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Pourquoi le roi de Rome ne règne pas

En deux journées, l’espoir d’un trône transmis à l’enfant de Napoléon s’est défait. Récit de l’effondrement d’une régence, du 4 au 6 avril, et des forces qui l’ont emporté.

La rédaction des Échos du Passé 8 avril 1814 7 min de lecture

On avait cru, le 4 avril, qu’un nom suffirait à sauver la dynastie : celui du roi de Rome. En quarante-huit heures, ce nom a cessé d’être une solution pour redevenir un enfant de trois ans, sans couronne et sans pouvoir. Comment l’abdication d’abord consentie en sa faveur s’est-elle muée, le 6, en un renoncement sans réserve ? Le fil des événements, tel qu’on peut le reconstituer ces jours-ci à Paris et à Fontainebleau, éclaire ce retournement.

L’affaire ne s’est pas jouée sur un champ de bataille, mais dans le va-et-vient des plénipotentiaires entre Fontainebleau et les quartiers alliés. Et elle s’est dénouée, dit-on, par un mouvement de troupes survenu de nuit, à quelques lieues de la capitale, sur la route d’Essonnes.

L’espoir d’une régence (4 avril)

Le 4 avril, pressé par ses maréchaux qui jugeaient la lutte sans issue, l’Empereur s’est résolu à un acte qu’il avait jusque-là écarté : abdiquer. Mais il l’a fait sous condition. L’acte signé ce jour-là remet la couronne, non aux Bourbons ni aux Alliés, mais à son fils, le roi de Rome ; et il confie le gouvernement, durant la minorité de l’enfant, à l’Impératrice Marie-Louise, instituée régente.

Le calcul était double. Pour les puissances, on offrait la fin de Napoléon sans le bouleversement d’un changement de maison régnante. Pour l’armée et pour le pays, on conservait la continuité d’un Empire qu’avaient juré de défendre tant d’officiers et de fonctionnaires. La fille de l’empereur d’Autriche, mère du futur souverain, semblait de surcroît un gage propre à attendrir Vienne. Beaucoup, à Fontainebleau, ont tenu cette combinaison pour la planche de salut de la dynastie.

Restait à la faire agréer par les souverains coalisés, maîtres de Paris depuis quelques jours. C’est là que tout devait se décider.

La mission auprès du tsar

Pour porter l’acte conditionnel et plaider la cause de l’enfant, l’Empereur a désigné des hommes considérables : le duc de Vicence, Caulaincourt, son grand écuyer et négociateur de confiance, accompagné des maréchaux Ney et Macdonald. Ils se sont rendus auprès de l’empereur Alexandre, sur qui, plus que sur tout autre, paraissait reposer la décision.

Les premiers échos de cette entrevue donnaient quelque espérance. Le tsar, dit-on, ne se montrait pas fermé à l’idée d’une régence. Tant qu’il pouvait croire l’armée impériale tout entière rangée derrière son chef, encore nombreuse et résolue, il y avait matière à ménagement : on ne traite pas de la même manière avec une force intacte qu’avec une cause abandonnée. La régence du roi de Rome tenait à ce fil — à la conviction que l’armée, elle, n’avait pas renoncé.

C’est précisément ce fil qui a cédé.

La défection qui brise tout

Le maréchal Marmont, duc de Raguse, commandait le 6e corps, posté en avant de Paris du côté d’Essonnes. Or, dans ces mêmes journées, des arrangements ont été pris entre lui et le commandement allié — on parle d’une convention signée le 4 — par lesquels son corps devait quitter ses positions et passer derrière les lignes ennemies, en direction de Versailles puis de la Normandie.

Le mouvement s’est accompli de nuit. Au matin, tandis que les plénipotentiaires plaidaient encore la régence, la nouvelle est parvenue au tsar, portée, assure-t-on, par un envoyé du prince de Schwarzenberg : le 6e corps avait bel et bien abandonné ses positions et rejoint les Alliés. L’effet fut immédiat. Ce que les négociateurs présentaient comme une armée fidèle se révélait au même instant capable de défection. Dès lors, à quoi bon garantir un trône à l’enfant au nom d’une force qui se débandait ? La régence perdait son objet.

Les conditions tombèrent les unes après les autres. Le 6 avril, l’Empereur a signé une nouvelle abdication — celle-ci sans réserve ni condition, ne stipulant plus rien en faveur de son fils. Entre les deux actes, deux journées et le passage, de nuit, d’un corps d’armée.

