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Marie-Louise, entre son père et son époux

Fille de l’empereur d’Autriche, épouse de l’Empereur des Français, mère d’un roi de Rome de trois ans : en quatre années, l’archiduchesse de Vienne a été tout ce que l’Europe compte de grand, et voici qu’elle n’est plus rien de cela. Régente déchue, elle a quitté les Tuileries pour Blois, puis Orléans, et se trouve à cette heure aux mains des siens. Le traité signé à Fontainebleau lui donne sur le papier trois duchés d’Italie ; nul ne sait encore ce qu’elle en fera.

Notre correspondant aux Tuileries 22 avril 1814 7 min de lecture

On ne la voit plus. Depuis que les berlines de la cour ont quitté Paris à la fin du mois dernier, l’impératrice n’est pour la capitale qu’un nom porté par des nouvelles venues de la Loire, souvent tardives, parfois contredites d’un jour à l’autre. Ce que l’on sait d’elle, on l’apprend par des lettres, des voyageurs, des dépêches recopiées de main en main. Nous rassemblons ici ce qui peut l’être, en avertissant le lecteur que la personne dont nous parlons se trouve, à l’heure où nous écrivons, hors de notre vue.

Marie-Louise n’aura eu que peu de temps pour apprendre son métier de souveraine. Portée au trône à dix-huit ans par un mariage arrangé entre deux empires, mère l’année suivante d’un héritier salué par cent un coups de canon, régente à deux reprises, elle se voit aujourd’hui, à vingt-deux ans, dépouillée de tout ce que ces titres promettaient. Fille du vainqueur, femme du vaincu, elle porte en elle la contradiction de cette guerre.

L’archiduchesse de Vienne

Marie-Louise est née le 12 décembre 1791 à Vienne, fille aînée de François, alors héritier des couronnes des Habsbourg, aujourd’hui empereur d’Autriche sous le nom de François Ier. Elle a grandi dans une cour qui vit dans la France révolutionnaire, puis dans Napoléon, l’adversaire des campagnes d’Italie, d’Austerlitz et de Wagram. On l’éleva, dit-on, dans une défiance instinctive à l’égard de l’homme qui devait devenir son époux.

C’est la politique qui décida de tout. Après que l’Empereur eut fait prononcer, à la fin de 1809, la dissolution de son mariage avec l’impératrice Joséphine, il fallait à l’Empire un héritier et une alliance. Le prince de Metternich, ministre de l’empereur d’Autriche, mena l’affaire du côté de Vienne. Le mariage fut célébré par procuration le 11 mars 1810 dans la capitale autrichienne, l’archiduc Charles tenant la place de l’époux absent ; puis vinrent, en France, l’union civile à Saint-Cloud le 1er avril et la cérémonie religieuse au Louvre le lendemain.

Le 20 mars 1811 naquit le fils tant attendu, aussitôt proclamé roi de Rome. On rapporte que l’accouchement fut difficile et que l’Empereur, interrogé par le médecin Dubois sur qui, de la mère ou de l’enfant, il fallait sauver d’abord, aurait répondu : « Sauvez la mère. » L’enfant vint pourtant au monde vivant, et la dynastie parut assurée. Ainsi cette femme réunissait en elle, depuis quatre ans, les deux camps de l’Europe en guerre : fille du souverain qui compte aujourd’hui parmi les vainqueurs, épouse de celui qui vient d’abdiquer.

Régente, deux fois

Marie-Louise n’a pas été qu’une épouse de représentation. À deux reprises, l’Empereur lui a confié la régence de l’Empire quand la guerre l’appelait aux armées. La première fois au printemps de 1813, lorsqu’il partit pour la campagne de Saxe ; la seconde le 23 janvier de cette année, à la veille de rejoindre l’armée qui devait défendre la France envahie.

On sait que l’Empereur fit ses adieux aux siens au matin du 25 janvier, avant de quitter Paris pour ne plus y revenir. La régence de l’impératrice, entourée d’un conseil, dura le temps que dura la campagne de France, jusqu’à l’entrée des Alliés dans la capitale.

