédia en français : sortie templière nocturne de la mi-avril pour incendier une machine de siège, échec parce que les chevaux trébuchent dans les cordages des tentes, ralliement des assiégeants et retour difficile dans la ville. Croisé avec la version anglaise, qui attribue plus nettement la conduite à Grailly et Grandson.

editorial-reconstruction

Note de reconstitution éditoriale — la sortie du Temple

Aujourd’hier imagine une gazette tenue dans Acre assiégée, au printemps 1291, par un chroniqueur latin d’Outremer. Le récit adopte la voix et le vocabulaire du camp franc comme dispositif d’immersion, et rapporte la sortie « à chaud » quelques jours après, à partir des dires des combattants revenus. Les faits — meneurs, objectif, échec par les cordages — sont exacts ; les chiffres, incertains chez les chroniqueurs eux-mêmes, sont donnés en fourchette et logés distinctement dans le relevé des faits. Écrit sans anticiper la suite du siège.

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