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À Saint-Denis, la foule crie « Vive le roi ! »

Au lendemain de l'abjuration du roi Henri, la petite ville de Saint-Denis ne désemplit pas. Autour de l'abbatiale où le roi a été reçu dans l'Église catholique, on se presse, on allume des feux, on répète le cri de « Vive le roi ! ». Reste à savoir si ce mouvement gagnera Paris et les villes que tient encore la Ligue.

Nicolas Fleury, chroniqueur 26 juillet 1593 5 min de lecture
Portrait équestre gravé d'Henri IV en armure, bâton de commandement à la main, armes vaincues au sol.
Atelier parisien, d'après un dessin attribué à Antoine Caron, « Henri IV à cheval » (v. 1600), Musée Carnavalet, Paris — domaine public, CC0 (Wikimedia Commons).

Depuis le dimanche 25 juillet, jour où le roi a fait son abjuration en l'abbaye de Saint-Denis, la ville ne s'est pas vidée. Ceux qui étaient venus voir passer le cortège sont restés, et d'autres sont arrivés des villages d'alentour. On se presse aux abords de l'abbatiale, on parle du roi, on répète ce qu'on a vu ou ce qu'on s'est fait redire.

Le mot qui court, et qu'on entend le plus, tient en trois mots : « Vive le roi ! » On l'a crié sur le passage du roi la veille ; on le crie encore aujourd'hui, aux carrefours et devant l'église. Une lassitude de tant d'années de guerre, de sièges et de disette semble ici trouver soudain de quoi espérer.

Nous rapportons ce que nous avons vu à Saint-Denis et ce qu'on nous a redit du dimanche. Nous marquons ce qui est tenu pour sûr et ce qui ne l'est encore qu'à demi, car d'une bouche à l'autre les récits ne s'accordent pas toujours.

Une ville pleine autour de l'abbatiale

On dit la foule du dimanche prodigieuse. Les rues par où le roi a passé étaient tendues et jonchées de fleurs, et le peuple, à ce qu'on rapporte, répétait sans fin le cri de « Vive le roi ! » tandis qu'il gagnait la grande église. Ce lundi encore, il faut jouer des coudes pour approcher de l'abbatiale.

Beaucoup, ici, ne cachent pas leur joie. Ce sont des gens du plat pays, des marchands, de menues gens des faubourgs, que la guerre a pressés et que les blés chers ont affamés. Ils voient dans ce qui vient de se faire l'espoir d'une paix et le retour d'un ordre. On allume des feux le soir, comme aux jours de réjouissance.

Ce que le roi a fait dimanche

Le roi, vêtu, dit-on, d'un pourpoint de satin blanc et d'un manteau noir, s'est présenté à la porte de l'abbatiale, précédé de ses gardes et de ses trompettes, entouré de princes, de grands seigneurs et d'officiers de la couronne. À la porte l'attendait l'archevêque de Bourges, monsieur de Beaune, qui a reçu son abjuration.

On rapporte que le prélat lui demanda qui il était, et que le roi répondit : « Je suis le roi. » Il a dit vouloir être reçu au giron de l'Église catholique, apostolique et romaine, a fait profession de la foi, et a reçu de l'archevêque l'absolution avant d'entendre la messe. Le pape n'a point paru en cette affaire ; c'est l'archevêque de Bourges et les prélats du royaume ralliés au roi qui l'ont reçu.

Le roi a ainsi quitté la religion réformée dans laquelle il avait été nourri et dont il était naguère le premier soutien dans le royaume. Voilà le fait ; on en pèsera longtemps la portée.

Paris, tout proche, n'a pas ouvert ses portes

À quelques lieues de là, Paris demeure aux mains de la Ligue et n'a rien ouvert. Le duc de Mayenne y tient toujours le parti catholique, et rien ne dit encore que la ville se rende au geste du roi. Entre Saint-Denis en liesse et Paris fermée, il n'y a que la distance d'une matinée de marche, et pourtant tout un monde.