Lorsque, acculé à Fontainebleau, l’Empereur renonça au trône, il tenta d’abord de le faire au profit de son fils. L’acte du 4 avril était une abdication sous condition : il cédait la couronne au roi de Rome, sa mère demeurant régente. Cette combinaison ne tint que deux jours. La défection du corps d’armée d’Essonnes ayant ôté à l’Empereur ses derniers moyens, il dut signer le 6 avril un acte sans condition, où le nom de son fils ne figure plus. La régence de Marie-Louise s’est éteinte avec cette signature.

L’exode d’une cour

Le départ de l’impératrice remonte aux tout derniers jours de mars, à l’approche des armées coalisées. On rapporte qu’il fallut, le 28 et le 29, une longue file de berlines pour emmener la souveraine, le petit roi, Madame Mère, le conseil de régence et une escorte, avec des fourgons chargés d’une partie du trésor impérial. La cour se transportait ainsi, sans savoir au juste où elle s’arrêterait.

Elle gagna Blois, où elle arriva le 2 avril — le jour même où s’achevaient ses quatre années de mariage. La ville de la Loire devint pour quelques jours une capitale de fortune, siège d’un gouvernement sans pouvoir réel. De là, l’impératrice se porta ensuite vers Orléans, puis vers Rambouillet.

On rapporte qu’à Orléans des fidèles la pressèrent de ne pas s’éloigner davantage, de revenir vers Paris et de faire valoir les droits de son fils tant que la régence pouvait encore se défendre. Le bruit en court sans que nous puissions dire ce qu’elle répondit ni ce qui fut décidé. Ce qui paraît assuré, c’est que la marche se poursuivit vers l’ouest, et que son père, l’empereur d’Autriche, vint la rejoindre. On donne pour cette entrevue la date du 16 à Rambouillet, mais elle n’est pas assurée. L’impératrice se trouve désormais dans l’entourage des souverains alliés.

Ce que le traité lui accorde

Le traité conclu à Fontainebleau n’a pas oublié l’impératrice. Son article cinquième lui attribue les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla, « en toute propriété et souveraineté », et dispose que son fils en portera le titre et le nom de prince de Parme. À cela s’ajoute, sur les rentes prévues par le traité, une part réversible d’un million de francs. Sur le papier, la fille de l’empereur d’Autriche reçoit donc un établissement princier en Italie et de quoi le tenir.

Reste ce que le papier ne dit pas. Quand l’impératrice entrerait-elle en jouissance de ces duchés ? Par quelles mains, et sous quelle garantie ? Rien de tout cela n’est réglé. Le sort des territoires italiens se discute encore entre les cabinets, et l’on assure que l’affaire de Parme est loin d’être close.

Il y a plus. On rapporte que l’Empereur, dès avant la signature, écrivait à sa femme de ne pas s’en tenir à ces duchés : « Écris à ton père et demande-lui de te donner la Toscane. » Le mot, s’il est exact, dit assez que rien n’est arrêté dans les esprits, et que l’établissement promis à Marie-Louise demeure, à cette heure, une matière à négocier plutôt qu’une possession acquise.

De quel côté ?

Reste la question que tout Paris se pose à voix basse : où ira l’impératrice, et de quel côté se rangera-t-elle ? On annonce un prochain départ pour l’Autriche ; le voyage se ferait vers la fin du mois, mais il n’est encore qu’un projet, et nul ne sait s’il s’accomplira dans les termes qu’on en donne.

Certains, dans son entourage, assurent qu’elle voudrait rejoindre l’Empereur là où on l’assignera. D’autres tiennent qu’une fille de Habsbourg, une fois rendue aux siens, ne quittera plus la maison de son père. On rapporte les deux propos sans pouvoir trancher entre eux ; ils tiennent, l’un comme l’autre, à ce que chacun prête à cette femme plutôt qu’à ce qu’elle a dit.

