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Le duc de Raguse : de Toulon à Essonnes, vingt ans au service de l’Aigle

Compagnon de Bonaparte depuis le siège de Toulon, maréchal d’Empire, gouverneur de Raguse, défenseur de Paris — Auguste de Marmont était l’un des hommes les plus proches de l’Empereur. Le mouvement de son 6e corps à Essonnes, dans la nuit du 5 au 6 avril, a sidéré la capitale. Que s’est-il passé ? Nul ne peut, ce matin, répondre avec certitude.

Notre correspondant militaire 8 avril 1814 6 min de lecture

Il y a des noms qui se portent comme une gloire, et d’autres qui deviennent soudain une question. Celui du duc de Raguse, maréchal Auguste de Marmont, est de ces derniers depuis quelques jours. Hier encore symbole de la fidélité aux armes impériales, il est aujourd’hui au centre d’une rumeur qui court les faubourgs et les salons avec la même véhémence. Les Échos du Passé ont souhaité rappeler qui est cet homme avant que le tumulte des événements n’efface les faits.

Le compagnon des premières heures

Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont est né le 20 juillet 1774 à Châtillon-sur-Seine, dans une famille de petite noblesse bourguignonne. Son père, ancien officier et maître de forges, lui fit embrasser le métier des armes dès l’adolescence. C’est au siège de Toulon, en décembre 1793, que le jeune lieutenant Marmont rencontra pour la première fois le capitaine Bonaparte : il fut placé sous ses ordres directs lors de l’assaut qui emporta la ville le 17 décembre, et y gagna son grade de capitaine.

De cette première rencontre naquit une amitié militaire qui traversa l’Italie — Lodi, Castiglione — puis l’Égypte, où Marmont prit part à la capture de Malte et débarqua à Alexandrie. L’Égypte faite, les campagnes se succédèrent : général de division en 1800, général en chef de l’armée de Hollande en 1804, il reçut en récompense de sa victoire à Znaïm, en juillet 1809, le bâton de maréchal sur le champ de bataille lui-même — honneur insigne.

Nommé gouverneur général de la Dalmatie dès 1806, il avait été créé duc de Raguse en 1808, titre qu’il portait avec un orgueil manifeste. Les Illyriennes lui durent des routes, des institutions, une administration moderne : « Marmont est monté à cheval, et quand il est descendu, elles étaient terminées », dit-on encore là-bas de ses chantiers. C’est cet homme-là — vingt ans de campagnes, de Toulon à l’Illyrie — dont Paris discute aujourd’hui le geste.

Le défenseur de Paris

Le 30 mars dernier, lorsque les armées alliées déferlèrent sur les faubourgs de la capitale, c’est Marmont qui tint le secteur de Montreuil à Pantin avec son 6e corps — quelque huit mille hommes face à des forces que l’on estime quatre fois supérieures. Toute la journée, son monde résista, disputant chaque village, chaque hauteur, au prix d’un sang versé en abondance. À dix-sept heures trente, le maréchal demanda une suspension d’armes et signa la capitulation qui permettait aux troupes françaises d’évacuer avec leur artillerie et de se replier vers Fontainebleau.

Ceux qui l’ont vu ce soir-là rapportent un homme épuisé mais debout, conscient d’avoir fait tout ce qu’il était humainement possible. Les témoignages concordent sur ce point : à Paris, dans la nuit du 30 au 31 mars, personne ne songea à lui reprocher quoi que ce fût. Sa conduite ce jour-là lui avait, au contraire, valu l’estime des officiers qui servaient à ses côtés.

Les jours suivants, son corps se regroupa à Essonnes, tenant une position avancée au sud de la capitale. C’est là que tout a basculé.

Essonnes et la rumeur

Dans la nuit du 4 au 5 avril, une partie au moins des généraux de division du 6e corps — le général Souham à leur tête, selon les informations parvenues à notre rédaction — a fait traverser l’Essonne à leurs troupes pour les conduire vers les lignes alliées, en vertu d’un accord passé avec le prince de Schwarzenberg. Le maréchal Marmont, qui se trouvait alors à Paris pour des négociations dont les conditions exactes nous sont encore inconnues, aurait tenté, en apprenant la nouvelle, de faire suspendre ce mouvement. Il était trop tard.

Le 6 avril, une convention portant la date du 4 a été signée — ou contresignée — avec le quartier général autrichien. Le 6e corps, fort d’environ vingt mille hommes selon les estimations qui circulent, a passé à l’adversaire. C’est cette disparition de la réserve de Fontainebleau qui a, dit-on, précipité les événements que nous relatons par ailleurs dans ce numéro.

