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Henri de Navarre, un Béarnais sur un trône disputé

Depuis quatre ans, il porte le titre de roi de France sans en tenir la capitale, ni la messe. Hier, à Saint-Denis, il a renoué avec l'Église romaine. Retour sur l'homme que ce geste engage.

Guillaume Ancelin 26 juillet 1593 8 min de lecture

Le prince qui s'est présenté hier matin devant le portail de la basilique de Saint-Denis, pour y être reçu dans l'Église catholique par l'archevêque de Bourges, Renaud de Beaune, n'en est pas à sa première inflexion de conscience. Henri de Bourbon, roi de Navarre et, depuis la mort d'Henri III, roi de France pour qui veut bien le reconnaître, a déjà changé deux fois de religion avant hier — la première fois contraint, la seconde fois de son plein gré.

Nous rappelons ici ce que l'on sait de sa vie, de sa naissance béarnaise à ses victoires des dernières années.

Un enfant du Béarn

Henri de Bourbon est né le 13 décembre 1553 à Pau, au château des rois de Navarre, fils d'Antoine de Bourbon, prince du sang, et de Jeanne d'Albret, reine de Navarre. Sa mère, attachée à la Réforme, l'a fait élever dans la religion réformée et, dit-on, dans une rusticité voulue : le jeune prince a grandi mêlé aux enfants du pays, courant pieds nus dans les montagnes du Béarn, à Coarraze, plus qu'entouré des égards dus à son rang.

De cette enfance montagnarde, il a gardé, au dire de ceux qui l'approchent, une simplicité de manières et un franc-parler qui tranchent avec l'usage des cours, et qui lui valent, chez ses partisans comme chez nombre de ses adversaires, une popularité que peu de grands seigneurs du royaume peuvent revendiquer.

Un mariage de sang, en août 1572

Le 18 août 1572, à Paris, le jeune roi de Navarre épouse Marguerite de Valois, sœur du roi Charles IX — union voulue pour sceller la paix entre catholiques et protestants du royaume. Les cérémonies, célébrées selon des rites séparés pour ménager la conscience de chacun des époux, rassemblent dans la capitale l'élite du parti réformé, venue en nombre pour l'occasion.

Six jours plus tard éclate le massacre de la Saint-Barthélemy, où périt une grande partie de cette noblesse huguenote assemblée pour les noces. Le roi de Navarre lui-même n'échappe à la mort que par son rang de prince du sang. Retenu à la cour, il se voit contraint d'abjurer la religion réformée pour sauver sa vie, et demeure durant près de quatre années comme un prisonnier de qualité, admis dans les plaisirs de la cour mais tenu loin de toute affaire.

L'évasion et le retour à la Réforme, 1576

Le 5 février 1576, le roi de Navarre s'échappe de la cour et gagne le Béarn. Le 13 juin suivant, il abjure publiquement le catholicisme qu'on lui avait imposé et renoue avec la religion réformée. De ce jour, établi à Nérac, il devient le chef reconnu du parti protestant du royaume, rôle qu'aucun désaveu, depuis, ne lui a été contesté par les siens.

C'est cette même année 1584, à la mort du duc d'Anjou, dernier frère du roi Henri III, que le roi de Navarre se trouve désigné, par le seul jeu de la loi salique et faute d'héritier plus proche, comme premier prince du sang et héritier présomptif de la couronne de France — situation que la Ligue catholique, formée peu après, s'emploie depuis lors à combattre par tous les moyens, arguant qu'un prince hérétique ne saurait ceindre la couronne très chrétienne.

Le capitaine des guerres de religion

À la tête du parti réformé, Henri de Navarre s'est révélé homme de guerre autant que chef de parti. Le 20 octobre 1587, à Coutras, en Guyenne, il défait l'armée royale conduite par le duc de Joyeuse, tué dans l'affaire — première grande victoire rangée du parti huguenot dans ces guerres.

Devenu roi à la mort d'Henri III, assassiné le 1er août 1589 à Saint-Cloud, il doit aussitôt défendre sa couronne les armes à la main contre la Ligue, qui refuse de le reconnaître tant qu'il n'aura pas fait profession de la foi catholique. Le 21 septembre 1589, à Arques, près de Dieppe, ses troupes, très inférieures en nombre, tiennent en échec l'armée ligueuse du duc de Mayenne. Le 14 mars 1590, à Ivry, en Normandie, il remporte une victoire plus décisive encore sur les mêmes forces, chargeant lui-même à la tête de sa cavalerie, le panache blanc au chapeau, en criant à ses gens de le suivre à ce signe. Deux sièges de Paris, en 1590, n'ont cependant pas suffi à lui ouvrir les portes de sa capitale.