La joie de Saint-Denis, si vive qu'elle soit, ne fait donc pas la paix. Le roi reste en guerre avec la Ligue, et les villes qu'elle tient — Paris la première — attendent, se taisent, ou raillent. On assure que des gens de la Ligue tiennent l'abjuration pour feinte et politique, non pour conversion du cœur ; ils redisent que le roi a déjà changé de foi par le passé. De ce côté-là, on ne crie pas « Vive le roi ! »

Du côté de ceux qui ont suivi le roi dans la religion réformée, l'humeur est autre. Beaucoup se taisent, plusieurs sont amers de voir leur chef quitter leur foi. Ils se demandent tout bas ce qu'il adviendra d'eux et de leurs Églises, à présent que le roi a passé de l'autre côté.

Un geste suffira-t-il à rallier les villes ?

C'est la question qui court de bouche en bouche à Saint-Denis. Le roi a ôté à la Ligue son grand argument, celui d'un prince hérétique qu'on ne pouvait recevoir. Reste à savoir si les villes qu'elle tient l'entendront ainsi, et si l'enthousiasme du peuple ici présent gagnera les murs de Paris.

On parle bien de pourparlers, de gens qui iraient et viendraient pour ménager quelque suspension d'armes autour de la capitale ; mais nous n'en tenons rien pour arrêté, et le donnons seulement pour un bruit qui court. À cette heure, la guerre n'est pas finie et nulle porte de ville ne s'est ouverte au nom de ce dimanche.

Le contexte

Henri de Navarre est devenu roi de France à la mort d'Henri III, assassiné à Saint-Cloud le 1er août 1589, mais la Ligue catholique lui refuse la couronne parce qu'il est de religion réformée.

Le roi a vaincu à Ivry en mars 1590 et tenu Paris assiégée, sans pouvoir emporter la ville, secourue par les Espagnols.

La Ligue, conduite par le duc de Mayenne, tient Paris et plusieurs grandes villes ; des états généraux ligueurs y ont même délibéré au printemps de donner la couronne à un autre prince.

Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, conduit les prélats du royaume ralliés au roi ; c'est lui, et non un envoyé de Rome, qui a reçu l'abjuration.

État des informations

Nous nous en tenons à ce qui est connaissable en ce lundi 26 juillet : l'abjuration faite la veille, l'accueil du peuple à Saint-Denis, et le fait que Paris et la Ligue n'ont rien cédé. Nous ne préjugeons ni du ralliement des villes, ni des suites de ce dimanche. Le détail de la cérémonie nous vient de récits que nous rapportons comme tels.

Ce que l’on sait

  • Le dimanche 25 juillet 1593, en l'abbaye de Saint-Denis, le roi Henri a fait profession de la foi catholique et reçu l'absolution de l'archevêque de Bourges, Renaud de Beaune.
  • Le pape n'a pris aucune part à cette cérémonie, reçue par les prélats du royaume ralliés au roi.
  • L'accueil du peuple à Saint-Denis a été chaleureux : foule nombreuse, rues tendues et jonchées de fleurs, cris de « Vive le roi ! », feux de joie.
  • Paris, tenue par la Ligue et le duc de Mayenne, n'a pas ouvert ses portes ; le roi reste en guerre avec le parti de la Ligue.

Ce que l’on ignore

  • Nul ne peut dire si les villes tenues par la Ligue, et Paris la première, se rallieront au roi après cette abjuration.
  • L'effet de ce geste sur les chefs de la Ligue et sur les puissances étrangères qui la soutiennent n'est pas connu à cette heure.
  • Le sort réservé aux réformés, aux Églises que le roi vient de quitter, demeure incertain.

Sources historiques utilisées

secondary

Abjuration d'Henri IV

Article Wikipédia (FR) consulté pour le déroulé de l'abjuration du 25 juillet 1593 à Saint-Denis, le rôle de l'archevêque de Bourges Renaud de Beaune, l'absence de Rome, l'accueil de la foule et le refus de la Ligue de reconnaître l'abjuration.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — À chaud, à Saint-Denis

Les formulations à chaud imitent la manière d'un feuillet de nouvelles du temps. L'affluence, la liesse et les propos rapportés sont restitués à partir des sources ci-dessus ; les détails de la cérémonie et les propos prêtés aux acteurs sont signalés comme rapportés, aucun n'étant tenu pour indubitable.

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