L’Empereur a abdiqué
À Fontainebleau, Napoléon a renoncé au trône. Après une première renonciation, dimanche, en faveur de son fils, l’Empereur a signé avant-hier un acte sans condition ni réserve. La couronne de France est vacante ; le sort de celui qui la portait demeure, à cette heure, suspendu.
La nouvelle, attendue et redoutée tout ensemble, est désormais certaine : l’Empereur a abdiqué. L’acte, signé en son palais de Fontainebleau, est parvenu hier à Paris, où il s’imprime. En quelques lignes, celui qui régnait depuis dix ans sur la France a déposé la couronne pour lui et pour les siens.
Ce dénouement n’a pas été d’un seul trait. Il s’est joué en deux temps, à trois jours d’intervalle, et c’est dans cet intervalle que se tient tout le drame de la semaine. Une première renonciation, conditionnelle, en faveur du fils de l’Empereur ; puis, l’espérance d’un arrangement s’étant effondrée, une renonciation entière et sans réserve.
Paris, occupé par les armées alliées depuis le 31 mars et détaché de son serment par le Sénat le 2 avril, n’attendait plus que le mot de Fontainebleau. Ce mot est venu.
Le 4 avril : abdiquer pour le fils, non pour la dynastie
On rapporte que, dans la matinée du 4 avril, l’Empereur eût encore voulu marcher sur la capitale. Réunis autour de lui, ses maréchaux s’y sont opposés. On leur prête cette parole, ou son équivalent : l’armée ne marchera pas. Ney aurait porté la voix de ses pairs ; à ses côtés, dit-on, Lefebvre, Oudinot, Macdonald. Refus de pousser plus avant une guerre que l’entrée de l’ennemi dans Paris a, à leurs yeux, déjà tranchée.
C’est ce même jour que l’Empereur signe un premier acte. Il s’y déclare prêt à abdiquer en faveur de son fils, le roi de Rome, avec la régence de l’Impératrice — mais à une condition : que les puissances étrangères reconnaissent Napoléon II. La couronne ne quitterait donc pas la maison impériale ; elle passerait à l’enfant. Des plénipotentiaires sont aussitôt dépêchés pour porter cette offre aux souverains alliés et négocier ce qui s’ensuivrait.
Tout, en cette renonciation du 4 avril, tenait à un mot : « sous réserve ». L’Empire pouvait survivre à l’Empereur, pourvu qu’on accordât le trône à son héritier.
Essonnes : l’espérance brisée
L’arrangement n’a pas tenu. Dans l’intervalle, le corps placé à Essonnes, sous le commandement du maréchal Marmont, duc de Raguse, est passé du côté des Alliés. Cette défection a découvert la position de Fontainebleau et privé la négociation de tout poids.
Privé de cette troupe, l’Empereur n’avait plus de quoi appuyer ses conditions. Les souverains alliés, dit-on, n’ont plus voulu entendre parler de régence ni de roi de Rome. La couronne pour le fils : l’affaire était morte.
Le 6 avril : la renonciation sans condition
Le 6 avril, l’Empereur a signé un second acte, et celui-là sans condition ni réserve. Il y renonce, pour lui et pour ses héritiers, aux trônes de France et d’Italie. Le nom du roi de Rome n’y figure plus. Ce n’est plus l’Empire qui passe à l’enfant : c’est la couronne qui tombe des mains de toute la maison.
On dit l’acte court, sec, dépouillé de tout. Là où celui du 4 avril plaidait encore, celui du 6 se contente de renoncer. Entre les deux, il y a la distance de la dernière carte abattue à la table vide.
Reste la question que nul, à cette heure, ne peut trancher : qu’adviendra-t-il de la personne de l’Empereur ? On parle de pourparlers, on cite des plénipotentiaires, on attend un traité. Mais rien n’est arrêté, rien n’est connu. Le sort de Napoléon — où il vivra, sous quel titre, avec quels moyens — demeure suspendu aux conventions que les Alliés voudront bien lui consentir.