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Ce que dit le rituel de Saint-Denis

Au lendemain de la cérémonie, il vaut la peine de reprendre, geste après geste, ce qui s’est joué hier dans l’abbatiale : un dialogue au portail, un serment, une absolution, une messe. Chaque étape de ce rituel a un sens, et le choix même du lieu et de l’officiant n’a rien d’un hasard.

Guillaume Ferrand, chroniqueur 26 juillet 1593 7 min de lecture

La cérémonie d’hier ne s’est pas réduite à une déclaration du roi suivie d’une messe. Elle a suivi un ordre réglé, celui que l’Église romaine impose à quiconque revient dans son giron : un abjuration publique de l’hérésie, une profession de foi, un serment, puis une absolution qui seule ouvre la porte aux sacrements. Ce n’est qu’après ces étapes que le roi a pu entendre la messe et communier.

Reprendre ce déroulé n’est pas affaire de curiosité liturgique. Chaque geste avait un public à convaincre : les catholiques qui doutaient encore de la sincérité du roi, et les protestants qui voyaient dans cette journée un reniement. Le lieu choisi, l’homme qui a reçu le serment, l’heure même de la cérémonie répondent à ces deux publics à la fois.

Le dialogue du portail

Le roi s’est présenté à la porte de l’abbatiale, où l’attendait Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, entouré des prélats et docteurs convoqués pour l’examiner. Selon le récit qui en circule, l’archevêque lui aurait demandé qui il était et ce qu’il venait chercher, et le roi aurait répondu qu’il venait « vivre et mourir dans la religion catholique, apostolique et romaine » et demandait à y être reçu. Nous donnons cet échange pour ce qu’il est : la teneur qu’en a gardée un seul récit détaillé, non une sténographie prise sur le fait. Le roi portait, dit-on, un pourpoint de satin blanc sous un manteau noir — détail qui ne nous vient, lui aussi, que d’une seule plume.

C’est à ce portail que s’est jouée la part la plus publique de la journée : la foule amassée devant l’abbaye n’a rien perdu de la scène, quand bien même elle n’en entendait pas chaque mot. C’est là, et non dans le chœur, que le roi a été interrogé sur sa croyance et qu’il a promis, à genoux, de vivre et mourir dans la foi catholique.

De l’abjuration à la communion

Le roi a ensuite lu, à genoux devant l’archevêque, sa profession de foi et son abjuration du protestantisme, et prêté le serment de vivre et mourir dans la religion catholique. L’archevêque de Bourges lui a alors donné l’absolution, geste sans lequel aucun sacrement ne lui aurait été ouvert. On rapporte que le roi avait, dans les jours précédents, reçu l’instruction de plusieurs docteurs en théologie ; combien d’heures elle a duré n’est pas chose que nous tenions pour établie.

L’absolution reçue, le roi est entré dans l’abbatiale pour y entendre la messe, célébrée par l’archevêque, puis a communié des mains du même prélat. La journée s’est achevée par un sermon prononcé par Monseigneur de Beaune, puis par les vêpres. Du portail au dernier office du soir, c’est donc le même homme qui a conduit le roi d’un bout à l’autre du rituel.

Pourquoi Saint-Denis, et non Reims

Le choix de l’abbatiale de Saint-Denis n’est pas indifférent. C’est là que reposent, depuis des siècles, les rois de France défunts : peu de lieux du royaume portent aussi fortement la mémoire de la dynastie. Recevoir dans cette maison l’abjuration d’un roi que tant de catholiques disaient hérétique avait valeur de démonstration : c’est en présence de ses prédécesseurs, pour ainsi dire, qu’Henri a renoué avec l’Église de Rome.