Un roi sans capitale, un roi sans sacre

Quatre ans après la mort d'Henri III, celui que ses partisans nomment roi de France n'a jamais logé au Louvre, jamais été sacré, et tient le gros de son royaume par les armes plutôt que par l'obéissance commune. La majorité catholique du pays lui refuse la couronne tant qu'il professe la religion réformée, et c'est ce blocage, plus que tout autre calcul, qui pesait sur les délibérations tenues ces derniers mois.

C'est dans ce contexte que le conseil du roi, réuni au printemps, puis les conférences tenues avec des théologiens et des prélats — parmi lesquels l'archevêque de Bourges, Renaud de Beaune — ont préparé l'instruction religieuse conclue hier à Saint-Denis.

Ce que pèse une nouvelle conversion

Reste à savoir ce que vaut, chez un homme qui a déjà changé deux fois de religion en vingt ans, une troisième inflexion. Ses partisans de toujours y voient la fin d'un exil politique imposé par les circonstances, non un reniement de conscience ; ses adversaires, dans le camp de la Ligue comme chez certains réformés que la nouvelle a consternés, y voient un calcul de pure nécessité, dicté par le seul état du siège où se trouve le royaume. Entre ces deux lectures, rien ne permet aujourd'hui de trancher, sinon les actes qui suivront.

Le contexte

Henri de Bourbon, roi de Navarre, est devenu premier prince du sang et héritier présomptif de la couronne de France à la mort du duc d'Anjou en 1584, faute d'héritier plus proche selon la loi salique.

Henri III, dernier roi de la maison de Valois, a été assassiné le 1er août 1589 à Saint-Cloud, laissant le roi de Navarre seul héritier légitime aux yeux du droit de succession.

La Ligue catholique refuse depuis 1589 de reconnaître un roi de religion réformée et lui oppose les armes.

Deux sièges de Paris, menés par le roi de Navarre en 1590, n'ont pas abouti à la reddition de la capitale.

État des informations

Ce portrait s'en tient à ce qui était connaissable du roi de Navarre jusqu'au 26 juillet 1593, au lendemain de son abjuration à Saint-Denis. Il ne préjuge d'aucune suite aux affaires du royaume.

Ce que l’on sait

  • Henri de Bourbon est né le 13 décembre 1553 à Pau, fils d'Antoine de Bourbon et de Jeanne d'Albret.
  • Il a épousé Marguerite de Valois le 18 août 1572 à Paris, six jours avant le massacre de la Saint-Barthélemy.
  • Retenu à la cour après la Saint-Barthélemy, il a été contraint d'abjurer le protestantisme, puis s'est évadé le 5 février 1576 et a publiquement renoué avec la religion réformée le 13 juin 1576.
  • Il a vaincu l'armée royale à Coutras le 20 octobre 1587, puis les forces de la Ligue à Arques le 21 septembre 1589 et à Ivry le 14 mars 1590.
  • Il a été reçu hier, 25 juillet 1593, dans l'Église catholique à la basilique de Saint-Denis par l'archevêque de Bourges, Renaud de Beaune.

Ce que l’on ignore

  • La part de conviction personnelle et la part de nécessité politique dans la décision de se convertir ne sont pas connues, et ne le seront peut-être jamais avec certitude.
  • Les conséquences de cette abjuration sur l'attitude de Paris et des villes tenues par la Ligue restent à voir.

Sources historiques utilisées

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Henri IV (roi de France) — Wikipédia

Biographie consultée pour la naissance (13 décembre 1553, Pau), la jeunesse béarnaise, le mariage du 18 août 1572, l'abjuration forcée de 1572, l'évasion et le retour au protestantisme (5 février et 13 juin 1576), l'accession au statut d'héritier en 1584, les batailles de Coutras, Arques et Ivry, et l'accession au trône à la mort d'Henri III (1er-2 août 1589).

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Abjuration d'Henri IV — Wikipédia

Déroulé de la cérémonie du 25 juillet 1593 à la basilique de Saint-Denis, présidée par l'archevêque de Bourges Renaud de Beaune, et contexte politique du siège dans lequel se trouvait le royaume.

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Henri IV (1553-1610) — Musée protestant

Synthèse biographique consultée pour recouper les dates de l'abjuration forcée de 1572, du retour au protestantisme en 1576, et de la carrière militaire du roi de Navarre à la tête du parti réformé.

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Reconstitution éditoriale

Portrait composé au lendemain immédiat de l'abjuration de Saint-Denis (26 juillet 1593), à partir des seuls faits connaissables jusqu'à cette date ; aucune anticipation des suites politiques du geste.

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