Que penser de la conduite du maréchal de Raguse ? On l’accuse déjà tout haut de trahison ; lui, à ce que l’on rapporte, invoquerait le souci d’épargner Paris et d’arrêter une effusion de sang devenue inutile. La rédaction se garde de trancher un débat qui passionne et divise. Ce qui est certain, c’est l’acte et sa portée : le départ de ce corps a ôté aux négociateurs leur principal argument, et avec lui la couronne de l’enfant.

Le contexte

Les armées coalisées sont entrées dans Paris à la fin de mars ; la capitale a capitulé, et les souverains alliés y séjournent.

L’Empereur s’est retiré à Fontainebleau avec ce qui lui reste de troupes, tandis que se négocie son sort.

Le roi de Rome, fils unique de Napoléon et de Marie-Louise, n’a que trois ans ; sa mère, l’Impératrice, est fille de l’empereur d’Autriche François Ier.

C’est sur l’empereur de Russie Alexandre Ier que paraît peser, plus que sur les autres souverains, la décision quant à l’avenir de la France et de la dynastie impériale.

État des informations

Cette analyse s’en tient à ce qui est connaissable au 8 avril 1814 et ne préjuge en rien des suites — ni du sort des personnes, ni des arrangements à venir. Elle ne tranche pas les intentions du maréchal de Raguse, encore en discussion.

Ce que l’on sait

  • Le 4 avril, l’Empereur a signé une abdication conditionnelle au profit de son fils, le roi de Rome, avec la régence de l’Impératrice Marie-Louise.
  • Caulaincourt, Ney et Macdonald ont été envoyés auprès du tsar Alexandre pour faire agréer cette régence.
  • Le 6e corps du maréchal Marmont a quitté ses positions d’Essonnes et est passé du côté des Alliés ; un arrangement passé avec le commandement coalisé est attribué à cette défection.
  • Le 6 avril, l’Empereur a signé une abdication sans condition, ne réservant plus rien à son fils.

Ce que l’on ignore

  • Le sort réservé à la personne de Napoléon n’est pas encore arrêté.
  • L’avenir du roi de Rome et de l’Impératrice Marie-Louise demeure incertain : nul ne sait s’ils conserveront un rang, un établissement, ni lequel.
  • La forme exacte du gouvernement qui s’établira en France n’est pas connue à cette date.
  • L’enchaînement précis des messages reçus par le tsar dans la matinée décisive repose sur des récits encore à recouper.

Sources historiques utilisées

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Abdication de Fontainebleau — encyclopédie Wikipédia

Notice consultée pour la chronologie : abdication conditionnelle du 4 avril 1814 en faveur du roi de Rome avec régence de Marie-Louise ; mission de Caulaincourt auprès d’Alexandre Ier ; abdication sans condition du 6 avril consécutive à la défection de Marmont. Les éléments postérieurs au 8 avril (sort de l’Empereur, traité, suites politiques) ont été écartés comme non connaissables à la date.

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Auguste Frédéric Viesse de Marmont — encyclopédie Wikipédia

Notice recoupée pour le commandement du 6e corps posté du côté d’Essonnes et le fait que la défection de ce corps a contraint Napoléon à l’abdication sans condition. La controverse sur les mobiles de Marmont (trahison ou volonté d’épargner Paris) est rapportée comme débattue, non tranchée.

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La convention de Chevilly du 4 avril 1814 — Ville de Chevilly-Larue, et recherches recoupées

Consultée pour la convention du 4 avril entre Schwarzenberg et Marmont, le départ nocturne du 6e corps d’Essonnes vers Versailles, et la manière dont la nouvelle, parvenue au tsar le matin par un envoyé de Schwarzenberg, a fait écarter la régence et imposer l’abdication sans condition. Le séquençage horaire précis est donné comme reposant sur des récits à recouper.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — l’effondrement de la régence du roi de Rome (4-6 avril 1814)

Analyse composée pour « Les Échos du Passé ». Les formulations à chaud imitent un média parisien du 8 avril 1814 : on distingue l’abdication conditionnelle du 4 et l’abdication sans condition du 6 sans rien préjuger des suites, et l’on s’abstient de qualifier l’acte du 4 de « première » abdication. Les mobiles de Marmont sont rapportés comme objet de débat ; le sort du roi de Rome et de Marie-Louise est laissé ouvert.

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