Les circonstances précises de cet accord restent, ce matin du 8 avril, très obscures. Marmont a-t-il tout ordonné, tout consenti, ou tout subi d’une initiative de ses généraux qui le plaçait devant le fait accompli ? Les versions sont contradictoires selon les sources. Certains avancent qu’il était épuisé et convaincu que la cause était perdue depuis la prise de Paris ; d’autres affirment qu’il agissait par conviction politique, estimant que le salut de la France exigeait de ne plus sacrifier ses soldats ; d’autres encore évoquent des pressions ou des engagements antérieurs dont la nature nous échappe. La vérité de l’homme, à cette heure, ne peut être tranchée.

Ce qui est certain, c’est que dans les rues de Paris, un mot court déjà : on entend dire qu’il faudrait désormais employer le verbe « raguser » pour signifier une chose qu’on n’ose pas encore nommer trop directement. Ce néologisme — si l’on peut l’appeler ainsi, né d’hier à peine — dit la vivacité d’une opinion populaire que l’obscurité des faits n’empêche pas de se former. Mais un journal digne de ce nom ne saurait confondre la rumeur de la rue avec le jugement de l’histoire. Les Échos du Passé rappellent à leurs lecteurs que les circonstances de la nuit d’Essonnes ne sont pas établies, et que le maréchal Marmont n’a, à ce jour, donné aucune explication publique.

Le contexte

Auguste de Marmont (1774-1852), duc de Raguse depuis 1808, maréchal d’Empire depuis juillet 1809, est l’un des compagnons les plus anciens de Napoléon Bonaparte, qu’il connut au siège de Toulon en décembre 1793.

Gouverneur général de Dalmatie (1806-1811) puis des Provinces illyriennes, il fut grièvement blessé à la bataille de Salamanque en juillet 1812.

Le 30 mars 1814, il commanda la défense de Paris sur le secteur nord-est (Montreuil, Pantin, Romainville) avec le 6e corps avant de signer la capitulation le soir même.

Son corps se replia à Essonnes après la chute de Paris. Dans la nuit du 4 au 5 avril, sous le commandement effectif du général Souham, les troupes du 6e corps traversèrent l’Essonne et rejoignirent les lignes de la coalition.

État des informations

Les Échos du Passé s’en tiennent à ce qui est connaissable à la date du 8 avril 1814. Les événements de la nuit du 4 au 5 avril font l’objet de versions contradictoires ; cet article ne prétend pas les arbitrer. Le jugement définitif sur les actes et les intentions du maréchal Marmont appartient à la postérité, non à l’édition de ce jour.

Ce que l’on sait

  • Marmont a commandé la défense de Paris le 30 mars 1814 avec le 6e corps, avant de signer la capitulation en soirée.
  • Les troupes du 6e corps ont traversé l’Essonne dans la nuit du 4 au 5 avril sous le commandement du général Souham.
  • Une convention a été conclue avec le prince de Schwarzenberg, datée du 4 avril et signée le 6.
  • Le 6e corps a rejoint les lignes de la coalition alliée, privant Fontainebleau d’une réserve importante.

Ce que l’on ignore

  • Le rôle exact de Marmont dans la décision : a-t-il donné l’ordre initial, consenti après coup, ou été mis devant le fait accompli par ses généraux ?
  • La teneur précise des négociations entre Marmont et le quartier général autrichien, et leur calendrier exact.
  • La nature des engagements éventuellement pris avant le 30 mars avec les envoyés de la coalition.
  • La position publique que Marmont entend défendre : il n’a fait, à ce jour, aucune déclaration publique.

Sources historiques utilisées

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Auguste Frédéric Viesse de Marmont — Wikipédia (FR)

Article biographique de référence : origines, carrière, gouvernorat d’Illyrie, blessure de Salamanque, défense de Paris, convention d’Essonnes. Consulté pour croiser les dates et les faits.

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Grand dictionnaire universel du XIXe siècle (Larousse) — article MARMONT, via Wikisource

Source contemporaine du XIXe siècle citant expressément le néologisme « raguser » : « Dans les rues, on avait fait un mot du nom de Raguse : on disait raguser pour tromper. » Attestation précieuse de la réception immédiate.

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Bataille de Paris (1814) — Wikipédia (FR)

Détails sur le secteur Montreuil-Pantin, les effectifs du 6e corps, la capitulation du 30 mars signée par Marmont.

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Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Cet article imite la forme d’un portrait de presse du début du XIXe siècle. Les formulations à chaud, les incertitudes sur les motivations et la mention prudemment conditionnelle de la rumeur « raguser » sont des partis pris éditoriaux visant à restituer ce qui était connaissable et débattu au 8 avril 1814, sans livrer de verdict que l’époque n’avait pas encore rendu.

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