Un roi catholique : voilà l'obstacle levé
Un gentilhomme catholique, resté fidèle au sang plutôt qu'au parti, dit le soulagement des siens : ce qui les séparait du roi légitime tombe aujourd'hui à Saint-Denis. Tribune signée d'un homme du roi, que la rédaction publie sans la faire sienne.
Je suis de ces catholiques qui n'ont jamais douté que la couronne appartînt, par le sang, au prince de Béarn, et qui n'ont jamais pu se résoudre à le servir tant qu'il demeurait dans la religion réformée. Nous étions nombreux dans ce cas, et notre embarras n'était pas mince : reconnaître pour roi un homme séparé de l'Église, ou renier la loi qui fait le roi. Ce matin, à Saint-Denis, cet embarras cesse.
Que l'on m'entende bien : je n'écris pas dans la joie de qui aurait remporté une querelle. J'écris dans le soulagement, plus grave, de qui voit s'ôter la pierre contre laquelle butait sa conscience. Le roi entre au giron de l'Église romaine ; désormais un bon catholique peut le servir sans trahir ni sa foi ni son prince. C'est tout ce que beaucoup d'entre nous demandaient, et c'était beaucoup.
Le sang faisait le roi ; la religion nous en séparait
Depuis la mort du feu roi Henri, voici quatre ans, la loi salique désignait sans équivoque son successeur : le premier prince du sang, Henri de Bourbon. Nos parlements l'ont redit ; à Paris même, la cour a rappelé le mois dernier que les lois fondamentales de ce royaume ne se plient ni à l'élection d'une assemblée ni aux vœux d'un roi étranger. Le sang, donc, avait déjà tranché ce que tant de discours prétendaient rouvrir.
Restait la religion, et elle n'était pas un petit obstacle. Comment un royaume qui se veut le fils aîné de l'Église eût-il porté à sa tête un prince séparé d'elle ? Cette objection, je l'ai faite mienne, et je ne rougis pas de l'avoir faite : elle retenait, avec moi, quantité de gentilshommes et de villes qui ne demandaient qu'à rentrer dans le devoir. Nous n'étions pas des factieux ; nous étions des catholiques qui attendaient de pouvoir obéir sans se damner.
Voilà ce que la journée d'aujourd'hui dénoue. Ce que le sang avait joint, la foi ne le divise plus. Le prince que la loi nous donnait pour roi, l'Église nous le rend pour fils : il n'y a plus, entre lui et nous, ce mur qui faisait hésiter les mieux intentionnés.
On doute de la sincérité ; jugeons l'arbre à ses fruits
Je n'ignore pas ce que l'on murmure, et je ne veux pas feindre de ne l'avoir pas entendu. On dit que cette conversion vient trop à propos pour être franche ; que le roi cède au calcul plus qu'à la grâce ; qu'un homme qui a changé de créance selon les temps peut en changer encore. Ceux qui parlent ainsi ne sont pas tous de mauvaise foi, et je ne les traiterai pas en ennemis : la question qu'ils posent est grave, et il serait léger de la balayer d'un mot.
Je réponds seulement ceci : le cœur des princes, Dieu seul le lit, et il ne nous appartient pas d'en juger comme si nous y voyions. Ce qui nous est donné à voir, ce sont les actes. Le roi s'est instruit auprès de nos prélats, il a écouté, il a cédé sur la doctrine : qu'on le laisse maintenant faire ses preuves, et qu'on juge l'arbre à ses fruits, comme l'Évangile nous l'enseigne. Réclamer la sincérité parfaite avant tout service, c'est se condamner à ne servir jamais.
Pour ma part, je tiens qu'il vaut mieux un roi catholique dont quelques-uns suspectent le cœur qu'une guerre sans fin pour n'avoir pas voulu de lui. Les armes étrangères qui se mêlent de nos affaires, elles, ne suspectent rien : elles prennent. Entre un prince de notre sang qui se fait notre coreligionnaire et des soldats venus d'ailleurs pour nous donner un maître, mon choix est fait, et je ne crois pas qu'il déshonore ma foi.
Un espoir, non une certitude
Je me garderai bien de dire que tout est réglé de ce jour. Le royaume est encore partagé, les villes ne se rangeront pas toutes en une matinée, et je sais trop combien de rancunes, de deuils et d'intérêts se sont accumulés en ces années pour croire qu'une cérémonie les efface. On négocie, à Suresnes, une trêve dont j'ignore ce qu'elle donnera ; bien des choses restent suspendues que nul, ici, ne peut assurer.
Mais je dis que l'obstacle qui empêchait la paix de seulement se concevoir vient de tomber. Tant que le roi demeurait hors de l'Église, ceux qui lui résistaient au nom de la foi avaient un prétexte qu'on ne pouvait leur ôter. Ce prétexte n'est plus. Ce qui reste, ce sont des intérêts et des passions ; et cela, du moins, se traite entre hommes.
Je n'écris pas pour promettre la fin de nos maux, que je ne tiens pas dans ma main. J'écris pour dire à ceux qui, comme moi, aimaient également leur roi et leur religion, qu'ils n'ont plus à choisir entre les deux. C'est peu, diront certains. À qui a vécu ces quatre années, c'est le premier jour où la paix redevient une chose que l'on peut espérer sans renier sa conscience.