Ce qui est sûr, c’est qu’à vingt-deux ans, l’archiduchesse de Vienne devenue impératrice des Français se trouve placée entre un père qui vient de vaincre et un époux qui vient de tomber, avec un enfant de trois ans qui fut, l’espace de deux jours, empereur en titre. De quel côté penchera-t-elle ? Nul ne le sait encore.

Le contexte

Marie-Louise d’Autriche, née le 12 décembre 1791 à Vienne, est la fille aînée de François Ier, empereur d’Autriche. Elle a épousé Napoléon en 1810 (procuration à Vienne le 11 mars, cérémonies en France les 1er et 2 avril).

Elle est mère du roi de Rome, né le 20 mars 1811, âgé de trois ans.

Investie de la régence une première fois en 1813, elle l’a été de nouveau le 23 janvier 1814, avant le départ de Napoléon pour l’armée le 25 janvier.

L’abdication conditionnelle du 4 avril 1814 la faisait régente au nom de son fils ; l’acte sans condition du 6 avril a écarté le roi de Rome de la succession.

La cour a quitté les Tuileries à la fin de mars pour Blois, puis Orléans et Rambouillet, où l’empereur d’Autriche a rejoint sa fille.

Le traité de Fontainebleau attribue à l’impératrice les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla.

État des informations

Cet article est rédigé au 22 avril 1814. L’impératrice ayant quitté Paris, la rédaction ne la connaît que par des nouvelles rapportées, parfois incertaines quant aux dates. L’édition s’en tient à ce qui est connaissable à cette date : elle expose les clauses du traité sans préjuger de leur exécution, et laisse ouverte la question du parti que prendra Marie-Louise.

Ce que l’on sait

  • Marie-Louise, née à Vienne le 12 décembre 1791, est la fille de l’empereur d’Autriche François Ier et l’épouse de Napoléon depuis 1810.
  • Elle est la mère du roi de Rome, né le 20 mars 1811.
  • Elle a exercé la régence en 1813, puis de nouveau à partir du 23 janvier 1814.
  • L’acte d’abdication du 6 avril 1814, sans condition, a écarté son fils de la succession, mettant fin à sa régence.
  • La cour a quitté Paris à la fin de mars et gagné Blois le 2 avril, avant de poursuivre vers Orléans puis Rambouillet.
  • Le traité de Fontainebleau lui attribue, par son article 5, les duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla en toute propriété et souveraineté, le titre étant destiné à son fils, avec une rente réversible d’un million de francs.

Ce que l’on ignore

  • Le moment et les modalités de son entrée en jouissance effective des duchés italiens, dont le sort se négocie encore entre les cabinets alliés.
  • La date exacte de la rencontre avec son père à Rambouillet, donnée pour le 16 sans certitude.
  • La réalité et le calendrier du départ annoncé pour l’Autriche, qui n’est encore qu’un projet.
  • Ce que l’impératrice compte faire, et le camp vers lequel elle inclinera entre son père et son époux.

Sources historiques utilisées

primary

Traité de Fontainebleau (1814), texte intégral — Wikisource

Texte du traité consulté pour l’article 5 : attribution à l’impératrice des duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla « en toute propriété et souveraineté », transmission du titre à son fils, rente réversible d’un million. Le traité fixe le droit ; l’entrée en jouissance effective, non réglée par le texte, a été laissée en incertitude.

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Marie-Louise d’Autriche — Wikipédia (français)

Consulté pour la biographie : naissance le 12 décembre 1791, mariage de 1810 (procuration du 11 mars, cérémonies des 1er-2 avril), naissance du roi de Rome le 20 mars 1811, régences de 1813 et du 23 janvier 1814, exode de mars-avril 1814, rencontre avec le père à Rambouillet, projet de départ pour l’Autriche. Tout élément postérieur à avril 1814 a été écarté comme non connaissable à la date.

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Aujourd’hier

Ce portrait imite la forme d’un article de presse parisien du 22 avril 1814. Les formulations à chaud, la prudence sur les dates rapportées de la Loire et la question laissée ouverte du camp de l’impératrice sont des partis pris éditoriaux visant à restituer ce qui était connaissable à cette date, sans livrer un verdict que l’époque n’avait pas encore rendu.

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