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Le roi abjure à Saint-Denis

Ce jour, en l'abbatiale de Saint-Denis, le roi Henri, quatrième du nom, a solennellement renoncé à la religion réformée et s'est fait recevoir dans l'Église catholique, apostolique et romaine. Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, l'a instruit puis absous, en présence d'une vingtaine de prélats et docteurs. Le geste est religieux ; nul, dans les deux camps, n'oublie qu'il touche aussi au royaume.

Claude Vasselin, chroniqueur au camp de Saint-Denis 25 juillet 1593 6 min de lecture
Peinture représentant l'abjuration solennelle d'Henri IV le 25 juillet 1593 dans la basilique de Saint-Denis, devant le clergé catholique.
« L'Abjuration d'Henri IV » (vers 1593-1600), anciennement attribué à Nicolas Baullery, Musée d'art et d'histoire de Meudon — domaine public (Wikimedia Commons).

Le roi a abjuré. Ce mercredi, hors des murs de Paris que tient la Ligue, dans l'église où reposent les rois de France, Henri de Bourbon a quitté la religion où il fut élevé pour se faire recevoir catholique. Depuis la mort du feu roi Henri, voici quatre ans, le royaume se déchirait sur ce point : il refusait pour maître un prince de la religion réformée, quoique la loi du sang le lui donnât.

Nous rapportons ici ce que nous avons vu et ce que nous ont redit ceux qui approchaient le roi. La journée fut longue. On dit l'instruction du roi par les prélats a tenu cinq heures et plus avant que la cérémonie du portail ne commençât ; nous le donnons d'après ceux qui étaient au chœur, sans en avoir tenu le compte des heures.

Ceux qui l'ont approché rapportent qu'il parut en pourpoint de satin blanc et manteau noir, tête nue. Nous redisons ce détail tel qu'on nous l'a donné.

Au portail de la basilique

Le roi s'est présenté à la grande porte de l'abbatiale, où l'attendait l'archevêque de Bourges, assis et revêtu de ses ornements, entouré du clergé. Là s'est tenu le dialogue réglé qui ouvre la réception. À la teneur qu'on nous en rapporte, l'archevêque demanda qui il était ; le roi répondit qu'il était le roi. On lui demanda ce qu'il voulait ; il dit vouloir être reçu au giron de l'Église catholique, apostolique et romaine.

Le roi s'est alors mis à genoux et a fait sa profession, déclarant vouloir vivre et mourir en cette foi. Il a remis par écrit, dit-on, une déclaration signée de sa main. L'archevêque l'a relevé, puis reçu et absous ; le roi a baisé l'anneau qu'on lui présentait. On le conduisit ensuite dans l'église, aux applaudissements de l'assistance.

La profession de foi et la messe

L'instruction avait précédé la cérémonie : les prélats et docteurs assemblés, une vingtaine environ, avaient examiné le roi sur les points de la foi et reçu ses réponses. C'est au terme de cet examen qu'il fut jugé recevable et mené au portail.

Après l'absolution, le roi a été conduit au chœur pour y ouïr la messe. Il y a communié de la main de l'archevêque. Un sermon a été prononcé, et l'on a chanté les vêpres dans l'abbatiale. Le roi est demeuré à ces offices, au vu de tous ceux que l'église pouvait contenir, gentilshommes, gens de guerre et peuple accouru des environs.

Pourquoi Saint-Denis et non Reims

Le sacre des rois se fait à Reims, et l'on eût pu s'étonner de voir cette journée se tenir ailleurs. Mais Reims est aux mains de la Ligue, comme Paris même, dont Saint-Denis n'est qu'à une courte lieue au nord. Le roi tient le pays d'alentour et a fait de ce bourg l'une de ses places ; c'est de là qu'il presse la capitale.

Le lieu n'est pas indifférent. Saint-Denis est l'abbaye où l'on ensevelit les rois de France depuis un temps immémorial. En s'y faisant recevoir catholique, le roi a marqué qu'il entrait dans la maison de ses devanciers. Faute de pouvoir gagner Reims et de s'y faire oindre, il a choisi le lieu qui, après Reims, parle le plus haut de la royauté.

Un geste dont on discute déjà la portée

La conversion du roi était attendue et négociée. Depuis le printemps, des pourparlers se tenaient à Suresnes entre les gens du roi et ceux du parti de Paris, et une trêve venait d'être conclue. Le roi lui-même avait fait savoir qu'il se laisserait instruire. Ce jour en est l'aboutissement.

