← Retour à l’édition À la une

L’Empereur a abdiqué

À Fontainebleau, Napoléon a renoncé au trône. Après une première renonciation, dimanche, en faveur de son fils, l’Empereur a signé avant-hier un acte sans condition ni réserve. La couronne de France est vacante ; le sort de celui qui la portait demeure, à cette heure, suspendu.

La rédaction 7 avril 1814 6 min de lecture
Napoléon assis dans son cabinet du château de Fontainebleau, accablé.
Paul Delaroche, « Napoléon à Fontainebleau, 31 mars 1814 » (1846), Royal Collection, Windsor — domaine public (Wikimedia Commons).

La nouvelle, attendue et redoutée tout ensemble, est désormais certaine : l’Empereur a abdiqué. L’acte, signé en son palais de Fontainebleau, est parvenu hier à Paris, où il s’imprime. En quelques lignes, celui qui régnait depuis dix ans sur la France a déposé la couronne pour lui et pour les siens.

Ce dénouement n’a pas été d’un seul trait. Il s’est joué en deux temps, à trois jours d’intervalle, et c’est dans cet intervalle que se tient tout le drame de la semaine. Une première renonciation, conditionnelle, en faveur du fils de l’Empereur ; puis, l’espérance d’un arrangement s’étant effondrée, une renonciation entière et sans réserve.

Paris, occupé par les armées alliées depuis le 31 mars et détaché de son serment par le Sénat le 2 avril, n’attendait plus que le mot de Fontainebleau. Ce mot est venu.

Le 4 avril : abdiquer pour le fils, non pour la dynastie

On rapporte que, dans la matinée du 4 avril, l’Empereur eût encore voulu marcher sur la capitale. Réunis autour de lui, ses maréchaux s’y sont opposés. On leur prête cette parole, ou son équivalent : l’armée ne marchera pas. Ney aurait porté la voix de ses pairs ; à ses côtés, dit-on, Lefebvre, Oudinot, Macdonald. Refus de pousser plus avant une guerre que l’entrée de l’ennemi dans Paris a, à leurs yeux, déjà tranchée.

C’est ce même jour que l’Empereur signe un premier acte. Il s’y déclare prêt à abdiquer en faveur de son fils, le roi de Rome, avec la régence de l’Impératrice — mais à une condition : que les puissances étrangères reconnaissent Napoléon II. La couronne ne quitterait donc pas la maison impériale ; elle passerait à l’enfant. Des plénipotentiaires sont aussitôt dépêchés pour porter cette offre aux souverains alliés et négocier ce qui s’ensuivrait.

Tout, en cette renonciation du 4 avril, tenait à un mot : « sous réserve ». L’Empire pouvait survivre à l’Empereur, pourvu qu’on accordât le trône à son héritier.

Essonnes : l’espérance brisée

L’arrangement n’a pas tenu. Dans l’intervalle, le corps placé à Essonnes, sous le commandement du maréchal Marmont, duc de Raguse, est passé du côté des Alliés. Cette défection a découvert la position de Fontainebleau et privé la négociation de tout poids.

Privé de cette troupe, l’Empereur n’avait plus de quoi appuyer ses conditions. Les souverains alliés, dit-on, n’ont plus voulu entendre parler de régence ni de roi de Rome. La couronne pour le fils : l’affaire était morte.

Le 6 avril : la renonciation sans condition

Le 6 avril, l’Empereur a signé un second acte, et celui-là sans condition ni réserve. Il y renonce, pour lui et pour ses héritiers, aux trônes de France et d’Italie. Le nom du roi de Rome n’y figure plus. Ce n’est plus l’Empire qui passe à l’enfant : c’est la couronne qui tombe des mains de toute la maison.

On dit l’acte court, sec, dépouillé de tout. Là où celui du 4 avril plaidait encore, celui du 6 se contente de renoncer. Entre les deux, il y a la distance de la dernière carte abattue à la table vide.

Reste la question que nul, à cette heure, ne peut trancher : qu’adviendra-t-il de la personne de l’Empereur ? On parle de pourparlers, on cite des plénipotentiaires, on attend un traité. Mais rien n’est arrêté, rien n’est connu. Le sort de Napoléon — où il vivra, sous quel titre, avec quels moyens — demeure suspendu aux conventions que les Alliés voudront bien lui consentir.

Le contexte

Le 31 mars 1814, les armées alliées sont entrées dans Paris ; la capitale avait capitulé la veille au soir.

Le 2 avril, le Sénat a prononcé la déchéance de l’Empereur et délié l’armée et les Français de leur serment (les motifs détaillés ont été arrêtés le 3).

Fontainebleau, où l’Empereur s’est replié, est à une douzaine de lieues de Paris : un acte signé là-bas met un jour à remonter, à être lu et imprimé dans la capitale.

Une abdication conditionnelle subordonne ses effets à une condition (ici, la reconnaissance du fils par les puissances) ; une abdication sans condition prend effet par elle-même, sans contrepartie exigée.

État des informations

Cette édition s’en tient à ce qui est connaissable au 7 avril 1814. Elle ne préjuge ni du traité à venir, ni du sort de l’Empereur, ni de l’établissement futur de la France.

Ce que l’on sait

  • Le 4 avril 1814, à Fontainebleau, Napoléon a signé une abdication conditionnelle en faveur de son fils, le roi de Rome, avec régence de l’Impératrice Marie-Louise, sous réserve de reconnaissance par les puissances alliées.
  • Le corps du maréchal Marmont, posté à Essonnes, est passé aux Alliés, ruinant la position militaire de Fontainebleau et l’option conditionnelle.
  • Le 6 avril 1814, Napoléon a signé une abdication sans condition, renonçant pour lui et ses héritiers aux trônes de France et d’Italie.
  • Paris est occupé par les Alliés depuis le 31 mars ; le Sénat a prononcé la déchéance le 2 avril 1814 (motifs arrêtés le 3).

Ce que l’on ignore

  • Le sort réservé à la personne de Napoléon — lieu de résidence, titre conservé, moyens d’existence — n’est pas fixé : aucun traité n’est conclu ni connu publiquement à cette date.
  • L’avenir du roi de Rome, écarté de toute succession par l’acte du 6 avril, reste indéterminé.
  • Le sort de l’Impératrice Marie-Louise, dont la régence est devenue sans objet, n’est pas réglé.
  • La forme du gouvernement qui s’établira en France, et la personne qui ceindra la couronne vacante, ne sont pas arrêtées.

Sources historiques utilisées

editorial-reconstruction

Reconstitution éditoriale — Les Échos du Passé

Une rédigée à chaud au 7 avril 1814, dans la langue et le savoir du moment ; aucune connaissance postérieure (traité, exil, suite de l’Empire) n’y est introduite.

secondary

Wikipédia — « Première abdication de Napoléon Ier »

Chronologie des actes du 4 et du 6 avril 1814, rôle du conseil des maréchaux et défection de Marmont à Essonnes. Consulté pour recoupement.

secondary

Wikipédia — « Campagne de France (1814) »

Capitulation de Paris (30-31 mars), déchéance par le Sénat (3 avril) et situation de Fontainebleau début avril. Consulté pour recoupement.

secondary

Napoleonica La Revue (2014) — « 4, 6 et 11 avril 1814 : les trois actes d’abdication de Napoléon Ier »

2014

Distinction de l’abdication conditionnelle (4 avril, en faveur du fils) et sans condition (6 avril, le nom du roi de Rome disparaissant de l’acte). Référence de contrôle.

Articles liés