Mais la raison la plus immédiate est plus prosaïque. C’est à Reims que les rois de France reçoivent depuis toujours l’onction du sacre, et l’on eût pu attendre que la cérémonie s’y tînt. La ville est cependant aux mains de la Ligue, comme Paris, et son archevêque, Nicolas de Pellevé, compte parmi les prélats les plus attachés au parti catholique dressé contre le roi. S’y rendre était hors de question ; Saint-Denis, proche de Paris et sous la garde des troupes royales, offrait à la fois la sûreté et la charge symbolique que Reims eût apportées si elle avait été accessible.

Pourquoi Renaud de Beaune officiait

Le choix de l’archevêque de Bourges pour recevoir ce serment n’est pas non plus laissé au hasard. Renaud de Beaune est de ces prélats qui, tout au long des troubles, ont gardé leur fidélité à la couronne sans jamais rallier la Ligue ; le roi l’a fait grand aumônier de France dès 1591. Nul autre évêque du royaume ne pouvait afficher pareille constance auprès de Sa Majesté.

Cette fidélité ne dispensait cependant pas de la question qui agite depuis hier les esprits les plus attentifs à ces matières : un archevêque de province a-t-il le pouvoir de délier de l’hérésie, charge que d’aucuns réservent au seul siège de Rome ? La question n’est pas tranchée à cette heure.

Le contexte

Henri de Navarre, devenu roi de France à la mort d’Henri III en août 1589, est protestant ; son accession au trône est contestée depuis quatre ans par le parti de la Ligue catholique, qui tient Paris et Reims.

Le roi avait déjà abjuré une première fois le protestantisme en 1572, au lendemain de la Saint-Barthélemy, avant de revenir à sa foi réformée quelques années plus tard.

Une assemblée de théologiens catholiques et protestants s’était réunie ces derniers mois pour instruire le roi et examiner sa demande de conversion.

État des informations

Nous nous en tenons à ce qui est connaissable au 26 juillet 1593 : le déroulé de la cérémonie d’hier, le choix du lieu et de l’officiant. Le détail du dialogue au portail et de la tenue du roi repose sur une source unique et doit être lu comme telle. Nous ne préjugeons ni de la réponse de Rome sur la validité de l’absolution, ni des suites politiques de cette journée.

Ce que l’on sait

  • Le 25 juillet 1593, à l’abbatiale de Saint-Denis, le roi Henri IV a abjuré le protestantisme entre les mains de Renaud de Beaune, archevêque de Bourges et grand aumônier de France.
  • La cérémonie a suivi un ordre réglé : interrogation au portail, profession de foi et serment, absolution, messe, communion, sermon et vêpres.
  • Reims, ville du sacre traditionnel des rois, est tenue par la Ligue et son archevêque, Nicolas de Pellevé, est acquis à ce parti ; la cérémonie ne pouvait s’y tenir.

Ce que l’on ignore

  • Le nombre d’heures qu’a duré l’instruction théologique préalable du roi n’est pas établi avec certitude.
  • La question de savoir si l’absolution donnée par un archevêque de province suffit, sans confirmation du Saint-Siège, reste discutée et n’a reçu aucune réponse à ce jour.

Sources historiques utilisées

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Abjuration d’Henri IV

Article Wikipédia (FR) consulté pour le déroulé liturgique du 25 juillet 1593 à Saint-Denis : interrogation au portail, profession de foi, absolution, messe, communion, sermon, vêpres, ainsi que pour le rôle de Renaud de Beaune.

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Basilique de Saint-Denis

Article Wikipédia (FR) consulté pour l’histoire de l’abbatiale comme nécropole des rois de France depuis Dagobert, éclairant la charge symbolique du lieu choisi pour la cérémonie.

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Reconstitution éditoriale — Décryptage à froid du rituel

La mise en perspective des étapes du rituel et l’explication du choix du lieu et de l’officiant imitent la manière d’un feuillet de nouvelles du temps qui reviendrait, le lendemain, sur le détail d’une cérémonie. Le dialogue du portail et les détails vestimentaires, reposant sur une source unique, sont signalés comme tels et non comme faits pleinement établis.

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