Dans son camp, on tient l'affaire pour un soulagement : beaucoup de catholiques qui le servaient déjà par fidélité au sang de France n'ont plus à souffrir de servir un prince hérétique. Dans le parti contraire, on récuse la chose : les prédicateurs de la Ligue disent la conversion feinte, arrachée par le calcul, et refusent de tenir pour bon catholique un homme qui changea déjà de religion.

Chacun ici sait que le geste est religieux et qu'il est aussi affaire de royaume. Le roi a écrit ce jour même aux bonnes villes qui le suivent pour leur annoncer sa réception dans l'Église et commander prières et processions. Ce qu'il en adviendra pour Paris et pour la guerre, on en parle beaucoup et on n'en sait rien de sûr.

Le contexte

À la mort du roi Henri III, en 1589, la couronne est échue par la loi salique à Henri de Bourbon, roi de Navarre, premier prince du sang — mais de la religion réformée, ce que la Ligue catholique refuse.

Depuis quatre ans, le roi fait la guerre pour son royaume ; il a défait ses adversaires à Arques et à Ivry, sans pouvoir prendre Paris, que tient la Ligue.

Paris et Reims, ville du sacre, sont aux mains du parti catholique ; le roi ne peut y entrer.

Au printemps de cette année se sont tenus à Suresnes des pourparlers entre les gens du roi et ceux de Paris, d'où est sortie une trêve.

État des informations

Nous nous en tenons à ce qui est connaissable ce 25 juillet : l'abjuration du roi à Saint-Denis, le déroulé de la cérémonie et le clergé qui l'a reçu. Les mots échangés au portail sont donnés selon leur teneur rapportée, non mot pour mot. La sincérité du roi, que les deux camps discutent, n'est pas chose que nous puissions établir ; nous la rapportons comme un débat, non comme un fait. Nous ne préjugeons pas des suites de ce geste.

Ce que l’on sait

  • Le 25 juillet 1593, en l'abbatiale de Saint-Denis, le roi Henri IV a abjuré la religion réformée et s'est fait recevoir dans l'Église catholique, apostolique et romaine.
  • La cérémonie a été conduite par Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, en présence d'une vingtaine de prélats et docteurs.
  • Au portail, le roi a fait profession de foi, juré de vivre et mourir catholique, puis a été absous ; il a ensuite ouï la messe, communié, entendu un sermon et assisté aux vêpres.
  • La journée s'est tenue à Saint-Denis, et non à Reims, parce que Reims comme Paris sont aux mains de la Ligue.
  • Le roi a écrit le jour même aux villes qui le suivent pour leur annoncer sa réception dans l'Église et demander prières et processions.

Ce que l’on ignore

  • On ne peut dire quel effet cette abjuration aura sur Paris, sur les villes de la Ligue et sur la conduite de la guerre.
  • Nul ne sait comment Rome recevra la nouvelle, ni ce que feront les chefs du parti catholique et les prédicateurs qui la récusent.
  • La suite réservée au sacre et à l'entrée du roi dans sa capitale n'est pas connue à cette heure.

Sources historiques utilisées

secondary

Abjuration d'Henri IV

Article Wikipédia (FR) consulté pour le déroulé de la cérémonie du 25 juillet 1593 à Saint-Denis : présentation au portail, dialogue rituel, profession de foi, absolution par Renaud de Beaune, messe et communion.

secondary

Henri IV (roi de France)

Notice Wikipédia (FR) consultée pour le contexte (roi depuis 1589, loi salique, quatre ans de guerre, Paris et Reims tenus par la Ligue), la tenue du roi (pourpoint de satin blanc, manteau noir), la durée « cinq heures » de l'instruction et la présence d'une vingtaine de prélats et docteurs.

primary

Lettre d'Henri IV sur sa conversion (25 juillet 1593)

Lettre d'Henri IV, datée du 25 juillet 1593, annonçant sa réception dans l'Église catholique et demandant prières et processions, éditée et commentée par le programme RENUMAR ; consultée pour l'annonce faite le jour même aux villes fidèles.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — À chaud, au camp de Saint-Denis

Les formulations à chaud imitent la manière d'un feuillet de nouvelles du temps. Le déroulé de la cérémonie est restitué à partir des sources ci-dessus ; les détails de source unique (tenue, durée de l'instruction) et les mots du portail sont signalés comme rapportés et non mesurés, et la sincérité du roi est présentée comme un débat non tranché.

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